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À quoi sert (réellement) l’OTAN ?

L’OTAN en elle-­même n’a donc pas besoin de forces militaires propres ni d’un budget important. Elle doit apporter les structures qui vont accompagner les actions conjointes. D’une part, il faut une structure administrative venant en appui du Conseil de l’Atlantique nord où sont représentés les pays pour assurer notamment le suivi des décisions. Il s’agit du Secrétariat international qui se composait de 1 154 civils en 2021. D’autre part, quelque 6 200 militaires et 850 civils travaillent au sein de l’état-­major militaire international et dans les quartiers généraux qui forment la structure de commandement de l’OTAN. Il faut noter que la très grande majorité de ces militaires ne sont pas payés par l’OTAN, mais par leur pays d’origine qui les met à disposition de l’état-­major.

Pour faire fonctionner ces structures, l’OTAN dispose d’un budget global de 2,6 milliards d’euros. Cela représente à peine 0,3 % des dépenses militaires de l’ensemble des pays de l’Alliance. Nous sommes loin d’un rempart en tant que tel. Ce budget se compose de 290 millions pour le budget civil du Secrétariat international (11 %), de 790 millions pour le programme d’investissement au service de la sécurité de l’OTAN ou NSIP (30 %) et de 1,6 milliard pour le budget militaire (59 %), lui-­même consacré très largement à des moyens communs de l’Alliance.

Le NSIP ou le budget militaire permettent aux pays membres de se doter collectivement de capacités et de moyens communs que peu de pays acquerraient individuellement, mais qui sont d’une grande valeur, car ils accroissent l’efficacité de la sécurité collective des membres de l’Alliance, soit en complétant leurs moyens nationaux, soit en assurant une meilleure coordination militaire entre alliés. L’OTAN sert ainsi de catalyseur pour mettre en place des « biens de club » qui sont un amplificateur pour l’efficacité de l’effort militaire de chacun de ses pays membres. Nous pouvons citer par exemple la défense aérienne et antimissile intégrée IAMD, la capacité alliée de surveillance terrestre AGS ou encore les systèmes aéroportés d’alerte avancée et de contrôle AWACS. Ces dépenses sont partagées grâce à un mécanisme de financement collectif qui est géré par l’OTAN.

Ces capacités collectives sont mises à la disposition des deux commandements stratégiques de l’Alliance, le Commandement allié opérations (ACO) et le Commandement allié transformation (ACT). Pour assurer la mise en œuvre de ces ressources communes, l’Alliance s’appuie sur plusieurs agences otaniennes comme la NCIA (communications, cybersécurité, surveillance…) et la NSPA (acquisition, soutien logistique, infrastructures…). Cette mise en commun de ressources est une particularité de l’Alliance atlantique. Traditionnellement, les alliances militaires reposent uniquement sur la somme des efforts nationaux de leurs pays membres. Cela explique que l’OTAN soit souvent perçue comme un vecteur de sécurité collective malgré la modestie de ses moyens propres.

La faiblesse de ses budgets limite toutefois l’efficacité militaire collective de l’Alliance atlantique. Même si les budgets de l’OTAN sont passés de 1,9 milliard d’euros en 2015 à 2,26 milliards cette année, soit une hausse de 40 %, ces moyens restent dérisoires par rapport aux dépenses nationales des pays membres. C’est pourquoi le secrétaire général de l’OTAN a récemment obtenu des pays membres qu’ils doublent le budget d’investissement de l’organisation dans les prochaines années.

L’OTAN souhaite aussi devenir un acteur de l’innovation militaire, dans laquelle elle ne joue qu’un rôle très marginal jusqu’à présent. Les technologies émergentes et de rupture sont un sujet de préoccupation, car elles pourraient transformer l’art de la guerre. Or le coût d’accès à ces technologies est élevé, ce qui les rend difficilement accessibles pour beaucoup de pays. En 2021, le secrétaire général a lancé deux initiatives pour les aider à maîtriser ces technologies : un accélérateur d’innovation de défense (DIANA) et le NATO innovation fund. Cependant, il faut garder en tête que ces initiatives restent fondées sur la base du volontariat et que leur financement sera assuré par des contributions directes des pays participants.

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