Blog de Joseph HENROTIN

DSI n°156 – L’éditorial

Le DF-17, HGV de moyenne portée.

L’éditorial de DSI n°156, actuellement en kiosque, revenait sur le test d’une charge FOBS hypersonique par la Chine. Or, il s’avère que le test a également impliqué le largage d’une charge par le planeur. Sa nature précise n’est pas connue, qu’il s’agisse d’un missile, d’une charge à gravité ou d’un leurre. En tout état de cause, au vu des contraintes qu’un tel largage implique, en termes thermiques et de pression dynamique, Beijing a donc pris une avance considérable. C’est le cas sur ce compartiment spécifique des systèmes hypersoniques mais aussi, par delà, des capacités de calcul et de modélisation nécessaires pour y parvenir. Notre prochain hors-série, de ce point de vue, reviendra tant sur l’actualité, particulièrement dynamique, des systèmes hypersoniques que les les implications stratégiques des applications de la physique quantique.

JH, 26 novembre 2021.

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L’actualité stratégique est décidément (indo)pacifique. La rupture du contrat portant sur 12 sous-­marins de classe Attack par l’Australie, sur laquelle nous revenons notamment dans ce numéro, cache en réalité un enjeu autrement plus stratégique lié à la manière de contenir les ambitions de la Chine. Cette dernière ne peut qu’être endiguée et cela est notamment fonction de la solidité des alliances dans la région – Sun Tzu ne recommandait-il d’ailleurs pas de s’en prendre aux alliances de l’adversaire ? Cette question de l’endiguement est traditionnellement complexe, d’autant plus lorsque entre en ligne de compte la variable nucléaire. En la matière, si le double processus de modernisation et d’accroissement capacitaire de Pékin est reconnu, le test d’un planeur hypersonique ayant une trajectoire FOBS (Fractional orbital bombardment system) révélé mi-octobre est une surprise.

Comme bien souvent avec un nouveau système, il faut ajouter à la stratégie des moyens les dimensions liées à la stratégie déclaratoire. Contrairement à un planeur hypersonique classique, un planeur FOBS va être placé sur une quasi-orbite avant d’effectuer ses manœuvres de rentrée, ce qui lui permettra de parcourir de plus longues distances. Inconvénient : son temps de vol est plus long. Avantage : une telle trajectoire offre des approches diversifiées de la cible. Concrètement, s’il entre en service, un tel système pourrait ainsi attaquer les États-Unis par le sud, là où leur couverture radar et satellite de détection balistique est bien plus faible. Une fois de plus donc – après la question des missiles balistiques antinavires –, Pékin cherche à créer une « panique balistique ».

Ses raisons peuvent être multiples, au-delà d’un accroissement de ses moyens de dissuasion : peut-être l’espoir de forcer Washington à consentir des investissements matériels lourds – au détriment des capacités conventionnelles utiles dans le Pacifique – tout en cherchant à infléchir ses ambitions en matière d’endiguement, en augmentant le coût de l’action. De facto, toute stratégie est avant tout faite de signifiants et de messages, et si l’essence de la stratégie est la manœuvre, cette dernière opère d’abord au niveau des perceptions.

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