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Les missiles hypersoniques, une technologie militaire de rupture ?

La missilerie hypersonique a, depuis quelques années, le vent en poupe. Que ce soit dans les débats en relations internationales, en études stratégiques ou même en ingénierie, elle est souvent présentée comme un game changer causant une rupture dans les équilibres militaires.

Comme souvent lorsqu’il est question de systèmes techniquement avancés, les vertus « révolutionnaires » de l’objet sont souvent exagérées ; tout comme la finalité opérationnelle d’une innovation peut, paradoxalement, être mal comprise. En réalité, les systèmes hypersoniques — qu’il s’agisse des planeurs ou des missiles de croisière (voir l’encadré ci-dessous) — ne sont que les produits d’une continuité. Les missiles balistiques et de croisière n’ont rien de neuf, mais il faut constater que les systèmes destinés à les intercepter ont connu des évolutions importantes ces vingt dernières années. C’est dans ce cadre qu’un missile hypersonique est intéressant : ce qui le distingue des engins classiques est une trajectoire imprévisible pour les systèmes de défense. En cela, le terme « hypersonique » est partiellement trompeur : s’il fait intrinsèquement référence au facteur vitesse (ce qui est parfois vrai), son avantage se trouve ailleurs.

<strong>Les fondamentaux techniques</strong>
Un missile est qualifié d’hypersonique lorsqu’il remplit deux conditions. La première est sa vitesse, supérieure à Mach 5 (plus de 6 000 km/h). La deuxième est sa manœuvrabilité, le missile ou sa charge ayant une trajectoire plus ou moins imprévisible dans sa progression vers l’objectif. Cette caractéristique de manœuvrabilité distingue un engin hypersonique de missiles à longue portée plus classiques, qui peuvent certes atteindre et dépasser les Mach 5, mais dont la trajectoire est balistique ou quasi balistique. Cette manœuvrabilité rend plus complexe une tentative d’interception.

Il existe deux grandes catégories de systèmes hypersoniques :

le planeur (HGV — Hypersonic glide vehicle), propulsé par un booster qui lui confère son énergie. Une fois largué à haute altitude, il « surfe » sur les hautes couches de l’atmosphère, réduisant la prédictibilité de sa trajectoire ;

le missile de croisière (HCM — Hypersonic cruise missile), également propulsé par un booster, qui lui confère une vitesse permettant ensuite de lancer un statoréacteur classique (ramjet) ou supersonique (scramjet) assurant ensuite une propulsion continue. S’il évolue également à relative haute altitude, le missile de croisière est aérobie.

Des systèmes manœuvrants certes, mais pour quelles finalités ?

Les premiers systèmes qui apparaissent sont liés à la dissuasion nucléaire. La Russie et la Chine travaillent ainsi rapidement sur des planeurs afin de contrer le système antimissile américain mis en place depuis les années 2000. Pour Moscou et Pékin, les systèmes hypersoniques sont une manière de réassurer la dissuasion, qui dépend de la certitude que les frappes nucléaires atteignent effectivement leur cible. Au demeurant, plusieurs États s’engagent également dans cette voie : pour la France, le futur missile ASN4G, qui va remplacer les missiles ASMP-A de l’armée de l’air et de l’espace, doit accroître la probabilité d’une frappe.

Une deuxième fonction des systèmes hypersoniques est la frappe conventionnelle sur des cibles à haute valeur ajoutée. De ce point de vue, ces systèmes ouvrent des opportunités opératives et tactiques. On peut très bien imaginer des frappes de DF-17 chinois sur les batteries antimissiles taïwanaises, « ouvrant la porte » à des missiles balistiques non hypersoniques — et donc moins coûteux — qui traiteront ensuite une série de cibles qui ne pourront plus être défendues. Dans le cas des programmes américains ou japonais cette fois, il s’agit de pouvoir « brusquer » le tempo opérationnel, en traitant une cible dès sa détection, en prenant appui sur la portée et la vitesse des systèmes hypersoniques.

Une troisième fonction est le combat antinavire. La Russie a été la première à s’engager sur cette voie avec le missile 3M22 Zircon, un missile de croisière hypersonique (HCM) d’une portée estimée de 800 à 1 000 km et qui pourrait atteindre Mach 7 ou 8. Tiré depuis des bâtiments de surface ou des sous-marins, ses fonctions sont en réalité plus diversifiées. D’une part, ses essais ont démontré qu’il pouvait être utilisé contre des cibles statiques au sol et doté d’une charge nucléaire ou conventionnelle d’autre part. La Chine développe également des systèmes de frappe antinavires, et les États-Unis se dirigent eux aussi vers cette option.

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