Que représente la rente gazière et pétrolière pour les autorités d’Alger ? Dans quelle mesure est-elle une « arme » de politique intérieure, mais aussi de diplomatie ?
′′′ La rente générée par le secteur des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) est d’une importance capitale pour l’Algérie. Chaque année, les hydrocarbures représentent 90 % des exportations totales du pays (47,38 milliards de dollars en 2024). Cette proportion est considérable, bien qu’en légère baisse, puisqu’il n’y a pas si longtemps, elle s’élevait plutôt à 95 %. Les recettes issues de ces exportations permettent à l’Algérie de financer ses importations (44,29 milliards de dollars). Les principaux postes d’achat concernent les produits alimentaires, les biens de consommation, les produits semi-finis et les équipements industriels.
La rente des hydrocarbures sert également à soutenir des programmes essentiels pour la population, ainsi qu’un système de subventions coûteux mais précieux pour la stabilité du pays et du régime. Les revenus de ce secteur stratégique sont estimés à environ 45 % du budget. De plus, le poids de l’Algérie sur la scène internationale dépend en partie de ses atouts pétroliers et gaziers, notamment vis-à-vis de l’UE.

Depuis la guerre en Ukraine, les sanctions contre la Russie ont poussé les Européens à diversifier leurs fournisseurs. L’Algérie est-elle une alternative viable à long terme ?
′′′ Quelques semaines après l’agression russe contre l’Ukraine, lancée le 24 février 2022, l’UE a décidé de se passer totalement de toutes les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) en provenance de la Russie, et ce au plus tard (pour le gaz) d’ici à la fin de 2027. L’UE a déjà réduit d’environ 90 % ses importations pétrolières issues de la fédération russe et, pour le gaz naturel, la part russe ne représentait plus que 19 % des approvisionnements européens en 2024, contre 40 % en 2021.
L’objectif est clair, mais, pour y parvenir dans le délai prévu, il faut aller chercher des ressources ailleurs. Pour le pétrole, l’UE se tourne surtout vers l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour le gaz naturel, les Européens sont allés jusqu’au bout du monde depuis 2022 pour conclure de nouveaux accords. L’Algérie figure parmi les principaux fournisseurs de l’UE (14,4 % en 2024). Dans ce contexte, l’Italie a été la plus rapide, puisque le groupe ENI a signé dès le printemps 2022 un contrat avec la Sonatrach pour augmenter les livraisons via le TRANSMED. Depuis, d’autres engagements ont suivi avec des membres de l’Union : citons, sans être exhaustif, la République tchèque, la Slovénie et l’Allemagne. Le Royaume-Uni est également concerné.
L’Algérie apporte donc sa contribution à la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements gaziers. Mais cela ne permet de régler qu’une petite partie du problème. L’UE a besoin d’importer du gaz de nombreux pays pour se passer complètement, à terme, du géant russe. En 2024, on retrouve parmi les autres principaux fournisseurs la Norvège (33,4 %), les États-Unis (16,5 %), le Qatar et l’Azerbaïdjan (4,3 % chacun).
Fin 2021, l’Algérie a suspendu les livraisons de gaz par le GME, qui passe par le Maroc. Quelles ont été les conséquences d’une telle décision ? Le MedGaz et le TRANSMED sont-ils capables de combler le manque ?
′′′ Le GME a été arrêté par l’Algérie le 1er novembre 2021, après la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc survenue durant l’été 2021. Une telle mesure pouvait, a priori, pénaliser toutes les parties concernées : l’Algérie (fournisseur), le Maroc (territoire de transit) et l’Espagne (importateur). Dans les faits, ces trois pays ont trouvé des solutions pour gérer ce problème.













