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Chine. La percée du quantique ?

La Chine pourrait avoir fait une percée dans le domaine des radars. La China Electronics Technology Group Corporation (CETC), contrôlée par le gouvernement, a ainsi annoncé qu’elle avait mis au point un « radar quantique » capable de détecter des appareils furtifs à une distance de 100 km, soit une distance cinq fois plus importante que les résultats obtenus par des chercheurs américains et européens. Le radar s’appuierait – le conditionnel reste de mise – sur l’intrication quantique. Le principe de fonctionnement consiste, pour simplifier, à d’abord « scinder » des photons (pour caricaturer, à la manière d’une mitose cellulaire), qui resteront liés du fait des propriétés de la physique quantique. Un des photons serait transmis par micro-ondes dans l’atmosphère. L’étude de l’autre photon, non envoyés, permet alors d’effectuer des détections et de les caractériser – du moins en théorie. La détection sur de gros volumes d’espaces implique alors de répéter – et de décoder – le processus un grand nombre de fois.

Plusieurs domaines de la détection pourraient ainsi connaître une révolution. L’avantage de l’utilisation de particules subatomiques plutôt que d’ondes radio, comme sur les radars traditionnels, apparaît alors évident : peut importe la matière touchée, celle-ci affectera le comportement des photons « sédentaires » restés au centre d’analyse. Reste ensuite à déterminer les schémas de réaction permettant d’interpréter leur comportement. Si les expériences menées actuellement aboutissent, d’autres percées seraient à prévoir dans d’autres secteurs de la détection, notamment en guerre sous-marine. Les obstacles, cependant, ne sont pas minces. Pour l’heure, l’intrication quantique n’a été confirmée qu’à une distance de 100 km. La Chine, justement, travaille sur une expérience menée à 1 000 km. Au-delà, il faut disposer de capacités de calcul informatiques gigantesques pour permettre à ces « radars » (qui n’ont sont pas : radar est l’acronyme de « Radio Detection And Ranging) de fonctionner efficacement.

L’annonce du CETC fait également écho au lancement d’un premier satellite de communication quantique. Micius a ainsi été lancé le 16 août et doit permettre d’étudier durant deux ans les communications quantiques ; des données étant échangées avec succès dès 2017. Le principe reste l’utilisation de l’intrication quantique et tire parti de la capacité des photons à transporter de l’information et à la détruire si leur état était altéré – par exemple, par une tentative de hacking. L’expérience en tant que telle consiste à faire transiter un message codé jusque Vienne par les canaux traditionnels de communication. La clé de cryptage permettant de l’ouvrir sera quant à elle transmise par le satellite, les photons prenant la forme d’un rayon laser et les émetteurs et les récepteurs – une phase de l’expérience extrêmement délicate et déjà validée. Le programme, officiellement civil, intéresse évidemment les militaires de près, dès lors qu’il permettrait de concrétiser à une échelle globale la cryptographie quantique.   

La troisième offset strategy serait-elle déjà dépassée par une quatrième ? Les implications de la théorie quantique pour les communications ou la détection ne sont pas encore totalement claires mais sont potentiellement importantes. Par ricochet, elles ont des implications sur la crédibilité des forces nucléaires (détection sous-marine), le combat aérien ou même le combat urbain (la possibilité de « voir à travers les murs »). Cependant, les annonces chinoises sont à prendre avec précaution. D’une part, parce que si la Chine communique de manière ouverte pour la première fois, nombre de puissance travaillent, plus discrètement, sur ces questions – qui renvoient par ailleurs toujours à la recherche fondamentale. De facto, les applications industrielles sont encore loin. D’autre part, la communication « ouverte » de la Chine correspond peut également avoir des effets stratégiques non négligeables : elle est d’ailleurs coutumière du fait. En l’occurrence, la communication autour de technologies capables de rendre inutile la furtivité – et donc de questionner l’efficacité d’une aviation américaine où elle est déterminante – n’est pas anodine. Elle avait procédé ainsi avec le missile balistique antinavire DF-21D, à présent considéré comme opérationnel par Washington, mais dont aucun tir réel contre une cible mobile n’a encore été observée. L’US Navy avait alors décidé de renforcer considérablement sa protection antibalistique, dépensant des sommes colossales.

Brève parue dans DSI n°126, novembre-décembre 2016, mis à jour

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