Magazine Moyen-Orient

Le système de sécurité d’Iran : un corps multiple au cœur du pouvoir

Le système de sécurité de la République islamique – ensemble regroupant institutions et organismes chargés de la sécurité extérieure et intérieure – est un domaine peu abordé. La littérature occidentale consacrée au sujet est essentiellement signée par des Anglo-Saxons qui ignorent souvent les sources iraniennes. Pourtant, on trouve des publications d’analystes locaux et des magazines édités par l’armée, les Gardiens de la révolution (pasdaran) et la police, sans oublier les textes de loi et les directives de services publiés sur Internet. Il en résulte un corps du renseignement protéiforme, mais puissant.

L’organe de sécurité iranien est semblable à celui d’autres régimes autoritaires et idéologiques : une armée de métier et une police à l’effectif important, mais technologiquement obsolètes font face à un réseau de forces de renseignement et paramilitaires assurant la sécurité intérieure. En Iran, les modestes moyens militaires sont compensés par une confiance puisée dans l’idéologie islamiste anti-impérialiste et un soutien aux mouvements révolutionnaires et altermondialistes, selon les articles 152, 153 et 154 de la Constitution. En ce sens, les États-Unis restent le pire ennemi de Téhéran. L’accord de juillet 2015 sur le programme nucléaire n’y change pas grand-chose. On peut simplement espérer une réévaluation des intérêts stratégiques communs pour les deux pays, à savoir la stabilisation de l’Irak et la lutte contre l’organisation de l’État islamique (EI ou Daech).

Un rôle stratégique en haut de l’exercice de l’État

L’organe de sécurité iranien est dirigé par le Guide suprême de la révolution, et surveillé et endoctriné par des clercs. À la tête du pouvoir depuis 1989, on trouve le grand ayatollah Ali Khamenei ; ses fonctions sont triples : jurisconsulte suprême, Guide de la révolution et chef des forces armées. Il est assisté par un bureau de 5 000 hommes (beit-e rahbari), dont on connaît peu la composition. Ce dernier possède un département chargé des affaires militaires et de renseignement, un autre dit de révision, chargé de clarifier les dysfonctionnements de l’organe de sécurité et une protection personnelle constituée par une unité de pasdaran. Ali Khamenei désigne les commandants des forces armées et le chef d’état-major.

Le président jouit tout au plus d’un droit de proposition (par exemple pour la nomination du chef de la police). Il est impliqué, par le biais du Haut Conseil de la sécurité nationale, dans les décisions relatives au personnel politique de l’organe de sécurité. En comparaison, les ministres n’ont qu’un rôle minime, mais, conformément à la Constitution, celui de l’Intérieur est plus puissant que celui de la Défense. La surveillance parlementaire des forces armées et de sécurité apporte la garantie que le Majles (Parlement) a validé le choix de tous les ministres.

La fonction des clercs correspond peu ou prou à celle des anciens commissaires politiques de l’Europe communiste : l’endoctrinement politique. Ils se voient néanmoins comme des juristes assurant une application conforme à la loi (civile et religieuse) de l’autorité étatique. Les clercs ont leur propre bureau dans toutes les institutions chargées de la sécurité et sont les représentants du Guide. Ils ont donc une influence sur le choix du personnel. Par ailleurs, ils peuvent se voir confier la direction du Bureau de l’idéologie politique, qui existe dans chacun des organes chargés de la sécurité. Ce dernier, qui ne doit pas impérativement être dirigé par un clerc, est placé sous le commandement correspondant. Dans des cas exceptionnels, par exemple pour les pasdaran ou l’armée, ces bureaux sont également chargés des relations publiques.

Conformément à la loi, outre les clercs représentant le Guide, seul le ministre du Renseignement et de la Sécurité (Mahmoud Alavi depuis 2013) est un religieux placé au rang de modjtahed. Lorsque d’autres portefeuilles, tels que l’Intérieur ou la Justice, sont dirigés par des clercs, ces derniers ont le plus souvent le même rang.

Néanmoins, le nombre de ministres clercs et laïques reste à peu près équilibré. Bien que ce soit théoriquement possible, le ministère de la Défense et de la Logistique des forces armées n’a encore jamais été confié à un religieux. Au début de la République islamique, cette fonction était donnée à des soldats professionnels et des civils, mais, depuis les années 1990, on trouve le plus souvent des sardars, titre réservé aux généraux pasdaran, ceux de l’armée étant appelés amirs.

Une surveillance institutionnalisée

Au-delà de l’existence des représentants du Guide et des bureaux politiques, le régime contrôle les idéologies de tous les serviteurs de l’État par le biais de sélections de doctrines dont est chargée une commission. En outre, l’importance que prennent les organismes de défense et de renseignement au sein des organisations militaires et civiles est énorme. Ainsi, il est obligatoire de constituer un Bureau de la sûreté (daftar-e herasat) dans chaque institution d’État (ministères, universités, grandes entreprises, etc.). Les structures militaires créent leur propre organisation de sûreté et de renseignement ; cette unité existe en parallèle aux états-majors chargés de la protection des troupes et du renseignement. Chez les pasdaran – nous y reviendrons –, l’Organisation de défense et du renseignement (sazeman-e hefazat-e ettelaat) est autonome du point de vue de son fonctionnement et sa politique, et, dans la police, elle assure les fonctions de révision interne et de police d’État.

Parmi les éléments de surveillance étatiques, citons également les bassidjis et les hezbollahis. Ces derniers font office de police des mœurs, ils sont difficiles à contrôler et responsables de la plupart des violations des Droits de l’homme. En 1992, ils ont constitué l’organisation Ansar-e Hezbollah, dont le gouvernement du président Hassan Rohani (élu en 2013 et 2017) tente de limiter l’influence depuis 2015.
La répartition des tâches et la restriction des compétences sont définies par une série de lois dont la transparence laisse à désirer dans la pratique. Les compétences sont particulièrement disputées dans le domaine de la sécurité et de la protection des frontières entre le ministère de l’Intérieur, les pasdaran, le ministère du Renseignement et de la Sécurité et l’Organisation de défense et du renseignement. Conformément à l’article 176 de la Constitution, le comité stratégique de coordination et de décision le plus important est le Haut Conseil de la sécurité nationale, supervisé par le président qui en confie la direction à un secrétaire général. Les principaux ministres et commandants militaires y sont représentés. Ce Conseil est intervenu pour la première fois au niveau diplomatique en 2004 lors des négociations sur le nucléaire. Ce dossier n’a été confié au ministère des Affaires étrangères que sous Hassan Rohani. Les décisions politiques délicates, telles que les négociations sur le nucléaire et l’élimination des opposants politiques à l’étranger, sont prises par le Conseil des représentants des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire). Les affaires de sécurité intérieure sont traitées par le Conseil de sécurité d’État, supervisé par le ministre de l’Intérieur et auquel sont subordonnés des comités semblables aux niveaux provincial et local.

Éléments structuraux de l’organe de sécurité iranien

Avec l’amnistie du 18 mars 1980, qui s’étendait aux membres de l’armée, de la police et de la gendarmerie ainsi qu’aux employés des services secrets de l’ancien régime (SAVAK), le maintien de l’organe de sécurité précédent devait être assuré après les purges révolutionnaires. Ainsi, des organes de sécurité étatiques et révolutionnaires cohabitaient, à savoir les pasdaran, les comités révolutionnaires et les forces irrégulières (hezbollahis). Le clergé misait sur la continuité et l’expertise des officiers.

L’armée est la seule chargée de la défense militaire du pays. Les systèmes américains constituent la majeure partie de l’armement qui n’a encore jamais pu être remplacé par des produits russes, chinois ou nationaux. Néanmoins, les Iraniens sont parvenus à développer une industrie de l’armement conventionnel performante.

Depuis 2009, l’armée est divisée en quatre corps. Avec plus de 300 000 hommes, l’armée de terre est la plus puissante en termes d’effectif. Elle est scindée en cinq corps à l’échelle régionale et a commencé à transformer ses divisions en brigades au cours des dernières années. N’oublions pas de citer les unités de commando (takavoran), dont l’histoire débute avec une équipe ayant suivi la formation des parachutistes à la fin des années 1960 en France. Outre des unités chargées des opérations de guerre irrégulière, elle comprend aussi des unités de libération des otages et de guerre psychologique.

Les 30 000 hommes de l’armée de l’air n’ont jamais pu compenser les pertes matérielles et de pilotes expérimentés liées aux conflits. La majorité des avions sont d’origine américaine et furent utilisés lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988). À la fin des années 1980, des systèmes russes ont été introduits. D’après certaines estimations, la fonctionnalité des avions américains est de l’ordre de 60 % et celle des avions soviétiques de 80 %. Une grande importance est donnée à la modernisation de la flotte aérienne.

Les 18 000 hommes de la marine opèrent dans le golfe Persique et en dehors. En coopération avec les vedettes rapides d’attaque des pasdaran, les sous-marins sont censés empêcher l’entrée de navires ennemis dans les eaux territoriales. De petits sous-marins, dont certains de construction iranienne et capables de larguer des plongeurs de combat, soutiennent les poseurs de mines. En dehors du golfe Persique, l’Iran s’appuie sur une flotte constituée dans les années 1960 et composée de corvettes et de frégates. Les intentions de Téhéran, à savoir montrer une plus grande présence dans les eaux internationales, sont évidentes. Ainsi, et pour la première fois, en 2011, des navires iraniens ont mouillé dans les ports chinois, soudanais et syriens. La présence de la marine dans l’est de la Méditerranée a suscité un grand émoi international. Toutefois, il est peu probable que le Guide suprême autorise un engagement dans l’Atlantique.

La transformation du poste de commandement de la défense aérienne, avec 12 000 hommes, en une force de défense antiaérienne autonome témoigne de son caractère défensif. Visiblement, l’Iran ressent une menace aérienne venant des États-Unis et/ou d’Israël. Ainsi, cette nouvelle force armée partielle coordonne les éléments de défense aérienne des pasdaran. L’armement est en partie composé de systèmes d’engins guidés obsolètes. Téhéran entreprit une modernisation en 2007 avec l’introduction du système russe Tor-M1 ;
le pays espérait aussi accroître ses performances avec le système de défense aérienne S-300, censé empêcher les attaques aériennes israéliennes et compliquer les américaines. Toutefois, Moscou a attendu la fin des négociations sur le nucléaire en 2015 pour en autoriser la livraison. Début 2016, il a été présenté pour la première fois au public lors d’un défilé.

Les forces de sécurité de la République islamique résultent de l’unification de la police d’ordre et la police municipale, de la gendarmerie et des troupes frontalières avec les comités révolutionnaires en 1992. La dissolution de ces derniers, tant craints, a été saluée par la population et est considérée comme le début de la phase postrévolutionnaire. En tant qu’institution d’État, les forces de sécurité insistent sur leurs traditions, mais doivent se défendre contre les convoitises des forces politiques radicales, les hezbollahis, dont certains souhaitent intégrer les rangs de la police.

Les troupes frontalières (marzbani) ont leurs propres identité et traditions institutionnelles. Résultant des unités de protection frontalière de l’armée de terre, elles furent subordonnées à la police dans les années 1950, mais transférées à la gendarmerie avant 1979. Après la révolution, les bataillons de protection des frontières ont été conservés, et la dyade avec le Pakistan est protégée par des barbelés et des fortifications. L’Administration centrale de la protection des frontières fut finalement créée lors de la restructuration de la police en 1992. Pour renforcer visiblement le rôle des marzbani, leur quartier général fut subordonné au commando général des forces armées en 1999. Les bataillons de protection des frontières sont entre autres armés de batteries de lance-missiles multiples montés sur des voitures tout-terrain et sont par ailleurs en mesure d’exécuter les tâches qui leur sont confiées. Toutefois, la Garde révolutionnaire finit par intervenir face à l’aggravation de la situation à la frontière est avec le Pakistan à partir de 2013. Depuis, la création d’un Haut Conseil de la protection des frontières est évoquée.

Les pasdaran, une « autre » armée, un « autre » État

Le Corps des Gardiens de la révolution résulte de la fusion des différentes milices islamistes qui n’étaient unies que par leur fidélité à Rouhollah Khomeyni (1902-1989), premier Guide suprême de la République islamique (1979-1989). La militarisation (constitution de divisions et de brigades) fut entreprise au cours des soulèvements dans les provinces et à partir de 1980 lors de la guerre avec l’Irak. Sur ordre de Khomeyni, les bassidjis furent constitués en unité de mobilisation en 1982 et, en 1985, les forces partielles de l’armée de l’air et de la marine en Garde révolutionnaire. L’organisation de la Garde révolutionnaire fut plusieurs fois modifiée, mais elle a des armées de terre et de l’air, une marine, et a autorité sur les bassidjis et la force Al-Qods. Les deux derniers ont leur propre chaîne de commandement au sein du bureau du Guide. Certaines forces subordonnées à la Garde révolutionnaire sont de facto indépendantes, comme l’Organisation de défense et du renseignement, les unités antiterrorisme du trafic aérien (ansar al-mahdi) et celle chargée de la protection du Guide (sepah-e vali-ye amr). Enfin, citons le conglomérat Khatamolanbiya, devenu un acteur économique majeur dans le pays.

Revenons sur la force Al-Qods. Elle fut structurée en unité spéciale au milieu des années 1980 et fut notamment employée au Liban, en Syrie, en Afghanistan, au Soudan et en Bosnie-Herzégovine. Son organisation en force armée spéciale vient confirmer l’importance politico-stratégique de son mandat pour le régime. Elle forme des cellules idéologiques fiables dans les différentes zones d’intervention et noue des partenariats durables avec l’Iran. Le Hezbollah libanais est à ce jour le seul vrai modèle de référence, des tentatives semblables ayant échoué en Turquie et en Bosnie-Herzégovine. En Syrie et en Irak, et depuis la montée de l’EI, la création de milices locales et d’un conseil militaire pour les gouvernements de Damas et Bagdad est une priorité. En Syrie, l’Iran organise une sorte d’« internationale chiite », notamment pour la protection du mausolée de Sayyida Zaynab à Damas. Cette brigade est principalement formée de volontaires : des Arabes d’Irak, des Afghans d’Iran et d’Afghanistan, des Pakistanais, des Iraniens (des bassidjis) ; tous obéissent à des officiers de la force Al-Qods. En Irak, Téhéran apporte son soutien à des groupes sympathisants et hostiles à des autorités chiites locales comme Moqtada al-Sadr. Si les capacités d’offensive contre d’autres États dans la région ne sont pas à craindre, la force Al-Qods joue un rôle important dans la coordination des milices locales, des militaires syriens, irakiens et russes.

Quant aux bassidjis, ils opèrent comme une police auxiliaire et un mouvement idéologique de masse censé endoctriner la population dès le plus jeune âge. Leur formation idéologique, militaire et policière est assurée par les pasdaran. Dès le départ, ils ont été utilisés comme éléments de surveillance et de contrôle des civils. Une adhésion au corps des bassidjis s’accompagne de nombreux privilèges et avantages, en particulier dans le domaine de la formation académique. Les bassidjis sont également actifs dans la cyberguerre au service des Gardiens de la révolution, notamment dans le domaine de la surveillance d’Internet. Mais ils ne sont pas les seuls à s’y intéresser, la « guerre numérique » restant confiée au ministère du Renseignement et de la Sécurité.

Concurrence entre les services de renseignement

Le développement des services de renseignement iraniens n’est pas encore terminé. D’après la loi, le ministère du Renseignement et de la Sécurité devrait représenter les vrais services secrets centraux dont les responsabilités comporteraient la sécurité intérieure et la reconnaissance stratégique. La création d’un ministère en 1984 et, par là même, le démantèlement des anciens services de renseignement de la Garde révolutionnaire ainsi que le transfert forcé de ses meilleurs cadres au nouveau ministère constituent les fondements de la profonde inimitié institutionnelle entre le ministère du Renseignement et de la Sécurité et les pasdaran. Les services de renseignement de ces derniers furent réduits jusqu’à la fin de la guerre avec l’Irak au rôle de service de renseignement militaire (sûreté de la communication, protection des troupes, défense militaire). Avec la formation de l’Organisation de défense et du renseignement vers la fin de la guerre, le combat des deux sur la collaboration avec des institutions instruites fut accentué. Ainsi, le ministère du Renseignement et de la Sécurité créa une unité spéciale de lutte contre le terrorisme que les pasdaran perçurent comme une concurrente.

Une possibilité pour la Garde révolutionnaire d’étendre sa propre influence par rapport à d’autres institutions consistait en la création de commandos spéciaux appelés gharargah (« postes de combat »). En général, ils sont formés pour une durée précise. Pendant la guerre Iran-Irak, le gharargah Ramazan était chargé de la formation et de l’armement des groupes irakiens kurdes et chiites ; le gharargah Bagherzadeh s’occupait de la poursuite des Moudjahidine du peuple iranien (mouvement de résistance armé à la République islamique) sur le territoire irakien ; le gharargah Qods, prédécesseur de la force Al-Qods, se chargeait des opérations derrière la ligne irakienne. Après la guerre, les gharargah ont joué un rôle particulièrement important dans le domaine de la sécurité intérieure : le gharargah Sarollah fut utilisé sur ordre du Conseil d’État à la sécurité après les manifestations étudiantes de 1999 afin de coordonner le travail de la police, des services secrets, de la défense militaire et des pasdaran pour sauvegarder la sûreté de Téhéran. Le gharargah Hamza coordonne et supervise le combat contre le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), branche locale du Parti des travailleurs du Kurdistan turc (PKK), et le gharargah Qods reprend le commando de la sécurisation de la frontière est en 2014. Dans les deux derniers cas, d’autres institutions, telles que le ministère du Renseignement et de la Sécurité et les troupes frontalières durent se résigner. En Iran, il existe donc une tendance à confier tous les dossiers de la sécurité intérieure aux pasdaran.

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°36, « Services secrets : espionnage et renseignement au Moyen-Orient », Octobre-Décembre 2017.

Légende de la photo ci-dessus : Les forces armées – ici des soldats au Majles en août 2017 – sont un maillon essentiel dans la chaîne du renseignement en Iran.

À propos de l'auteur

Walter Posch

Walter Posch

Chercheur à l’Institut pour le maintien de la paix et la gestion des conflits (IFK) de l’Académie de défense nationale d’Autriche, spécialiste de l’Iran.

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