L’approche multilatérale est également celle systématiquement privilégiée pour organiser les réponses d’urgence aux catastrophes naturelles, cyclones et éruptions volcaniques, comme l’a illustré la participation de la France aux opérations de secours au Royaume des Tonga en ce début d’année 2022, sous l’égide du mécanisme FRANZ (3), qui a démontré toute l’efficacité du partage de l’information et de la coordination de l’action. Ce principe de l’action collective reste indispensable face aux événements que pourrait connaître la région dans un avenir proche. Enfin, en surplomb de tous ces sujets figure la question de la présence chinoise dans la région. Présence souhaitée ou inévitable pour la plupart des pays océaniens, mais présence contestée dans le cadre de la compétition stratégique évoquée. La perception de l’action de Pékin, marquée par une prodigalité d’apparence qui masque le poids de la dette, est aussi l’un des enjeux régionaux, incluant sa contribution à une vision partagée de la stabilité.
Quelles missions pour les FANC ?
Face à ces enjeux, les FANC sont l’outil militaire de la France dans le Sud-Ouest du Pacifique, directement sous les ordres du chef d’état-major des armées. La zone de responsabilité des FANC inclut neuf pays (4), mais c’est avec la majeure partie des États de la région qu’elles interagissent, sans oublier ceux qui viennent de plus loin s’investir, à l’instar du Japon, dans ce Pacifique « utile » en ce qu’il concentre l’essentiel des populations océaniennes. Leurs quelque 2 150 membres, militaires d’active, réservistes et personnels civils, arment le point d’appui stratégique qu’est la Nouvelle-Calédonie. Parfaitement intégrées à leur environnement, et avec le renfort ponctuel de moyens venant de métropole ou bien des forces voisines, en particulier de Polynésie française, les FANC produisent trois effets stratégiques en Océanie :
– Le premier des effets recherchés est celui de protéger : protéger en permanence la souveraineté, dans les zones économiques exclusives de Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna, dans les approches maritimes et aériennes ; protéger aussi les populations des risques du quotidien, en coordination étroite avec les services de l’État ou du gouvernement calédonien, grâce aux capacités militaires, parfois les seules à pouvoir répondre à l’urgence, ou à assurer l’action de l’État en mer.
– Le deuxième effet que poursuivent les FANC est de coopérer : coopérer en Océanie tant avec les pays insulaires de la zone de responsabilité qu’avec les puissances régionales et mondiales ; coopérer avec les grandes organisations politiques régionales et leurs agences, dont principalement l’agence des pêches du Forum des îles du Pacifique, avec qui les FANC se coordonnent en permanence pour la réalisation des missions de surveillance des espaces maritimes océaniens. La coopération s’appuie aussi sur de nombreux cercles d’échanges d’information et de coordination de l’action, comme le Pacific quadrilateral defence coordination group (Groupe quadrilatéral de coordination de la défense du Pacifique), au sein duquel les FANC représentent la France et interagissent avec les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, mais également le Japon et le Royaume-Uni. Acteur militaire majeur de la région, l’Australie reste un partenaire incontournable pour agir dans la région, indépendamment de l’évolution de la relation diplomatique après l’annulation du contrat des sous-marins.
– Le troisième effet qu’assument les FANC est d’affirmer l’appartenance de la France à l’Océanie et au Pacifique, grâce à ses territoires et à ses espaces maritimes : affirmer son rôle de puissance d’équilibre s’écartant de la logique de blocs dans les relations internationales ; affirmer enfin la place de l’Union européenne dans la région, au moment où celle-ci développe sa propre stratégie qui peut ainsi s’appuyer sur l’action et la présence de la France, seul État-membre offrant cette situation.
Toute l’activité opérationnelle et relationnelle des FANC concourt ainsi à ces trois effets, qui connaissent, à échéance régulière, un point d’orgue avec l’exercice multinational Croix du Sud. Reconnu en Océanie, et au-delà, comme un rendez-vous majeur de l’entraînement à la réponse collective aux grandes catastrophes naturelles qui peuvent affecter la région, cet exercice représente pour les FANC le point de convergence de l’entraînement interarmées — qu’il soit national ou multinational, des échanges réguliers avec les forces armées des pays partenaires — en format bilatéral ou multilatéral, et des contacts avec les acteurs civils de la sécurité et de la stabilité de la région. Après une annulation en 2020, en raison de la pandémie, la prochaine édition aura lieu en avril 2023 en Nouvelle-Calédonie.
L’importance du Pacifique pour la sécurité du monde croît au fur et à mesure que la compétition stratégique s’intensifie entre la Chine d’une part et les États-Unis et leurs alliés d’autre part. À côté de l’Asie du Sud-Est et de l’Extrême-Orient, l’Océanie devient indéniablement l’un des épicentres de cette confrontation.
Son dispositif militaire permet à la France, en pointe de ses partenaires européens, d’agir concrètement, dans un rôle de puissance d’équilibre et sur un mode partenarial. Dans leur zone de responsabilité, qui correspond à la majeure partie de l’Océanie en termes démographiques, les FANC y contribuent directement depuis leur position stratégique en Nouvelle-Calédonie, en protégeant les Français et leurs intérêts, en coopérant avec leurs partenaires régionaux, et en affirmant la présence de la France au cœur du Blue Pacific.
Notes
(1) Estimation de la Communauté du Pacifique (CPS), organisation régionale à vocation scientifique.
(2) AFP/CM, « L’Australie inquiète d’un projet d’accord de sécurité entre la Chine et les îles Salomon », france.info, 24 mars 2022 (https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/tahiti/polynesie-francaise/l-australie-inquiete-d-un-projet-d-accord-de-securite-entre-la-chine-et-les-iles-salomon-1265280.html).
(3) Accord tripartite de coopération signé en 1992 entre la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande afin de coordonner et de rationaliser l’aide civile et militaire aux États et territoires du Pacifique insulaire victimes de catastrophes naturelles.
(4) Australie, Nouvelle-Zélande, Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu, Tonga, Samoa, Salomon, Nauru.
Légende de la photo en première page : Les forces armées en Nouvelle-Calédonie acheminent de l’aide d’urgence à la population tongienne suite à l’éruption du volcan Hunga Tonga-Hunga Ha’apai le 15 janvier 2022. À cette occasion, le patrouilleur La Glorieuse a appareillé de Nouvelle-Calédonie avec près de 10 tonnes de fret humanitaire dans le cadre du mécanisme FRANZ de coordination régionale de l’assistance humanitaire en cas de catastrophe naturelle dans les États insulaires du Pacifique. (© État-major des armées)













