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Maintenance de haute densité : quelles conséquences pour les industriels français ?

Comment faire face à des flux de matériels cassés à rendre de nouveau disponibles dans des proportions jusque-là peu connues ? Si les défis sont nombreux pour monter progressivement vers les exigences d’une éventuelle haute intensité, les acteurs de la maintenance se mettent en ordre de bataille.

Exercices « Warfighter 2021 », « Orion 2023 », « Warfighter 2025 », « Orion 2026 »… Ces grands exercices participent à un renforcement de toutes les fonctions opérationnelles, dans un premier temps de manière qualitative, pour viser des entraînements de « haut de spectre », puis dans un second temps de manière quantitative, en multipliant les activités de la préparation opérationnelle. Avec des enjeux nombreux pour la maintenance, à la fois pour les armées et les acteurs industriels y participant.

Un changement d’échelle de la casse

En mettant sous tension de manière réelle ou simulée les différentes composantes des armées, ces exercices apportent de précieux retours d’expérience. Notamment pour mettre à jour les abaques en termes d’efforts de maintenance nécessaire dans le cadre de tels scénarios, avant, pendant et après. C’est une de leurs participations à une « phase 5 », pour reprendre le découpage de l’exercice « Orion » (planification, engagement d’urgence, travail interministériel, et engagement majeur) : celle de la formalisation des enseignements et de leur prise en compte dans le cadre d’un cycle d’adaptation.

Sans que cela soit de totales redécouvertes, ces exercices font en effet toucher du doigt les différences entre les situations connues jusqu’alors, déjà marquées par les intenses phases (parfois cumulatives) de régénération des matériels post-­Afghanistan et post-­Sahel, et les situations qui pourraient être connues dans le cadre d’affrontements qui seraient de haute ou de longue intensité, donc plus destructeurs et plus contraignants. À la fois pour les forces, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème les soutenant, au contact sur « le front » comme en « zone arrière ». Pour la maintenance terrestre, par exemple, il s’agit de savoir comment passer de la régénération actuellement prévue en quatre ans environ pour 700 véhicules de retour de l’opération « Barkhane » (selon les chiffres de fin 2022 publiés dans le cadre des discussions pour le projet de loi de finances 2023) à un volume de véhicules qui pourrait être équivalent en nombre, en fonction du niveau de pertes et de dégâts, mais qui devrait en revanche être traité en un mois seulement. Il faudrait en effet rendre le plus rapidement possible les équipements aux unités engagées dans une longue opération d’ampleur, soit une prouesse en tant que telle qui devrait être réitérée plusieurs mois de suite. Tel est le défi auquel doit progressivement se préparer l’ensemble des acteurs du soutien des flottes en service ou prochainement en service sur un périmètre de l’ordre de plus de 20 000 équipements actuellement.

Un pilotage de multiples leviers

L’approche « capacité opérationnelle » d’une part, qui embrasse l’ensemble des éléments constitutifs d’un effet produit (sans se focaliser uniquement sur l’équipement) et, en son sein, l’approche « système de soutien » permettent ensemble d’avoir une vision claire des leviers d’action sur lesquels agir : outillage, infrastructure, pièces de rechange, documentation, plan de maintenance, ressources humaines, formation, supply chain… D’ores et déjà, avec parfois un rôle très précurseur de certaines entités au sein du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT) ou de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT), des mesures ont été prises pour répondre à ces enjeux. D’autres sont en cours. Ces initiatives ont été permises par un dialogue plus direct entre toutes les parties à l’œuvre pour la maintenance opérationnelle (qui assure la disponibilité technique, principalement par les forces) et la maintenance industrielle (via notamment l’action de la base industrielle et technologique de défense du maintien en condition opérationnelle – terrestre ou BITD MCO‑T).

Si cette BITD MCO‑T est plus particulièrement chargée de la régénération du potentiel, elle pourrait, dans le cadre des scénarios évoqués ci-­dessus, prendre une responsabilité plus importante sur d’autres opérations, comme elle le fait déjà, en partie, pour la maintenance dans les grands centres d’entraînement. En effet, face à une massification de la casse, du fait de l’intensité des chocs, la production, la disponibilité et la régénération des matériels seront un combat de tous, allant au-delà des acteurs jusque-là engagés, « en temps normal ». Ainsi, des capacités de boost devront être nécessaires, via la participation de sites industriels frères comme les concessions et centres de services, comme c’est déjà le cas pour certaines opérations sur des véhicules quasi duaux, chez Volvo Trucks, Renault Trucks, Iveco, Scania…, ou des chaînes de production d’industries civiles mobilisées.

Il s’agira alors de chercher à jouer sur tous les leviers pour élever la cadence de production d’équipements et de véhicules neufs ou réparés, ces deux capacités devant s’additionner dans la durée via la disponibilité de produits sur étagère, moins complexes, disponibles rapidement et productibles en cadences élevées en grandes quantités ; des sites de production avec des lignes flexibles (et non pas surspécifiques) prêtes à accueillir rapidement des surcharges d’activité ; des capacités de stockage et de logistique pour éviter les goulets d’étranglement ; des capacités de diagnostic et de tri pour orienter les priorités ; des capacités de réparation différenciées (entre système D, maintenance profonde…) ; une modularité des systèmes et des sous-­systèmes permettant un réemploi partiel, etc.

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