Donald Trump arrive au pouvoir en janvier 2017, au cœur de la nouvelle ère stratégique caractérisée par le retour des politiques de puissance sur une scène internationale dérégulée. Le « nouvel ordre mondial » apparu en 1990 a fait place à une arène de confrontations. Donald Trump s’y sent sans doute plus à l’aise que ses prédécesseurs, tout en se montrant paradoxalement encore plus prudent dans l’emploi d’une force armée considérable, mais fragile.
En 2017, Donald Trump hérite d’abord de la poursuite de la « guerre globale contre le terrorisme » déclarée 16 ans plus tôt par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Celle-ci se décline alors sur trois théâtres d’opérations : Afghanistan, Irak – Syrie et, discrètement, Afrique sahélienne. Ces opérations sont toujours couvertes par les « Autorisations pour l’emploi de la force militaire » (AUMF) données au président des États-Unis en 2001 et en 2002 par le Congrès américain, sans limite de temps ni d’espace, pour lutter contre les organisations djihadistes puis, par une interprétation abusive, contre les organisations qu’il suffira de qualifier de « terroristes ».
Trump 1 et la gestion des guerres héritées
Il hérite aussi de l’instrument militaire le plus puissant du monde, mais aussi, à la suite des bourbiers afghan et irakien, d’une inhibition quant aux opérations de conquête et de contrôle du terrain. La méthode opérationnelle alors en cours contre les organisations djihadistes est celle de la combinaison de coups (raids héliportés, frappes, cyberattaques) dans les espaces vides (air, mer, espace, cyberespace), avec cet avantage énorme d’y être presque invulnérable, et d’« empreinte légère » dans les espaces terrestres et humains, consistant à soutenir, par du conseil, du renseignement et une aide matérielle, les troupes alliées afghanes et irakiennes, les forces démocratiques syriennes, les armées africaines et même l’opération française « Barkhane » au Sahel, qui, elles, vont s’efforcer de conquérir et de contrôler le terrain et assumer les pertes.
Dans l’analyse transactionnelle qui est celle de Donald Trump, proche de la matrice du Boston Consulting Group (BCG) classant les « affaires » en fonction de leur rentabilité, le théâtre afghan est considéré comme un « poids mort », coûteux et sans perspective, dont il faut se débarrasser au plus vite. Donald Trump négocie donc directement avec les talibans et abandonne à son sort l’État afghan, qui ne va pas tarder à s’effondrer.
Les autres théâtres sont considérés comme des « dilemmes » par Donald Trump, car ils sont également coûteux, mais encore très actifs, avec notamment les grandes batailles urbaines en Irak et en Syrie pour mettre fin au califat de l’État islamique (EI). Donald Trump décide donc d’attendre la fin de ces grands combats, qu’il pourra proclamer comme autant de victoires, avant d’abandonner là aussi ses alliés. C’est un exercice dangereux, et les forces américaines au sol reçoivent parfois des coups, comme lors de l’embuscade de Tongo Tongo au Niger en octobre 2017, qui se solde par la mort de quatre soldats américains. Pour autant, la méthode réussit, avec le sang des alliés. Avec la prise d’Hajin en Syrie en décembre 2018, le califat est effectivement détruit et l’EI ramené à la clandestinité. Donald Trump ordonne alors, sans concertation, de lâcher ce front devenu moins rentable et de replier les forces américaines. Cela provoque une crise interne avec ses conseillers militaires, mais ceux-ci parviennent néanmoins à le persuader de maintenir une présence militaire dans la région, au moins pour maintenir une pression contre l’Iran. Cela lui donne l’occasion d’une victoire tactique avec l’élimination d’Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l’EI, en octobre 2019 dans la province d’Idlib, en Syrie, par un raid héliporté. Ce coup est alors l’opération la plus risquée du premier mandat de Donald Trump.
Le chèque et le marteau
Peu à l’aise dans la guerre contre les organisations djihadistes dont il a hérité et qui ne l’intéresse pas, Donald Trump joue en revanche pleinement le jeu de l’arène internationale, en recherchant volontiers la confrontation avec un certain nombre d’États désignés comme adversaires et en punissant ceux qui le défient. Il n’y est désormais nullement question de changer de régime, de diffuser la démocratie ou de venir au secours des peuples comme dans le nouvel ordre mondial, mais de gérer au mieux les intérêts des États-Unis et de leur président. La méthode privilégiée est celle de la pression sous le seuil de la guerre (sanctions, embargo, influence, corruption, tarifs douaniers, etc.) afin de modifier le comportement des États dans le sens souhaité, sans s’interdire de franchir ponctuellement ce seuil pour donner des coups. C’est ainsi le cas, en défense, lorsqu’une unité russo – syrienne attaque la position américaine de Kasham, en Syrie, en février 2018. Le bataillon est détruit, provoquant la mort de plusieurs dizaines de combattants russes de la société Wagner, mais la Russie n’escalade pas. Quelques semaines plus tard, le 7 avril 2018, en coopération avec les Britanniques et les Français, Donald Trump passe à l’attaque en ordonnant une série de frappes aériennes contre des
positions des forces du régime de Bachar al-Assad après leur emploi d’armes chimiques. Cela permet à Donald Trump d’apparaître comme volontariste et fort, là où Barack Obama avait reculé en 2013.














