La nécessité d’éviter une fragmentation de l’UE
L’urgence de la situation impose des solutions à l’échelle de l’UE, et notamment à l’échelle franco-allemande. Tandis qu’au plus haut des tensions entre la France et l’Allemagne fin 2022, menant à l’annulation du conseil des ministres franco-allemand, Emmanuel Macron annonçait craindre un isolement de l’Allemagne tant sur le plan de la défense que sur le plan de l’énergie, on peut plus largement déplorer un manque de leadership franco-allemand, remis en question notamment à l’est du continent, où le soutien de la France et de l’Allemagne à l’Ukraine a été jugé au mieux hésitant et au pire insuffisant.
Or, pour éviter une fragmentation de l’UE, notamment une division entre Europe de l’Ouest et de l’Est, mais aussi un clivage avec le voisinage oriental et du sud-est, l’Allemagne et la France, constituant le moteur franco-allemand de l’UE, doivent nouer un dialogue constructif et inclusif avec les pays d’Europe centrale et orientale, et les Balkans occidentaux. Par sa proximité géographique et sa force de propulsion économique, l’Allemagne dispose de leviers qu’elle pourrait actionner à cet effet. Cela pourrait permettre à l’UE de prendre une orientation plus géopolitique — un souhait exprimé de longue date par la France —, et obligerait la France à clarifier son positionnement par rapport à ces pays.
En contrepartie, la France pourrait être une clef du dialogue avec les pays d’Europe du Sud avec lesquels l’Allemagne, entre autres, connaît des divergences en matière de gestion des finances publiques, un sujet qui pourrait faire sa réapparition dans les débats européens tant l’inflation, les niveaux de déficit et l’endettement au sein de l’UE inquiètent l’Allemagne, soucieuse de la compétitivité de la base industrielle européenne. Dans ces pays, le souvenir de la gestion de la crise économique et financière de 2008 et des mesures d’austérité imposées étant encore vif, le fait d’aborder ces sujets au sein de l’UE pourrait constituer un réel défi. D’autant que les ambitions en matière de transition verte requièrent également des investissements, ce qui pose la question des capacités de financement. Des points d’intérêt commun existent toutefois, notamment autour d’accords commerciaux, comme ceux avec le Mercosur, soutenus sur la péninsule ibérique, et qui pourraient être avantageux pour l’industrie allemande tout en permettant de contrer les velléités d’influence de puissances tierces comme la Chine dans cette région. Encore faudrait-il faire preuve de concertation étroite avec l’ensemble des parties prenantes, et notamment avec les États membres qui étaient les plus opposés aux accords — dont la France.
Pour l’ensemble de ces défis, céder à la tentation d’une « fuite en avant » en précipitant les prises de décision pourrait s’avérer contreproductif, tant ces sujets sont délicats et tant les intérêts des États membres peuvent diverger.
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Notes
(1) The Economist, « Europe’s reluctant hegemon », 13 juin 2013 (https://rb.gy/n38dzd).
(2) Éric André Martin, « La modernisation de la Bundeswehr : un retour aux fondamentaux ? », Notes de l’Ifri, Notes du Cerfa, n°171, octobre 2022 (https://rb.gy/hacvgj).
(3) Tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’UE, menace de tarifs douaniers sur les automobiles en provenance d’Allemagne.
(4) Liana Fix et Thorsten Benner, « Germany’s Unlearned Lessons: Berlin Must Reduce Its Dependence Not Just on Russia but on China, Too », Foreign Affairs, 15 décembre 2022 (https://rb.gy/9jxkwb).
(5) Moritz Koch, « Das ist die geheime Projektliste der Ampel gegen Chinas Einfluss », Handelsblatt, 15 décembre 2022 (https://rb.gy/kp1tpa).
Légende de la photo en première page : En septembre 2022, le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal se rendait à Berlin avant de rencontrer les partenaires européens à Bruxelles. Lors de son étape, il remerciait « l’Allemagne pour son soutien militaire, financier, humanitaire et politique », en précisant : « Les lance-roquettes MARS II et les [obusiers] Panzerhaubitze 2000 fournis par l’Allemagne ont bien fonctionné sur le champ de bataille », avant d’ajouter que de futurs approvisionnements en armes lourdes étaient espérés. (© Gouvernement fédéral allemand/Hartmann)













