Blog de Joseph HENROTIN Magazine DSI

Défilé chinois du 3 septembre – quelques éléments d’analyse

Si l’on reviendra plus en profondeur sur le récent défilé chinois dans notre hors-série n°105 – le traditionnel “technologies militaires” – on peut poser ici, d’une part, quelques éléments d’appréciation et, d’autre part, un élément de comparaison avec le n°118 de DSI, qui revenait sur le défilé de 2015 et que nous mettons en accès libre

En première analyse, le défilé chinois marquant les 80 ans de la victoire, le jour de la reddition du Japon – a été particulièrement riche. Sur l’assistance: le président serbe Vucic, le premier ministre slovaque Fico, les présidents iranien, russe, Kim Jong-Il (c’est la première 1ere présence d’un dirigeant nord-coréen de son rang depuis 1959), les présidents indonésien, azéri, tadjik, ouzbek, kazakh, turkmène, vietnamien, le roi du Cambodge. Japon, Australie ont envoyé d’anciens ministres, Singapour un vice-premier ministre, la Corée du Sud le président de son Assemblée. De facto, ces défilés sont aussi des événements diplomatiques et celui-ci était centré sur la composante régionale – et Pacifique – de l’Indopacifique. 

Sur l’armement, la parade de 2015 avait révélé un grand nombre de nouveaux systèmes. Ils étaient plus nombreux cette année. Parfois moins identifiables, avec quelques surprises et allant donner du travail aux analystes durant des mois. Je ne vais pas rentrer ici dans le détail, mais on peut noter:

– Une nouvelle famille de blindés : le ZTZ-100 et un nouvel IFV sur le même châssis. On note aussi que le module artillerie comprend ce qui semble être un nouveau TEL pour le SRBM DF-15B et ne comprend pas d’artillerie à tube. Plusieurs types de robots terrestres ont défilé, de même que l’attention portée aux systèmes de transmissions, de détection et, surtout, de guerre électronique a été importante, appuyant la rhétorique chinoise de l’informationnalisation (numérisation et son exploitation) et de l’intelligentisation (usage systématique de l’IA). 

– Un grand nombre de nouveaux missiles antinavire : YJ-15 supersonique ; YJ-17 (planeur hypersonique), YJ-19 (missile de croisière hypersonique), YJ-20 balistique à lancement aérien. On note également la mine automatisée AQS-003A ;

– Les nouveaux systèmes aérobalistiques conventionnels : le DF-26D, nouvelle variante de l’IRBM possiblement doté d’un planeur hypersonique ; l’YJ-18C ; le CJ-1000 à lancement terrestre et qui semble être une variante modernisée du CJ/DH-100 ; le missile de croisière subsonique CJ-20A à lancement aérien. Relativement plus ancien, le DF-17 hypersonique a également défilé – mais pas le DF-16, par exemple. 

– Pour la défense aérienne, plusieurs nouveaux systèmes notamment SHORAD – et une nouvelle variante du HQ-9 (équivalent chinois du S-300), mais surtout une bascule antimissile, avec le HQ-19 (haut endo-atmosphérique) dont on parlait dans le DSI HS n°101 et surtout le très lourd HQ-29, exo-atmosphérique, à vocation antisatellite. Ce qui transparaît ici est le volume des salves : le FK-3000 permet de lancer 48 missiles à très courte portée. 

– Les drones sous-marins lourds – dont ce qui ressemble à un équivalent au Poseidon russe sans que l’on ne connaisse la charge utile. S’y ajoute un USV lourd. 

– On note pas moins de quatre effecteurs déportés, en plus d’un drone de combat GJ-11 et d’un MALE Wing Loong doté de ce qui semble être un missile de croisière compact. Par contre, les grands absents du défilé sont les deux types de chasseur de 6ème génération révélés l’an dernier – qui ne doivent pourtant pas être plus opérationnels que les effecteurs. Le défilé aérien, d’ailleurs, a été relativement contenu. 

– Un effort particulier sur les capacités nucléaires, présentées en un bloc distinct des capacités aérobalistiques conventionnelles. L’ALBM JL-1 reprend donc la désignation du 1er SLBM chinois et pourrait être une variante de l’YJ-21. Le DF-31BJ est la variante du DF-31 destiné à doter les silos construits ces dernières années. Le DF-61 lourd et mobile et ne présente que très peu de différences extérieures comparativement au DF-41. Cela pose l’hypothèse d’une dotation du DF-41 avec un ou plusieurs planeurs hypersoniques. Première présentation également pour le DF-5C, décomposé en trois, et non plus deux, parties. La première est une tête massive, qui pose l’hypothèse d’une opérationnalisation de la capacité FOBS déjà démontrée par la Chine, ou encore d’une charge de très forte puissance destinée aux PC stratégiques. 

Toutes ces évolutions pointent vers deux messages. D’une part, la crédibilité stratégique, à tempérer par les tumultes que connaît aujourd’hui la structure de commandement des forces, mais aussi par une série de déficits majeurs toujours en cours de résorption, notamment dans la variété et la fréquence des exercices au niveau brigade et au-delà. D’autre part, la recherche de supériorité qualitative. Ces défilés sont réputés présenter des systèmes en service, ce qui n’est probablement pas le cas pour plusieurs systèmes. Reste aussi à voir dans quelles quantités ils seront produits et à quel rythme. 

Mais le message donné aux Etats de l’Indopacifique est d’autant plus clair en entendant les déclarations de Xi Jinping sur un monde à un tournant entre la paix et la guerre: à l’heure du désengagement américain – même s’il reste relatif en Indopacifique – la Chine ne se positionnement plus seulement comme un hégémon régional de plus en plus difficile à contester, mais comme puissance pleinement hémisphérique et à vocation naturellement mondiale. 

La séquence du défilé, de ce point de vue, est inséparable du sommet de Tianjin de l’Organisation de coopération de Shangai, tenu les 31 août et 1er septembre, un Sommet où Xi, en hôte, était au centre de la photo… 

Rendez-vous donc dans le hors-série n°105 pour une analyse capacitaire plus en profondeur. 

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