Spatial militaire chinois : la densification capacitaire

• le KO‑09/DN‑3, qui pourrait avoir été testé dès octobre 2015, avant que des essais confirmés aient lieu en juillet 2017 et en février 2018. Dans ces trois différents cas, la cible était un missile balistique. Comme pour le DN‑2, il est possible que le missile ne soit qu’un intercepteur antimissile à mi-course et que sa fonction ASAT ne soit que dérivée.

Autres options en cours de développement

La Chine semble travailler aux systèmes à énergie dirigée depuis les années 1960, en particulier dans le cadre d’applications antibalistiques. Deux sites, à Hefei et sur la base de lancement de Korla, disposent d’installations susceptibles d’abriter des lasers destinés à interférer avec des satellites, en l’occurrence en aveuglant leurs capteurs. Selon des responsables américains, plusieurs incidents de ce type se seraient produits à partir de 2006 (12). En 2013, des scientifiques chinois reconnaissaient que des essais d’aveuglement avaient été menés avec succès jusqu’à 600 km (13). En 2019, la DIA estimait que la Chine serait en mesure de disposer d’un armement opérationnel à partir de 2020. Cependant, aucune information ne filtre sur le nom ou la nature de ces armements, leurs capacités ou encore la réversibilité de leurs effets sur les systèmes.

L’usage de la guerre électronique dans une logique d’interdiction spatiale semble également faire l’objet d’une attention soutenue. Là aussi, toute la gamme des capacités a été développée, à commencer par les techniques de brouillage GPS et de spoofing, plusieurs incidents affectant les AIS (Automatic identification system, lesquels utilisent le GPS) de navires s’étant produits. La Chine a aussi développé des systèmes de brouillage des communications par satellite, tant dans l’uplink que dans le downlink et y compris sur des bandes EHF (Extremely high frequencies). Des systèmes permettant de brouiller les captures radars de satellites SAR sont également en cours de développement, selon la DIA américaine.

Un drone spatial

Beijing a très tôt étudié le concept d’avions spatiaux, l’armée montrant clairement son intérêt pour celui-ci (14) – avant que l’option ne soit écartée à la fin des années 1980 au profit de modes de lancement plus conventionnels. Les travaux ont cependant repris, sans doute à la fin des années 1990, débouchant sur le Shenlong, dont la photo a été publiée en 2007. Le système était un démonstrateur permettant de tester plusieurs techniques liées au vol hypersonique depuis une altitude suborbitale ou encore à l’atterrissage automatique. Il semble faire partie d’un programme plus large sur lequel peu d’informations sont connues. Ce dernier est potentiellement lié à l’annonce, faite en septembre 2020, du succès d’une mission d’un « vaisseau spatial réutilisable », deux jours après son lancement par une Longue Marche‑2F. Ce qui est considéré comme un drone spatial réutilisable a atteint l’altitude de 350 km, mais aucun détail n’a été révélé sur sa configuration, son endurance ou ses charges utiles. En tout état de cause, le concept de système réutilisable n’est donc pas abandonné et pourrait vraisemblablement déboucher à terme sur une capacité opérationnelle.

In fine, on peut constater que les efforts de la Chine lui ont permis, au fil des ans, de devenir une puissance spatiale de premier rang. La diversité des systèmes, la fréquence de leur modernisation, le dynamisme de l’industrie comme de la recherche, une stratégie organique adaptée et un intérêt politico-militaire soutenu débouchant sur une allocation de ressources pertinentes l’ont propulsée à la deuxième position mondiale, derrière les États-Unis. De plus, ces efforts ne sont pas stratégiquement vains. Sur le versant « soft power  », le spatial est un enjeu de fierté nationale. Sur le versant « hard power  », il est clairement perçu comme un enabler pour le reste des capacités militaires chinoises. De là à ce qu’il soit officiellement reconnu comme ayant un statut d’effecteur, il n’y a plus guère qu’un pas…

Notes

(1) Sur sa mise en place, ses fonctions et ses missions, voir Jean-Jacques Mercier, « La signification militaire de la Force de soutien stratégique », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 68, octobre-novembre 2019.

(2) Michael Pillsbury (dir.), Chinese Views of Future Warfare, National Defense University, Washington, 1998.

(3) Chen Huan, « The Third Military Revolution », in Michael Pillsbury (dir.), op. cit., p. 394.

(4) Voir notamment Yannick Genty-Boudry, « La Force spatiale chinoise », Défense & Sécurité Internationale, no 141, mai-juin 2019.

(5) Un seul Gaofen-4 de surveillance optique à très haute résolution a ainsi été placé sur orbite géostationnaire en décembre 2015.

(6) DIA, Challenge to Security in Space, Washington, janvier 2019.

(7) Harun Siljak, « China’s quantum satellite enables first totally secure long-range messages », The Conversation, 17 juin 2020, https://​theconversation​.com/​c​h​i​n​a​s​-​q​u​a​n​t​u​m​-​s​a​t​e​l​l​i​t​e​-​e​n​a​b​l​e​s​-​f​i​r​s​t​-​t​o​t​a​l​l​y​-​s​e​c​u​r​e​-​l​o​n​g​-​r​a​n​g​e​-​m​e​s​s​a​g​e​s​-​1​4​0​803

(8) Bian Weeden et Victoria Samson, Global Counterspace Capabilities : An open Source Assessment, Secure World Foundation, Washington, avril 2020.

(9) Sur cette question, voir notamment Guilhem Penent, « Menace sur les systèmes spatiaux et “hit-to-kill” chinois : histoire d’un revirement américain », Défense & Sécurité Internationale, no 108, novembre 2014.

(10) SC fait référence à la base de lancement où l’engin a été observé la première fois. Le « 19 » renvoie au fait qu’il s’agit du 19e type observé sur la base. « DN » ou « Dong Neng » (énergie cinétique) pourrait ne pas être une désignation chinoise officielle.

(11) Voir Bill Gertz, « China test anti-satellite missile », The Washington Free Beacon, 9 novembre 2015, https://​freebeacon​.com/​n​a​t​i​o​n​a​l​-​s​e​c​u​r​i​t​y​/​c​h​i​n​a​-​t​e​s​t​s​-​a​n​t​i​-​s​a​t​e​l​l​i​t​e​-​m​i​s​s​i​le/

(12) Glenn Kessler, « Bachman’s claim that China ‘blinded’ U.S. satellites », www​.washingtonpost​.com, 4 octobre 2011.

(13) Bian Weeden et Victoria Samson, op. cit.

(14) Voir notamment Richard Fisher, « China’s space plane programs », International Assessment and Strategy Center, 11 avril 2011, http://​www​.strategycenter​.net/​s​c​h​o​l​a​r​s​/​s​c​h​o​l​a​r​I​D​.​4​/​s​c​h​o​l​a​r​_​d​e​t​a​i​l​.​asp

Légende de la photo en première page : Une Longue Marche-5. La Chine dispose d’une vaste gamme de lanceurs. (© Guo Cheng/Xinhua)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°76, « Spatial militaire : la nouvelle donne  », février-mars 2021 .
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