Magazine Diplomatie

Alexandre le Grand, le « philosophe en armes »

« Aristote, cet homme qui construisit avec ses pensées une demeure si vaste que la science occidentale put y habiter pendant deux mille ans, contribua, par les idées qu’il a inculquées à Alexandre, à créer les conditions nécessaires à la réalisation de ce même Occident. » (Peter Bamm, Alexandre le Grand, pouvoir et destin)

Pour Plutarque (Sur la fortune d’Alexandre, I, 3), c’est à son précepteur, Aristote, plus qu’à Philippe, qu’Alexandre doit ses ressources quand il marche contre les Perses. Le Roi, pendant son expédition, dit un jour que l’Iliade et l’Odyssée ne le quittent pas (Sur la fortune d’Alexandre, I, 4). En effet, la nuit, près de lui, il garde une édition de l’Iliade éditée par Aristote (Plutarque, Vie d’Alexandre, 8, 2). Alexandre, selon le témoignage d’Onésicrite, un historien, l’a toujours sous son oreiller, avec son épée : l’Iliade est, pour lui, un viatique pour la vertu, la meilleure provision pour l’art de la guerre…

Les stratégies mises en œuvre par Alexandre

En 334, les Macédoniens franchissent le détroit des Dardanelles, entre Sestos et Abydos, là où il est le plus étroit (1). Le passage du Roi, avec l’élite de ses Compagnons, se fait plus au sud, depuis Élaous jusqu’au « Port des Achéens », en Troade (Nord-Ouest de l’Asie mineure). Alexandre, en chef et en inspirateur, jette sa lance sur la rive asiatique de l’Hellespont pour symboliquement prendre possession de cette terre. Avant de se porter vers le Granique avec l’armée tout entière, il fait d’Ilion une polis. C’est le début pour le « philosophe en armes » d’une anabase (montée à l’intérieur des terres) qui le conduira jusqu’aux confins du monde connu.

La bataille du Granique

Lors de l’approche du Granique, l’infanterie lourde est en colonne double, la cavalerie, aux ailes. En avant, le stratège Hégélochos et ses coureurs, des fantassins légers et des sarissophores (armés d’une sarisse/lance). L’ennemi est placé en bataille sur la rive opposée du fleuve. La cavalerie perse tient le passage sur toute sa longueur. L’infanterie grecque, à la solde de Darius, est en arrière, sur une position dominante. Négligeant l’avis de Parménion, l’un de ses principaux stratèges, Alexandre commande l’attaque. Parménion à l’aile gauche, le Roi à la droite, avec l’Escadron royal, l’Agèma ou Ilè Basilikè, et les troupes d’élite, les Hypaspistes. Le Roi entre dans le fleuve dans le dessein de terrifier les Perses et pour les empêcher de bander leurs arcs. Il se dirige obliquement, dans le sens du courant, précédé par des escadrons qui ont l’avantage grâce à leurs sarisses (Arrien, I, 15, 5). Avec le soutien de la cavalerie, sur sa droite, Alexandre repousse celle de l’ennemi. La phalange, malgré de lourdes pertes, aspirant à montrer sa valeur et ne voulant pas voir sa réputation anéantie, traverse et marche sur celle des Perses. Cette dernière cède, attaquée de front par l’infanterie, et, sur les flancs, par la cavalerie. La rivalité entre les deux corps, selon la « doctrine philosophique de la guerre » que l’on approchera plus loin, est une clé pour la victoire.

La bataille d’Issos

Dans la plaine d’Issos, en novembre 333, Alexandre sait que la cavalerie perse ne peut se développer. Il faut surprendre l’adversaire qui est sur les arrières des Macédoniens. Alexandre commande de nourrir ses hommes et de détacher les Éclaireurs et des archers – ils doivent reconnaître les Portes syriennes pour s’assurer que l’ennemi n’occupe pas le défilé –, et décide une marche de nuit. Il fait ensuite reposer l’armée, des sentinelles placées sur tous les points. À l’aube, il se remet en marche pour franchir, en colonne, le défilé. Après le Pilier de Jonas, l’armée est rassemblée. Jusque-là, les unités, par suite de la marche en arrière, étaient inversées. Ainsi, les Hypaspistes sont maintenant à gauche, sur le rivage. Le rassemblement, après le défilé, permet de rétablir l’ordre de marche normal. L’armée, protégée sur ses flancs par la cavalerie et les troupes légères, peut, maintenant, dans la plaine d’Issos, se ranger en bataille : elle se développe en phalange – passant de 32 rangs de profondeur à 16 –, et s’appuie, à droite, sur les hauteurs, à gauche, sur la mer. Toutes ces marches et contremarches – le récit d’Arrien et de Polybe, qui se fonde sur le témoignage de Callisthène, est précieux –, ont permis aux Macédoniens d’arriver au contact de l’ennemi, en position de force. En effet, la cavalerie perse, positionnée à l’aile droite, du côté de la mer, face à la puissante cavalerie thessalienne et l’aile gauche de la cavalerie lourde macédonienne, n’a pas l’espace nécessaire à ses évolutions. Le résultat est que Darius, à la tête d’une pareille multitude, se voit ramené à un effectif utile aussi pauvre que celui qu’il avait méprisé chez l’ennemi (Quinte-Curce, III, 3, 28)…

Alexandre, fin tacticien, face aux mercenaires grecs, place au centre la phalange. Lorsqu’il se porte à l’aile droite, à la pointe de l’Agèma et de ses Hypaspistes, il fait céder rapidement les troupes perses. Le flanc gauche ennemi – en particulier celui des Grecs qui avaient opéré une contre-offensive, l’aile gauche de la phalange macédonienne n’ayant pu suivre le mouvement d’Alexandre –, est alors découvert. Le roi se porte, à gauche, sur les points les plus faibles, pendant que la phalange frappe de front. Le long de la mer, la cavalerie perse doit rompre à son tour, nécessairement.

Au vainqueur d’Issos, on apportera, plus tard, une cassette trouvée dans les trésors de Darius. Alexandre y enfermera son Iliade éditée par Aristote.

La bataille de Gaugamèles

En octobre 331, près des ruines de l’ancienne Ninive, l’armée du Grand Roi est forte, selon Arrien, de 40 000 cavaliers, 1 million de fantassins, environ 200 chars à faux et des éléphants. Darius campe à Gaugamèles, à environ 600 stades d’Arbèles. Les Perses ont fait égaliser le sol pour les évolutions des chars et les charges de cavalerie : certains avaient convaincu Darius qu’il avait eu le dessous à Issos à cause de l’étroitesse des lieux.

Le Roi et l’armée restent toute la nuit en formation de combat : ils craignent une attaque. Pour Arrien, cette attente prolongée, debout sous les armes, avec la peur qui se rendit maîtresse de leurs esprits, fut particulièrement néfaste aux Perses. Alexandre, au contraire, qui n’a pas suivi les conseils de Parménion d’attaquer la nuit, a donné un repos de quatre jours à son armée.

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR