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Chine-Corée du Nord : cinquante nuances de méfiance

Alors que l’Asie du Nord-Est est souvent l’objet de crispations sécuritaires autour du programme nucléaire nord-coréen et de l’antagonisme Pyongyang-Washington, les regards se tournent vers Pékin, qui serait la seule à même de tempérer son voisin coréen. Or, les ingérences chinoises dans les affaires de la Corée du Nord se révèlent souvent contre-productives…

Exécrables durant la guerre de Corée (1950-1953), dangereuses durant la Révolution culturelle, difficiles durant la guerre froide, les relations sino-nord-coréennes n’ont jamais été faciles. Si la Corée du Nord est notoirement jalouse de son indépendance et de sa souveraineté, c’est avant tout parce qu’elle sait que cette souveraineté a longtemps été mise sous tutelle ou menacée, par les forces américaines et onusiennes durant la guerre de Corée, par le colonisateur japonais dans la première moitié du XXe siècle, mais aussi et surtout par les empires chinois avant cela. De son côté, la Chine populaire, puissance émergente extrêmement soucieuse de la stabilité dans sa périphérie immédiate, a très longtemps été tentée de s’ingérer dans les affaires de son voisin de la taille d’une province chinoise. Pyongyang a mis en œuvre des trésors de diplomatie pour maintenir une relation bilatérale lui permettant d’avoir accès à une assistance technique, financière et militaire, tout en gardant à bonne distance un partenaire de plus en plus considéré comme peu fiable et préoccupé avant tout par ses intérêts.

Une relation d’intérêts communs

Historiquement issue du creuset de la guerre civile chinoise, au cours de laquelle des partisans coréens, fuyant l’occupant japonais, ont rejoint les rangs du Parti communiste chinois (PCC), la relation bilatérale sino-nord-coréenne moderne est surtout une création de la guerre froide. La dette politique de la Chine envers les guérilleros coréens actifs à Yan’an et en Mandchourie a été largement repayée lorsque, en 1950, l’armée des Volontaires chinois a traversé le fleuve frontalier Yalu (Tumen en coréen) pour prêter main-forte à Kim Il-sung et ses troupes, en difficulté face aux troupes onusiennes dirigées par les États-Unis. Reconstruit a posteriori comme étant un mythe fondateur ayant scellé – par le sang – à jamais l’amitié sino-nord-coréenne, l’épisode de la guerre de Corée fut en réalité un moment de tension extrême entre Pékin et Pyongyang, ainsi qu’une période humiliante pour la Corée du Nord, exclue du commandement opérationnel des troupes par la Chine et l’URSS. Dans sa gestion des affaires péninsulaires, Pékin a en effet régulièrement eu la main lourde, ce qui s’est avéré extrêmement frustrant pour les Nord-Coréens, très jaloux de leur souveraineté récemment retrouvée. En 1956, alors que Pyongyang cherche à purger l’appareil du Parti du Travail de Corée des éléments ayant manifestement une admiration trop prononcée pour les modes de développement chinois ou russe, Pékin ne prend pas plus de gants, en dépêchant sur place une délégation (co-dirigée par Peng Dehuai, celui-là même qui avait demandé la mise sur la touche des commandants militaires nord-coréens quelques années auparavant) chargée de ramener Pyongyang dans le droit chemin, en concertation avec Moscou. Kim Il-sung, loin d’être dogmatique, fait preuve de souplesse et de diplomatie : fondamentalement hostile à toute ingérence dans les affaires internes de la Corée du Nord, le futur Grand Leader sait aussi, en bon marxiste, que la pierre de touche de la souveraineté et de l’indépendance est l’édification d’une économie forte et autonome (sans nécessairement viser une quelconque autarcie). Or, l’âge d’or économique nord-coréen, soit le début de la seconde moitié du XXe siècle, est aussi celui où l’Union soviétique et la Chine (par l’intermédiaire de son ministre des Finances de l’époque, un certain Deng Xiaoping) se sont montrées les plus généreuses en aide au développement et en assistance économique. Pour Pékin (et Moscou), la République populaire démocratique de Corée (RPDC) constitue d’abord un glacis de protection contre l’Asie-Pacifique impérialiste, puis, dans un second temps, un soutien politique potentiel dans le cadre du conflit sino-soviétique. Dans l’optique de Pyongyang, la Chine est plutôt un catalyseur pour son développement économique ainsi qu’un potentiel soutien en cas de tensions – créées ou subies – dans la zone. Sous le vernis superficiel d’une amitié socialiste forgée dans les flammes de la guerre de Corée, gît en fait une convergence de moins en moins évidente d’intérêts, ce qui apparait clairement dans les pratiques diplomatiques nord-coréennes après le schisme sino-soviétique : essayant systématiquement de faire jouer Pékin contre Moscou, Pyongyang cherchait avant tout à les maintenir à bonne distance, tout en maximisant les faveurs que l’un ou l’autre était prêt à consentir pour la courtiser.

Un soutien chinois… en forme de prédation

Dans ce contexte, la disparition de l’URSS, et de l’aide économique et financière qui va avec, constitue une douche froide pour Pyongyang. L’arrêt abrupt de cette aide, couplé à diverses catastrophes climatiques et au vieillissement d’un appareil économique hors d’âge, provoque une famine généralisée, un an après la mort de Kim Il-sung en 1994. Moins connu est le rôle dans le déclenchement de cette « marche difficile » de l’insistance chinoise auprès de son partenaire coréen, dès 1992, pour qu’il paie ses importations en devises sonnantes et trébuchantes, plutôt que via un système de troc. Ce changement d’attitude ne manque pas d’être vu comme une trahison par Kim Jong-il, alors sur le point de devenir le « Leader bien-aimé » nord-coréen : « aujourd’hui, les traitres au socialisme nourrissent des illusions à l’égard du capitalisme, espérant le soutien et l’assistance des impérialistes » (2). Problème supplémentaire pour la Corée du Nord, la fin de la guerre froide diminue sa valeur stratégique pour Pékin et l’absence d’alternative à la Chine laisse la RPDC dans un tête-à-tête subi avec son ancienne tutelle impériale. Fidèle à ses réflexes, Pyongyang cherche à faire valoir sa position stratégique en accélérant, dès la fin des années 1980, un programme nucléaire et balistique qu’elle acceptera de geler, en 1994, contre la livraison de deux centrales nucléaires à eau légère (non militarisables) ainsi que de l’aide alimentaire.

Si le paroxysme de la famine est passé après 1998, Kim Jong-il comprend vite que l’économie nord-coréenne, exsangue, doit se réinventer pour pouvoir retrouver le chemin de la croissance. Pyongyang se remet donc à la recherche d’investissements étrangers, quête débutée près de vingt ans auparavant, en 1984, dans le sillage d’un séjour des deux Kim sur la côte chinoise à l’invitation de Hu Yaobang – pour l’anecdote, le traducteur de Kim Jong-il lors de ce séjour était un jeune diplomate chinois fraichement diplômé de l’université Kim Il-sung de Pyongyang, aujourd’hui numéro trois du PCC, Zhang Dejiang. Cette recherche se tourne en partie en direction de la Corée du Sud (alors sous administration démocrate, partisane d’un rapprochement), mais aussi et surtout en direction de la Chine. Le 1er juillet 2002 sont votées, par l’Assemblée populaire suprême, une série de réformes économiques visant à flexibiliser les mécanismes économiques internes à la Corée du Nord ; dans les faits, il s’agit surtout de légitimer, a posteriori, des pratiques d’entreprenariat apparues spontanément en RPDC pour faire face à la famine. Porté par la croyance, téléologique et naïve, visant à faire de la Corée du Nord une Chine « en retard » qui va nécessairement copier son voisin et s’ouvrir au capitalisme, Pékin voit dans ce train de mesures de 2002 le début d’un plus large mouvement de réforme économique inspiré des expériences chinoises. Associée à une diplomatie économique chinoise active, à l’époque de la politique dite de « going out » chinoise (zouchuqu), cette période marque un bouleversement de la relation bilatérale.

Encouragées par Pékin, qui cherche à diffuser son modèle de développement tout en stabilisant son voisin coréen, les entreprises chinoises se mettent, progressivement, à investir en Corée du Nord. Presque résiduels en 2002, les stocks d’investissements chinois en RPDC s’approchent des 300 millions de dollars en 2010, et augmentent jusqu’à plus de 611 millions en 2014. Parallèlement, le commerce bilatéral augmente très fortement, puisque de 700 millions de dollars en 2002, il explose jusqu’à près de 7 milliards en 2014 (3). Réforme nord-coréenne, intégration économique, coopération : ce renouveau des liens sino-nord-coréens, symbolisé par une diplomatie économique active et les multiples rencontres de Kim Jong-il et de Hu Jintao, couplé avec une vision biaisée de l’historique amitié entre Pékin et Pyongyang, a profondément ancré dans l’imaginaire collectif l’idée d’un soutien économique chinois en direction de la RPDC, portée à bout de bras par une Chine soucieuse de stabilité. Dans les faits, cette perspective tient plus du mythe que de la réalité, et les récentes évolutions de la relation bilatérale, si elles ont permis un indiscutable développement économique à la Corée du Nord ces dernières années, sont surtout sources de frustration et de friction des deux côtés de la frontière.

Dans leurs politiques d’intégration économique, Pékin et Pyongyang n’oublient bien entendu pas leurs intérêts respectifs. Ne souhaitant pas retomber dans les mêmes travers que durant la guerre froide, où le gouvernement chinois choyait la relation politique via des réponses techniques, financières ou scientifiques aux besoins exprimés par les Nord-Coréens, les récentes stratégies d’expansion économique chinoises sont essentiellement basées sur le marché. Comme le veut le slogan à la frontière, la nouvelle coopération sino-nord-coréenne est « dirigée par le gouvernement, centrée sur les entreprises, opérée via le marché et mutuellement bénéfique ». C’est une bonne affaire pour Pékin : la Corée du Nord, de plus en plus isolée, est un marché captif où l’on manque de tout et qui regorge de matières premières, dont certaines particulièrement stratégiques (selon des rapports géologiques non confirmés, la RPDC aurait les premières réserves mondiales de terres rares). Ainsi, contrastant très largement avec les stratégies d’engagement économique chinoises dans le reste de l’Asie et même du monde, c’est le secteur privé qui domine, très largement, les échanges sino-nord-coréens, minimisant l’implication gouvernementale et permettant de dynamiser l’économie privée des provinces frontalières chinoises. En effet, les trois provinces du Nord-Est de la Chine constituant la Rust Belt (« ceinture de la rouille ») chinoise (en référence à la Rust Belt du Nord-Est des États-Unis, zone industrielle sinistrée), le gouvernement central a longtemps essayé de stimuler le secteur privé dans une région traditionnellement dominée par les grands groupes étatiques du secteur de l’industrie lourde, largement déficitaires aujourd’hui. Or, comme le montrent les études réalisées à la frontière, l’immense majorité des entreprises chinoises actives en RPDC en tirent de juteux profits (4), malgré des cas de joint-ventures s’étant révélés cauchemardesques (5). Cette intégration, laissée à la main invisible du marché, constitue indiscutablement une bouffée d’oxygène pour Pyongyang, lui assurant un certain flot de devises, mais force est de constater qu’elle prend à contre-pied toute la pensée économique traditionnelle nord-coréenne et constitue, du point de vue de la RPDC, tant une opportunité qu’un piège. Attirées avant tout par ce que Pyongyang a à offrir en termes d’avantages comparatifs, les entreprises chinoises se sont ruées sur les matières premières nord-coréennes (dont, principalement, le charbon), qui constituaient, avant l’interdiction progressive du commerce de minerais par le Conseil de Sécurité de l’ONU en 2016, près de 40 % du total des exportations nord-coréennes (6). Ainsi, les nouveaux échanges « mutuellement bénéfiques » consistent essentiellement en des exports de matières premières à très faible valeur ajoutée et des importations de produits manufacturés chinois, creusant progressivement le déficit commercial nord-coréen et ne laissant à Pyongyang comme perspectives de développement que ce que veut bien lui accorder Pékin. Cet état de fait, toléré par Kim Jong-il au nom de la nécessaire reprise économique, semble de plus en plus préoccupant pour le nouveau leadership, d’autant plus que les IDE chinois, qui pourraient potentiellement être source de croissance endogène, progressent bien moins vite que le commerce et que les investisseurs se gardent bien de toucher aux infrastructures nord-coréennes, condition sine qua non pour un développement économique véritable. Enfin, de la manière la plus ironique qui soit, la Chine se garde bien d’investir dans les 26 zones économiques spéciales nord-coréennes, pourtant directement inspirées du modèle chinois mais spécialisées dans des secteurs tels que la manufacture de milieu de gamme qui nécessitent investissements infrastructurels et transferts de technologies.
Crise nucléaire et difficile tête-à-tête

Après le décès de Kim Jong-il, en 2011, puis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, qui n’a, selon les informations disponibles publiquement, jamais visité la Chine, Pyongyang ne tarde pas à manifester son mécontentement auprès de son voisin. Jang Song-taek, oncle par alliance de Kim Jong-un et principal interlocuteur de la Chine concernant la coopération économique bilatérale, est victime d’une purge brutale en décembre 2013. Parmi les différents « crimes » qui lui sont reprochés, la mention de la « vente de charbon et d’autres précieuses ressources souterraines au hasard » (7) ne doit pas être ignorée : message très clair pour Pékin, le nouveau « leader suprême » est assez mécontent des termes de l’actuelle relation bilatérale. Kim Jong-un est pourtant plutôt un réformateur, ayant triplé le nombre de zones économiques spéciales (ZES) en Corée du Nord et approfondi certaines réformes internes. Mais l’accélération de la crise nucléaire, qui hérisse Pékin, et le fait que la RPDC n’ait plus, comme durant la guerre froide, d’autres partenaires vers qui se tourner, font que la Chine n’a pas tellement d’incitation à changer sa politique à l’égard du Nord, étant déjà sous une lourde pression américaine quant à ses liens avec Pyongyang. L’actuel dirigeant chinois Xi Jinping trahira même un vieux principe diplomatique de la République populaire en votant, à plusieurs reprises, les très sévères sanctions économiques du Conseil de Sécurité de l’ONU. Certes, Pékin mitige l’effet des sanctions à la frontière en les appliquant de manière lacunaire, par volonté politique, mais aussi du fait d’une corruption endémique dans les provinces du Nord-Est et de la simple logique économique : la RPDC étant un marché captif, les hommes d’affaires chinois dictent leurs prix aux vendeurs nord-coréens, exigeant bien sûr des tarifs bien en dessous du prix du marché du fait des sanctions. Cependant, le vote des sanctions est un pari risqué pour la Chine : en sanctionnant les exportations de ressources extractives, Pékin utilise des leviers de pression économique qu’elle a contribué à forger, incitant la RPDC au repli et, plus ou moins directement, à la surenchère nucléaire, dernier moyen restant à Pyongyang pour apprécier sa valeur stratégique et se sanctuariser face à un monde extérieur perçu comme hostile.

Depuis le quatrième et le cinquième tests nucléaires nord-coréens (respectivement janvier et septembre 2016), et le vote des sanctions ayant suivi, le torchon brûle entre Pékin et Pyongyang, qui se critiquent vertement par presse – officielle – interposée (8). Xi et Kim ne se sont encore jamais rencontrés (le premier, alors vice-président, a rencontré Kim Jong-il en 2008) et les différentes tentatives pour relancer la relation via des visites de haut niveau butent sur l’entêtement nucléaire nord-coréen et l’incapacité chinoise à sortir du porte-à-faux diplomatique dans lequel elle se situe, entre Pyongyang et Washington. Du débat académique chinois concernant la politique à mener en Corée du Nord, deux alternatives émergent : soit éviter de sacrifier sa relation privilégiée avec la Corée du Nord en dépassant le problème nucléaire (9), soit se déresponsabiliser en renvoyant Pyongyang et Washington dos à dos. Il semblerait que la balle soit plutôt dans le camp de Pékin, tant il apparait clair que la RPDC ne semble pas prête à revenir sur sa quête nucléaire, garantie de sécurité et de pérennité du système nord-coréen dans ses structures actuelles. Comme Kim Jong-un le dit si bien lui-même, dans une verve qui ne peut que rappeler celle de son père : « Malgré les vents puants du libéralisme bourgeois, de la réforme et de l’ouverture, qui soufflent dans notre voisinage […] nous continuons d’avancer sur le chemin du socialisme que nous avons choisi » (10). À bon entendeur…

Notes

(1) Théo Clément effectue régulièrement des séjours de recherche en RPDC. Ses recherches portent sur les stratégies d’engagement économique chinoises à l’égard de la Corée du Nord et la réforme économique nord-coréenne.

(2) Kim Jong-il, Socialism is a Science, Pyongyang, Foreign Languages Editions, 1994, p. 4.

(3) Statistiques issues des douanes chinoises.

(4) Stephan Haggard, Jennifer Lee, Marcus Noland, « Integration in the Absence of Institutions: China-North Korea Cross-Border Exchange », Working Paper Series 11-13, Washington DC, Peterson Institute for International Economics, aout 2011 (voir aussi : http://bit.ly/2hhBKeV).

(5) http://bit.ly/2fkAZkN

(6) Statistique issue des douanes chinoises.

(7) « Traitor Jang Song-taek Executed », KCNA, 13 décembre 2013 (http://bit.ly/1bBmc5u).

(8) http://bit.ly/2w6z5rj. Voir aussi : Jong Phil, « Are you good at dancing to the tune of others? », KCNA, 21 avril 2017.

(9) http://bit.ly/2xmHSbC

(10) Kim Jong-un, 2016, « Rapport d’activité du Comité Central au VIIe Congrès du Parti du Travail de Corée », non publié.

Légende de la photo : Célébration de l’amitié sino-nord-coréenne, le 4 septembre 2010, en Corée du Nord. Si la Chine reste, et de très loin, le premier partenaire commercial de la Corée du Nord, les relations politiques entre les deux « amis » socialistes, difficiles et tendues depuis toujours, sont au plus bas. (© Roman Harak).

Article paru dans la revue Diplomatie n°89, « Terrorisme – Les filières djihadistes en Europe », juillet-août 2017.

À propos de l'auteur

Théo Clément

Théo Clément

Junior researcher au sein de l’Institut d’Asie orientale de l’École normale supérieure de Lyon, doctorant à l’Université de Vienne. Il enseigne ponctuellement à l’Université pour la Science et la Technologie de Pyongyang (1).

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