La Russie parraine-t-elle l’extrême droite européenne ?

Le 22 mars 2015 s’est tenu le forum international des militants d’extrême droite à Saint-Pétersbourg. Depuis cette date, Vladimir Poutine a multiplié les liens et apparitions avec des dirigeants de ce courant qui voient en la Russie un partenaire essentiel de leur politique étrangère, seul à même de protéger la « culture européenne » face à une menace d’islamisation de la société favorisée par une immigration massive. Ces relations sont généralement niées, mais la démission, en mai 2019, d’Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) et vice-chancelier du pays, pris en flagrant délit de corruption, les a mis en lumière.

Les partis d’extrême droite européens partagent une vision du monde commune basée sur des valeurs traditionnelles conservatrices autour d’une conception figée de la religion chrétienne, sur un rejet de l’ultralibéralisme, de l’immigration et des institutions personnifiant la mondialisation occidentale, en particulier l’Union européenne (UE). Vladimir Poutine incarne à leurs yeux le parfait défenseur de ces valeurs en Europe pour plusieurs raisons. Il cultive l’image d’un homme viril, se prêtant régulièrement devant les caméras à des entraînements physiques et à la pratique des arts martiaux. Il est également perçu comme un chef d’État ferme, présent depuis 1999, qui assume sa responsabilité et celle de la Russie dans le monde par divers engagements militaires, comme en Syrie. Il s’oppose souvent frontalement aux États-Unis et à leurs alliés. Ses positions rencontrent un écho fort auprès des partis d’extrême droite qui sont électoralement montés en puissance depuis la crise de la dette européenne de 2008 et ses conséquences sociales, se traduisant politiquement par des votes protestataires vers les extrêmes dans la majorité des États européens, renforcés par la crise migratoire de 2015. Certains de ces partis ont ainsi pu accéder au pouvoir par des jeux d’alliance, notamment en Autriche et en Italie. Ils se sont engagés dans une européanisation de leur lutte, par des rencontres régulières et un discours europhobe commun brossant l’UE comme le produit d’une oligarchie financière américaine.

Ces partis se distinguent des autres par leur opposition aux sanctions européennes contre la Russie adoptées lors de la guerre en Ukraine, à la suite de l’annexion de la Crimée en 2014. Vladimir Poutine est pour eux le leader naturel d’une Europe des nations qui s’oppose à une Europe mondialiste, personnifiée par Angela Merkel ou Emmanuel Macron. Du point de vue de Moscou, ces formations représentent une promesse pour l’avenir d’une alliance entre Russie et Europe. C’est pourquoi elle utilise différents moyens de soft power pour les soutenir par le développement de médias de propagande traduits (Sputnik, Russia Today), le soutien à des groupes paramilitaires en Europe de l’Est (Bulgarie, Hongrie) et des financements (prêt de 9 millions d’euros accordé au Front national français en 2014).

Cartographie de Laura Margueritte

L’influence de la Russie sur l’extrême droite européenne
Article paru dans la revue Carto n°54, « L’avenir des animaux : Biodiversité et crimes environnementaux », juillet-août 2019.

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