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Sniping. Les Marines remplacent le M-40

Lors de la Première Guerre mondiale, le général John Pershing de l’US Army, voyant les Marines prendre calmement leur visée et abattre les soldats allemands à distance, reconnaissait à contrecœur : « Il n’y a pas arme plus mortelle au monde qu’un Marine et son fusil. » Rien n’a changé depuis la naissance du Rifle Creed (« every Marine is a rifleman » : tout Marine est un fusilier), et pour beaucoup de Marines, le fusil de précision reste le Saint Graal de leur carrière de tireur.

Parmi les différentes branches de l’armée américaine, l’USMC a la particularité d’être la seule à fabriquer elle-­même ses fusils de sniper. La Precision Weapons Section (PWS), basée à Quantico depuis sa création en 1968, est une unité du Weapons Training Battalion, lui-­même rattaché au Training and Education Command. Elle regroupe une cinquantaine de personnels triés sur le volet qui modifient et adaptent fusils et pistolets afin qu’ils correspondent au maximum aux besoins des tireurs de précision de l’infanterie et à ceux des scouts/snipers des sections STA (Surveillance and Target Acquisition). Outre le M‑40, le pistolet automatique M‑1911 MEU (SOC) et le Designated Marksman Rifle, issu du M‑14, font partie de leur production.

L’expertise de ces Marines est mondialement reconnue, et les industriels se sont souvent inspirés de leurs recherches pour développer des armes aptes aux exigences du combat. Toutefois, les procédés de fabrication des Marines restent inaccessibles aux fabricants d’armes, et leur savoir-­faire (1) se transmet au sein même de la PWS, de bouche à oreille d’armurier, produisant les armes les plus précises et les plus résistantes possible. En outre, les armes produites par la PWS sont réservées aux Marines, et durant toute sa carrière, le M‑40 a représenté ce qui se faisait de mieux en matière de fusil de sniper parmi toute la base industrielle de défense. Car, même s’il existe des armes plus précises que le M‑40, elles n’offrent pas la même rusticité et ne pourraient supporter ce que les Marines leur font endurer.

En avril 1966, l’USMC fit l’acquisition de 700 exemplaires du Remington M‑700 Short Action, qui fut militarisé par trois armuriers et renommé M‑40. Au début des années 1970, la crosse en bois fut remplacée par une crosse en composite McMillan A1, supprimant les problèmes occasionnés par la chaleur et l’humidité (le bois tend à gonfler en conditions tropicales, et à se contracter en zone froide). D’autres améliorations furent apportées, parmi lesquelles le remplacement de la lunette Redfield 3‑9 × 40 originelle par une Unertl 10 × 42, qui fut la première lunette à réticule Mil Dot, et le fusil fut redésigné M‑40A1.

En 2001 était introduit le M‑40A3, équipé d’une crosse McMillan A4 Tactical Riflestock et d’une lunette Schmidt & Bender M8541 3‑12 × 50. Un nouveau support avec rail Picatinny permettait d’y adjoindre le viseur à intensification de lumière Simrad KN200. À partir de 2009, le M‑40A5 fut mis en service, ajoutant la possibilité de dévisser le frein de bouche pour y monter un silencieux. Il était également doté d’un rail Picatinny supplémentaire pour y monter une optique de vision nocturne AN/PVS‑22.

En 2014, Remington s’est vu notifier la mise à niveau de l’intégralité des M‑40A5 de l’USMC (soit 1 100 exemplaires) au standard A6, dernière itération d’un fusil qui a connu tous les conflits dans lesquels ont été engagés les Marines depuis le Vietnam. Livré par Remington à partir de juin 2016, cinquante ans après la mise en service du premier M‑40, le M‑40A6 intègre maintenant une crosse modulaire repliable et un rail Picatinny intégral. Mais le fusil historique des scouts/snipers de l’USMC a commencé à montrer ses limites lors d’« Enduring Freedom », et le Marine Corps travaille à son remplacement depuis 2004, initialement en collaboration avec l’USSOCOM, tenant compte des retours d’expérience de leurs tireurs d’élite respectifs en Afghanistan et en Irak pour définir le fusil de sniper du XXIe siècle.

Nouveau paradigme pour les snipers américains

Les capacités de l’infanterie ont rapidement montré leurs limites en combat en montagne lorsqu’elles furent engagées en Afghanistan au début des années 2000. La topographie et l’aménagement du territoire poussent les deux camps à exploiter leurs armes au maximum de leur portée : nombreuses sont les zones où, hors des murs d’enceinte des habitations, les seuls couverts sont les canaux d’irrigation. En zone montagneuse, les angles de tir prononcés requièrent une puissance élevée en sortie de canon pour compenser la perte d’énergie due au tir du bas vers le haut.

Dans le Helmand, les Marines signalèrent de manière répétée des engagements où un groupe de combat était fixé par des tirs de mitrailleuse hors de portée de presque toutes les armes d’appui en 5,56 mm et 7,62 mm, les obligeant à demander un tir d’artillerie ou une frappe aérienne pour se dégager. Les armées de la coalition ont également eu affaire à des combattants étrangers venus renforcer les talibans avec des snipers qualifiés, dont l’entraînement et l’équipement équivalaient à ceux des tireurs d’élite alliés (2). L’USSOCOM et l’US Army ont alors lancé des études tirant parti de ces retours d’expériences et cherchèrent à accroître la portée pratique des armes légères d’infanterie, dont les fusils de sniper.

En Irak, le problème était différent puisqu’il concernait la puissance d’arrêt : la configuration très compartimentée du combat urbain limite la majeure partie des engagements à une portée de 300 m. Mais ces dernières années, une généralisation des protections balistiques parmi les groupes armés terroristes et les guérillas a également été observée, liée au fait que certains États adverses de l’OTAN vendent des gilets pare-­balles résistant aux munitions de 5,56 × 45 mm pour moins de 200 dollars sur Internet, facilitant ainsi leur apparition en masse sur les théâtres d’opérations. D’autre part, les snipers adverses ont parfois accès à des fusils de précision de calibre supérieur au 7,62 mm OTAN.

Il fallait alors accroître également la létalité de l’ensemble arme/munition pour pouvoir effectuer des tirs d’élimination au premier coup, y compris à travers ce type de protection. Ces études convergèrent vers l’adoption d’un calibre plus puissant que le 7,62 × 51 mm pour répondre simultanément à ces deux besoins, qui préfigurent le combat d’infanterie de demain. Ce qui induit une évolution des besoins capacitaires pour les tireurs d’élite. L’US Army a réagi en 2011 en dotant ses snipers du M‑2010 Enhanced Sniper Rifle en .300 Winchester Magnum, suivie en 2013 par l’USSOCOM qui adopta de son côté le Mk21 Precision Sniper Rifle, chambré en .338 Lapua Magnum. Nombre d’armées alliées avaient déjà opéré leur transition vers ces calibres, et l’USMC restait jusqu’à l’année dernière la seule force américaine dont les tireurs d’élite conventionnels se limitaient encore au 7,62 mm OTAN (3).

Actuellement, le déploiement des Marines bascule progressivement du théâtre irako-­syrien vers l’Afghanistan, où ils rencontreront à nouveau les mêmes difficultés. Le remplacement du M‑40 s’inscrit donc dans un alignement capacitaire des Marines sur les autres branches du Pentagone, et dans un effort plus large d’équipement de ses tireurs de précision, dont le nombre est en augmentation au sein du Corps. Plusieurs programmes d’essais, limités en nombre, sont apparus pour déterminer les besoins futurs de l’USMC : le M‑110A1 Compact Semi-­Automatic Sniper System (CSASS), basé sur le HK417, a été acquis à hauteur de 116 exemplaires à des fins de tests en plus des Mk11 Mod 2 déjà en service pour le tir semi-­automatique en 7,62 mm. Le rôle et l’affectation finale du CSASS ne sont pas encore fixés. Il pourrait être destiné aux spotters pour soutenir les snipers dotés de Mk13 Mod 7.

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