En Birmanie, les groupes de résistance à la junte militaire ont commencé à bricoler des drones armés à partir de 2023 afin de larguer des munitions sur les tranchées, les postes avancés et les équipements de l’armée birmane, notamment dans l’est du pays. Les drones FPV sont apparus début 2024, aussi bien du côté rebelle qu’au sein des forces gouvernementales, avec un usage en frappe de précision inspiré des tactiques observées sur le théâtre ukrainien. Un droniste rebelle a ainsi détruit à l’aide d’un drone FPV un blindé WMA‑301 de l’armée birmane, qui a été touché malgré sa cage de protection. Les FPV se sont progressivement généralisés chez les groupes d’insurgés pour compenser le manque d’artillerie et leur permettre des actions de harcèlement contre des abris, des tranchées et des bâtiments peu durcis, ainsi que pour appuyer des assauts. On peut noter aussi la destruction d’un hélicoptère Mi‑17 birman par l’Armée pour l’indépendance kachin, l’un des groupes rebelles : l’appareil a été percuté par un drone FPV à guidage par fibre optique lors d’une mission de ravitaillement près de Shwegu.
Les droneros d’Amérique latine
Au Mexique, les opérateurs FPV du cartel de Jalico (le Cartel Jalisco Nueva Generacion, ou CJNG) se font appeler « les droneros ». Le CJNG opère dans la province occidentale de Michoacán et y applique les techniques apprises d’Ukraine. Un constat également formulé concernant le cartel Los Zetas. En 2024, les membres de certains cartels mexicains et colombiens se sont engagés dans la Légion internationale de l’armée ukrainienne sous de fausses identités pour y apprendre les tactiques et procédures concernant l’utilisation de drones de tous types, en particulier les FPV.
De retour dans leurs pays respectifs, ces dronistes frais émoulus de leur expérience en Ukraine utilisent maintenant les FPV contre la police et l’armée, mais aussi dans des affrontements entre cartels rivaux : en juin 2025, le cartel de La Linea (qui constitue en fait la branche armée du cartel de Juárez) utilisait des drones largueurs de munitions pour attaquer le cartel de Sinaloa. L’autre moyen utilisé par ces organisations sont les drones stabilisés avec kit de largage, qui donnent aux narcotrafiquants une double capacité d’observation (qui permet de repérer les cibles puis de guider les opérateurs FPV dans la phase d’acquisition) et de bombardement « modèle réduit » : petits appareils, petites munitions, précision relative mais suffisante pour produire un effet militaire, renforcé par l’effet de surprise qui peut être obtenu grâce aux faibles signatures sonore et visuelle du quadcopter. L’efficacité est telle que les forces de sécurité ont été obligées de revoir la protection de leurs véhicules, les dotant de surblindage, parfois complété d’une mitrailleuse et de divers dispositifs destinés à compliquer le travail des dronistes adverses.
En Haïti, la lutte contre les gangs armés a pris une nouvelle dimension en 2025 : le gouvernement haïtien a fait appel à des contractors américains (dont Erik Prince, fondateur de Blackwater) pour renforcer la police contre les gangs qui menacent de prendre le pouvoir central depuis 2024. Outre l’envoi d’une force secrète de 150 contractors recrutés parmi des vétérans américains, dont certains d’origine haïtienne, Erik Prince a acheminé une importante quantité d’armement à Port au Prince, presque entièrement contrôlée par les gangs, et sa mission prévoit d’aider le gouvernement à éliminer les gangsters en utilisant des drones FPV. Avec cette campagne qui a débuté en mars 2025 et qui est toujours en cours, la police haïtienne a éliminé près de 300 membres de gangs, en les frappant presque partout, y compris dans des locaux ou des véhicules, et en appuyant l’action de la police dans les quartiers où opèrent les criminels haïtiens, tels que Fort National.













