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Tokyo 2020-2021 – Paris 2024, les Jeux de la reconquête

Dans ce contexte, la tenue des Jeux est d’autant plus coûteuse pour une ville accueillant peu de méga-évènements. Cela entraîne une course aux investitures dans le but de rentabiliser les infrastructures existantes, amenant finalement ces villes globales à produire une fonction évènementielle s’ajoutant aux fonctions de place financière, de centre touristique, de production des savoirs, de centre d’innovations… Il existe ainsi une spécialisation des villes hôtes.

Tokyo 2020, nationaliser les Jeux et diminuer les ambitions

Lors de la candidature de Tokyo pour 2016, le gouverneur n’avait pas hésité à faire valider un projet onéreux qui a été renouvelé pour la candidature de Tokyo pour 2020. Environ 28 milliards de dollars américains devaient être investis. L’alternance politique locale après l’élection et la reprise en main du dossier par le cabinet du Premier ministre est allée de pair avec une grande diminution de l’envergure du projet, qui s’est stabilisé aux alentours de 9 milliards de dollars d’investissements publics et de frais de fonctionnement pour le Comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo (TOCOG).

L’objectif de Shinzo Abe était alors de mettre en lumière l’action du gouvernement pour la reconstruction du Japon après les catastrophes de 2011, tout en espérant des retombées importantes sur le plan économique. Dans ce domaine, les études ne sont pas consensuelles, ni pour les éditions précédentes, ni pour Tokyo. La Banque du Japon annonçait en 2016 une augmentation de 220 milliards de dollars du PIB japonais (2), alors que des chercheurs de l’Institut Mizuho estiment ce gain à environ 36 milliards de dollars (3).

Dans tous les cas, il s’avère que l’alternance politique a grandement modifié le projet olympique en diminuant les investissements publics au moment où le Japon connaît une stagnation de son économie, un déclin rapide de sa démographie et une concentration de plus en plus importante de son appareil économique autour de sa capitale. Cette concentration avait été critiquée, les candidatures de Tokyo pour les Jeux étant perçues comme un nouvel accroissement de la centralisation au détriment des autres territoires, et ce malgré la candidature d’Osaka pour l’Exposition universelle de 2025.

Néanmoins, l’intervention de Shinzo Abe a aussi été l’occasion de nationaliser les Jeux en introduisant la notion de « All Japan » (« La totalité du Japon ») et en promettant des bénéfices pour d’autres territoires, notamment à travers le développement d’infrastructures sportives publiques. En 2019, ce projet est accéléré par le déplacement des épreuves du marathon et de marche dans le Nord du Japon, à Sapporo, pour éviter la chaleur et l’humidité estivales tokyoïtes.

Paris 2024, une tentative de changer l’image des Jeux

Inversement, Paris 2024 est fondée sur l’idée de sobriété. Cette idée s’appuie sur le fait que les infrastructures de transport du Grand Paris Express ne sont pas incluses dans le projet urbain olympique et par conséquent leur coût non plus. Pourtant, les modifications apportées aux calendriers d’ouverture des lignes lors de la candidature de Paris pour 2024 et publiées après le résultat de l’élection montrent une augmentation d’environ 600 millions d’euros des projets de transport qui seront pris en charge non pas par les organisateurs de Paris 2024, mais par la Société du Grand Paris.

Les élus franciliens et la maire de Paris sont les acteurs principaux des Jeux, avec l’appui du Comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris (COJOP) et la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo). Le gouvernement central et le président de la République ne se sont pas invités outre mesure dans le projet olympique comme c’est le cas à Tokyo.

Le dossier de candidature des Jeux de Paris 2024 n’intègre pas d’infrastructure supplémentaire en dehors du centre aquatique olympique et de quelques équipements temporaires. Les organisateurs présentent un récit de l’édition parisienne fondé sur l’amélioration de la qualité de vie des habitants du Nord de la capitale, à travers un projet à la fois respectueux de l’environnement, promoteur d’alternatives à la mobilité automobile, tout en étant singulièrement économe.
Il s’agit d’une tentative de modifier l’image associée aux Jeux, à l’opposé des critiques de plus en plus nombreuses à la fois contre les grands projets olympiques, et contre le fonctionnement du CIO. Les Jeux de Paris 2024 seront produits dans la continuité des accords de la Conférence des parties de Paris en 2015, et seront aussi les premiers à appliquer la réforme de l’Agenda 2020 du CIO.

La reconquête comme projet urbain olympique

Les Jeux de Tokyo et ceux de Paris sont toutefois comparables. Ce sont des projets d’accélération de la requalification d’anciennes emprises industrielles en bordure de l’hypercentre et jugées dans les documents stratégiques comme des quartiers possédant un grand potentiel de densification et de développement.

Les villages olympiques et paralympiques sont au cœur de ces projets. Le village de Tokyo 2020 est construit sur le terre-plein d’Harumi, au sud de la capitale (voir carte), tandis que celui de Paris 2024 est prévu à Saint-Denis, au nord du cœur métropolitain (voir carte). Ces villages ont vocation à devenir de nouveaux quartiers résidentiels à destination des classes moyennes supérieures à Tokyo, et à destination mixte pour le cas de Saint-Denis puisque plus de 25 % des logements seront des logements sociaux (4).

Le front de mer de Tokyo est une cible privilégiée des promoteurs et du gouvernement métropolitain de Tokyo depuis les années 1980 et 1990. Ces terre-pleins étaient constitués de nombreuses zones d’activité et résidentielles avec un maillage fin et délicat à modifier. S’y côtoyaient des espaces logistiques, des zones portuaires et industrielles, des bâtiments d’artisanat et des logements souvent de qualité douteuse. La zone de la baie souffrait de plus d’une mauvaise réputation liée à l’absence d’entretien des bords d’eau, aux rejets des eaux usées et au dépôt de déchets.

Avec la rénovation de différentes zones donnant sur la baie, un grand travail d’amélioration des espaces publics et des abords des terre-pleins a été effectué. Les promoteurs ont commencé à investir, tout comme la municipalité qui voyait dans ces secteurs la possibilité de développer différents services, depuis les espaces verts, des équipements sportifs et de loisirs, jusqu’à des zones multifonctionnelles à destination des grandes entreprises japonaises et étrangères.

À propos de l'auteur

Alexandre Faure

Chercheur en études urbaines, Fondation France-Japon de l’EHESS.

À propos de l'auteur

Louise Claire Wagner

Doctorante en études urbaines à l’université Paris-Nanterre, affiliée à l’Institute of Global Concern, Sophia University et au Regional Governance Research Institute, Meiji University, Tokyo.

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