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F-16V, l’autre atout export de Washington

Légèrement moins cher qu’un Rafale ou qu’un Typhoon, mais nettement plus performant que le Gripen suédois, le Viper s’appuie très vite sur toute la force commerciale de Lockheed Martin, et sur le très avantageux dispositif FMS, pour séduire un marché européen dynamique, mais particulièrement fractionné. Après plusieurs mois de négociations, Athènes confirme en avril 2018 son intention de moderniser 84 F‑16C/D au standard Viper. Fin 2018, la Slovaquie annonce la commande de 14 F‑16V, suivie quelques mois plus tard par la Bulgarie qui achète huit appareils.
Ailleurs dans le monde, le F‑16V se présente également comme une solution abordable pour des forces aériennes qui souhaitent disposer de capacités modernes sans restreindre le format de leur flotte. Client de lancement, Bahreïn confirme début 2018 l’achat de 16 F‑16V neufs, avec une option pour la modernisation de 20 F‑16C/D. Enfin, en 2019, Washington valide la vente, sous FMS, de deux douzaines de F‑16V neufs pour les Forces aériennes royales marocaines, tandis que les 23 F‑16 Block 52 déjà en service seront modernisés localement au Block 72.

En deux ans à peine, Lockheed Martin engrange donc la vente de 376 appareils, neufs et rénovés. Soit un peu moins que l’ensemble des Rafale, Eurofighter et Gripen, neufs ou d’occasion, exportés depuis le début de leurs carrières commerciales ! Et l’avionneur américain espère bien que la mise en service des premiers F‑16V entraînera une nouvelle vague de contrats, notamment en Croatie, en Indonésie, aux Philippines ou au Chili. Des clients du F‑35, notamment Singapour, la Pologne ou la Corée du Sud, sont également démarchés pour moderniser une partie de leurs F‑16.

Au-delà du F-16V

Indépendamment d’éventuels nouveaux contrats, le pari de Lockheed Martin est déjà gagné, puisqu’il a poussé ses principaux concurrents à s’aligner sur ses conditions. Pour contrer Lockheed Martin en Grèce, et offrir un avion performant avec une livraison rapide et un tarif maîtrisé, la France n’a pas eu d’autres choix que d’inclure des appareils d’occasion dans le cadre de la récente vente de 18 Rafale à Athènes. Idem en Croatie, où la présence du F‑16V oblige la France à présenter des Rafale d’occasion, et la Suède à proposer non pas de nouveaux Gripen E/F, mais des « queues blanches », autrement dit des Gripen C/D déjà fabriqués, mais jamais mis en service. Il faut dire qu’entre l’usine de Caroline du Sud, les nombreux F‑16 encore en service dans le monde et les centaines d’appareils stockés aux États-Unis, Lockheed Martin a de quoi s’adapter à tous les budgets et à tous les marchés.

Pour améliorer encore les futures ventes de F‑16, Lockheed Martin et le Département de la Défense veulent désormais offrir une version « générique » du F‑16V vendu en FMS. Il s’agit concrètement du Viper de base, avec un nombre prédéterminé d’équipements annexes, de pièces détachées et d’armements, négociés aux prix les plus bas avec les industriels. Plutôt qu’un contrat personnalisé pour chaque client, un contrat type sera généré pour chaque commande et ajusté en fonction du nombre d’appareils, permettant de répondre plus rapidement, et à plus faible coût, aux besoins en avions neufs des plus petites forces aériennes. L’appareil disposant d’une architecture modulaire, les équipements et armements spécifiques pourront alors faire l’objet de contrats distincts.

Bien évidemment, Lockheed Martin n’entend pas se limiter au cadre des FMS. Dans une démarche rappelant le développement du F‑16E Block 60, le F‑16V générique pourrait en effet servir de base à des versions boostées du Viper spécifiquement conçues pour certains marchés. Après avoir échoué face au Rafale avec un F‑16IN dérivé du F‑16E, Lockheed Martin propose désormais à l’Indian Air Force un « nouveau » F‑21 Super Viper pouvant être produit sous licence. Basé sur le F‑16V, le F‑21 serait doté d’un cockpit articulé autour d’un unique écran tactile, comme sur le F‑35, d’une perche de ravitaillement en vol et de nouveaux pylônes triples pour l’emport de missiles AMRAAM, conférant au Super Viper la même puissance de frappe aérienne qu’un F‑15 de dernière génération.

Mais l’avenir du Viper pourrait bien se jouer à domicile. Alors que le programme F‑35 s’enlise, la récente acquisition par l’USAF de F‑15EX permet d’envisager de plus en plus sérieusement l’achat de F‑16V par la force aérienne américaine. Si son chef d’état-­major semble plutôt pencher pour un tout nouvel avion « low cost » doté d’une architecture numérique plus ouverte, toutes les options semblent actuellement étudiées, et le F‑16 présente le grand avantage d’avoir une chaîne logistique particulièrement bien rodée. Réponse en 2022, au plus tôt.

Note

(1) Les Block 70/72 neufs restent d’ailleurs des F-16C/D dans la nomenclature étatique américaine, la dénomination commerciale F-16V n’étant utilisée par les services d’État que pour désigner les appareils rénovés.

Légende de la photo en première page : Extérieurement, le F-16V ne se distingue pas vraiment d’un Block 52. (© Lockheed Martin)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°78, « Numéro spécial Aviation de combat 2021  », Avril – Mai 2021.

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