Le 1er BCP : creuset du combat interarmes

La remontée en puissance de l’armée de Terre, décidée par le président de la République en 2015, a profondément modifié l’organisation des forces armées françaises qui gèrent aujourd’hui en parallèle une augmentation de leurs effectifs et une modernisation radicale de leurs équipements et de leurs doctrines. Fer de lance de l’entraînement générique au combat de haute intensité, et fortement impliqué dans la mise en œuvre de SCORPION, le CENTAC (Centre d’Entraînement au Combat)-1er Bataillon de Chasseurs à Pied (BCP) nous a ouvert ses portes et nous permet de découvrir le rôle essentiel de cette unité dans le maintien et le renforcement du niveau opérationnel de l’armée de Terre.

En juillet de l’année dernière, le général Bosser, Chef d’État-Major de l’Armée de Terre (CEMAT), décrivait sa vision du combattant numérique de demain. « Pour dominer nos adversaires, il ne nous suffit pas d’être en nombre suffisant, bien entraînés et bien commandés. Il ne nous suffit pas non plus d’être dotés des équipements les plus modernes », déclarait-il. « Pour gagner, il nous faut un supplément d’âme, ce que j’appelle l’esprit guerrier. (1) » Situé entre l’Aube et la Marne, sur plus de 12 600 hectares de bois et de terrain découvert, le camp de Mailly héberge à la fois le CENTAC et le 5e Régiment de Dragons (RD). Ces deux unités, intimement liées, symbolisent à la perfection cette vision de l’armée de Terre du futur, formée au combat interarmes, située à la pointe de la technologie, mettant en avant la grande qualité de sa chaîne de commandement, mais possédant aussi l’intelligence de situation et la pugnacité indispensables pour garantir la victoire sur le théâtre des opérations. Elles sont également représentatives des défis du nouveau format « Au Contact » de l’armée de Terre, le 5e RD venant à peine d’atteindre son plein effectif, tandis que le CENTAC achève sa plus importante réorganisation.

Origine et histoire du CENTAC

Avec les retours d’expériences de la guerre du Golfe, les forces françaises identifient un besoin en matière d’entraînement opérationnel réaliste. Un Centre d’Expérimentation (CENTEX) est donc créé à Mailly-le-Camp en 1993 afin d’étudier la possibilité de mettre en place une structure d’entraînement destinée aux sous-­groupements des unités d’infanterie et de blindés. En 1996, le Centre devient opérationnel et prend la désignation de CENTAC, dont la mission reste focalisée sur l’entraînement réaliste des Sous-Groupements Tactiques Interarmes (SGTIA) et de leurs capitaines. Jusqu’en 2004, à chaque rotation d’entraînement, le CENTAC est ainsi en mesure de prendre en charge trois SGTIA, unités invitées et forces d’opposition confondues. Aujourd’hui, la modernisation des moyens de simulation et de restitution permet d’accueillir cinq SGTIA en parallèle, dont trois en entraînement et deux unités d’opposition.

Avant 2016, le CENTAC était le garant des traditions du 5e RD et maintenait ses propres unités de Forces Adverses, ou FORAD. Deux SGTIA du CENTAC étaient ainsi intégralement affectés à la force d’opposition. Depuis lors, la réorganisation « Au Contact » a permis la recréation d’un véritable régiment interarmes à Mailly-le-Camp, le 5e RD. Celui-ci prend alors son indépendance du CENTAC, qui lui cède ses deux FORAD et récupère alors les traditions du 1er BCP, une unité historique de la région. Sur une période d’environ deux ans, au fil des rotations, la totalité des régiments de mêlée de l’armée de Terre, infanterie et cavalerie, avec leurs éléments de soutien, passe donc entre les mains des experts du CENTAC‑1er RCP.

Entraîner les commandants de SGTIA aux réalités du combat symétrique

Depuis son origine, le CENTAC a pour mission principale l’entraînement des SGTIA et de leurs capitaines. Il intervient donc au cœur du cycle d’entraînement de l’armée de Terre, en amont des entraînements spécifiques avant déploiements extérieurs, qui sont réalisés à Canjuers. Le but du CENTAC n’est donc pas de créer un environnement de simulation adapté à une menace ou à une OPEX précise. Il s’agit au contraire de fournir des exercices génériques dans un cadre interarmes, face à une force d’opposition moderne et combative. Si les planificateurs du CENTAC peuvent adapter les scénarios d’exercices aux besoins de chaque régiment, les rotations à Mailly reposent toujours sur un combat symétrique de très haute intensité. Pour chaque militaire déployé sur le terrain, l’entraînement réaliste est à la fois rude et formateur.

Mais ce sont surtout les capitaines commandant les SGTIA qui sont au centre du dispositif du CENTAC.

Une vingtaine de rotations ont donc lieu chaque année au CENTAC, chacune se déroulant sur deux semaines et pouvant inclure jusqu’à trois SGTIA. Dans un premier temps, les troupes invitées à Mailly préparent leur prochaine mission et s’équipent de leur matériel d’entraînement. Les commandants d’unité, accompagnés de leurs chefs de section et d’unités d’appui, intègrent alors une phase de simulation sur le système OPOSIA (2) de Thales, mis en œuvre au CENTAC depuis 2013. Trois salles OPOSIA permettent de mettre en réseau jusqu’à trois capitaines et leurs subordonnés. Face à des logiciels de simulation tactique qui reproduisent fidèlement la zone d’entraînement, les commandants d’unité, de section et de peloton, qui se rencontrent parfois pour la première fois dans ce cadre interarmes, apprennent à se connaître et à travailler de concert, en mettant notamment en place la discipline du réseau radio.

Une fois cette phase de simulation virtuelle terminée, les capitaines rejoignent leurs compagnies et escadrons respectifs en deuxième semaine. Du dimanche soir au jeudi en fin de journée, ils occupent alors la zone d’exercice pour quatre jours d’exercices de combat continus seulement entrecoupés, pour les commandants des SGTIA, par de courts mais exigeants débriefings le lundi et mardi soir. Ces 3A (Analyse Après Action) représentent une étape cruciale pour les capitaines qui voient leurs actions et leurs décisions de la journée écoulée décortiquées à la fois par les arbitres du CENTAC, mais également par la FORAD qu’ils affrontent sur le terrain. De tels retours d’informations, toujours constructifs et pédagogiques, permettent aux commandants des SGTIA d’améliorer progressivement leurs performances, mais aussi de prendre conscience de leurs propres limites au fur et à mesure de l’avancée de l’exercice. Tout autant que les aptitudes tactiques des capitaines, c’est leur capacité à gérer les impondérables, à affronter la friction du champ de bataille, à déléguer leur autorité, à supporter le stress du combat et à gérer leur sommeil qui sont surveillées et analysées en permanence. Si le CENTAC a pour rôle d’évaluer les unités et leurs officiers, il doit aussi accompagner, guider et conseiller les SGTIA afin de leur permettre de progresser tout au long de leur rotation.

CENTAURE et OAC : une simulation sur mesure au plus près des troupes

Pour mener à bien cette mission principale, le CENTAC dispose de moyens matériels et humains spécifiquement développés pour renforcer le réalisme et reproduire l’intensité des combats symétriques. Le système de simulation et de restitution en direct des exercices, le CENTAURE (Centre d’entraînement au combat et de restitution des engagements) de Thales, permet un suivi détaillé des principaux déplacements, des différents engagements et même de chaque tir qui se produit sur les 120 km2 de la zone d’entraînement, nuit et jour. En temps réel, CENTAURE permet aussi de suivre la position GPS de 475 acteurs déployés sur le terrain, dont 192 véhicules. Un déploiement de trois SGTIA, plus la FORAD, pouvant entraîner la présence de 1 000 à 1 200 acteurs sur la zone, ce sont en priorité les chefs de section, de groupe et de patrouille qui sont équipés des systèmes de localisation.

En revanche, chaque élément individuel déployé sur le terrain, y compris au sein de la FORAD, est doté d’équipements STC (Simulateur de Tir de Combat), composés d’émetteurs lasers sur les armes et de récepteurs répartis sur les tenues des combattants et sur la cellule des véhicules. La trajectoire des munitions, leurs effets cinétiques et explosifs ainsi que la gestion de leur réapprovisionnement sont pris en compte pour chaque calibre, du FAMAS au canon de 120 mm du Leclerc en passant par la mitrailleuse lourde ou le canon de 25 mm du VBCI. Le système de simulation est alors assez précis pour distinguer un tir mortel d’une simple blessure, ou pour prendre en compte les zones de vulnérabilité des véhicules qui peuvent être endommagés, mis hors de combat ou détruits en fonction du feu adverse. Enfin, le Système de Neutralisation des Fantassins (SNF) installé sur les blindés prend en compte les pertes à l’intérieur et à proximité d’un véhicule détruit par le feu ennemi ou l’explosion de mines, également simulées durant l’exercice. Pour plus de réalisme, les armes légères tirent à blanc, ce qui permet de prendre en compte l’effet du bruit, du recul, mais aussi d’un éventuel mauvais entretien de l’arme au combat.

Les tirs d’artillerie, s’ils sont uniquement simulés par le Centre des Opérations (CO), sont tout de même représentés par les systèmes pyrotechniques des trois véhicules Restituteurs d’Effets de Tirs d’Artillerie (RETA) du CENTAC, de jour comme de nuit. À noter qu’à chaque rotation au moins un tir d’artillerie adverse simule une attaque chimique ou biologique, imposant de revêtir rapidement les tenues NRBC qui gênent incontestablement les déplacements, les communications par radio et la poursuite du tempo opérationnel. Et pour encore plus de réalisme, chaque rotation intègre également des éléments de l’ALAT déployés pour l’occasion à Mailly. Les hélicoptères de manœuvre ou de combat réalisent alors des missions de renseignement et d’appui-­feu, mais aussi des posers de déception destinés à détourner l’attention de l’adversaire. Depuis un an, le CENTAC met aussi en œuvre de petits drones commerciaux, qui représentent fidèlement une menace bien réelle rencontrée sur l’ensemble des théâtres d’opérations actuels. Même si leur utilisation reste soumise aux règles de la DGAC pour faciliter la déconfliction de l’espace aérien, ils peuvent parfaitement simuler une attaque au drone piégé, renseigner sur les déplacements adverses, mais aussi enregistrer des images utiles pour les OAC, les Observateurs Arbitres Conseillers.

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

nunc tristique lectus Sed Nullam libero
Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR