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L’innovation technologique israélienne au service de la résilience

Autre conséquence du financement de la guerre, des centaines de projets de recherche ont été suspendus en 2024 en raison de la réduction des fonds publics. Des coupes dans les budgets de certains ministères ont été votées pour financer une augmentation de 82 % des dépenses de défense. Le budget voté en décembre 2024 atteignait 607,4 milliards de shekels (150 milliards d’euros) et contenait une enveloppe de 9 milliards de shekels (2,2 milliards d’euros) d’aide aux milliers de réservistes rappelés par l’armée depuis le début de la guerre contre le Hamas palestinien dans la bande de Gaza le 7 octobre 2023. Le déficit public s’établit à 4,3 % pour l’année 2024.

Le devoir d’innovation face au risque existentiel

Il existe un lien subtil entre le niveau d’innovation d’une nation, sa résilience globale et le niveau de menace auquel est confronté ce pays. L’écrivain Nassim Nicholas Taleb a théorisé le concept d’antifragilité dans l’un de ses ouvrages, Antifragile, les bienfaits du désordre (4). On peut affirmer qu’Israël est l’archétype de la nation « antifragile » au sens donné par Taleb. Cette dernière se renforce sous l’effet des tragédies, des chocs, des crises et des attaques produites par ses ennemis. L’innovation permanente qui intervient comme bouclier adaptatif à la violence des attaques produit la résilience et renforce les capacités de résistance du pays. Pour que la mécanique d’antifragilité s’installe, il faut une adhésion sans faille de la population, qui consent à l’effort de guerre, au sacrifice des vies, aux transitions d’activités. L’antifragilité est une qualité globale et sectorielle. Elle intervient notamment dans le maintien d’une base industrielle technologique de défense de très haut niveau. Les secteurs de la robotique militaire, des drones aéroterrestres, de l’IA appliquée au renseignement et au ciblage n’ont jamais été aussi performants et dynamiques. L’opération des bipeurs israéliens piégés, qui a décimé une partie importante des cadres du Hezbollah les 17 et 18 septembre 2024, a prouvé, une fois de plus, les capacités offensives exceptionnelles de Tsahal et des services de renseignements impliqués. Les phases d’offensives aériennes puis terrestres menées dans la bande de Gaza, en contexte urbain à forte densité de population, ont montré aux adversaires d’Israël les capacités de réponse. Les pertes humaines au sein de l’armée ont été limitées, notamment grâce à l’usage permanent de drones et de robots terrestres. L’exploration des tunnels du Hamas aurait pu couter très cher en vies et en blessés à Tsahal, mais ces pertes ont été limitées en engageant des drones FPV, des drones porteurs de charges, des microdrones de détection de menaces et des drones de déminage dans des ruelles et des souterrains particulièrement difficiles à explorer. Cet exemple d’apport de l’innovation économisant le sang des soldats israéliens illustre à lui seul le concept de résilience et l’importance vitale de la créativité technologique. Après les manquements de l’armée israélienne, qui n’a pas vu venir les tueurs du 7-Octobre, il s’agit aussi de se « rattraper » et d’apporter une réponse opérationnelle qui atteint ses objectifs en minimisant le cout humain. C’est ce qu’attend le citoyen israélien qui sait que les épreuves à venir seront certainement tout aussi douloureuses.

Les efforts budgétaires dans les secteurs de l’IA, de la robotique mobile et de la cybersécurité sont de nature duale : les applications civiles et militaires renforcent la compétitivité internationale d’Israël et ses capacités de défense. Les solutions de ciblage automatique développées par les industriels israéliens s’exportent facilement sur le marché international. L’excellente réputation des technologies israéliennes et les certifications « Combat proven » facilitent les exportations des produits de sécurité et de défense.

Quelques grands défis technologiques à relever

L’écosystème d’innovation israélien doit pouvoir conserver un accès fluide aux financements et aux investisseurs pour affronter les défis technologiques émergents. Qu’il s’agisse des énergies renouvelables, de la décarbonation, du spatial, du quantique, des biotechnologies ou de la médecine prédictive, les progrès réalisés reposent sur des investissements massifs et réguliers.

Dans le secteur numérique, le premier défi est celui de l’autonomie des systèmes cyberphysiques. L’objectif à court terme est de disposer de robots dotés de capacités de décisions et d’actions exécutées sans intervention humaine. La robotique autonome mobilise de nombreux laboratoires de recherche dans le monde, dont ceux des universités israéliennes et des centres de recherche comme le Technion à Haïfa.

Le deuxième grand défi est celui de la course à la vitesse en robotique, de l’hypervélocité des drones aériens et des essaims de drones pour des applications civiles (transport rapide) ou militaires (drones d’attaque, essaims d’attaque). Cette course à la vitesse s’est installée sur les champs de bataille, sur le front ukrainien, mais également en mer Rouge, avec des missiles et des drones de plus en plus rapides. La lutte antidrones (LAD) et la création de bulles sécurisées antidrones intègrent également la course « à la vitesse », notamment lorsqu’il s’agit de construire des vecteurs, drones intercepteurs, capables de décoller de manière autonome et de poursuivre puis de rattraper un drone ou un missile ennemi. Plusieurs sociétés israéliennes sont engagées sur ces défis technologiques complexes, notamment la société Elbit Systems (5), qui se classe au 21e rang mondial pour la production d’armement, et la société RAFAEL (6), qui développe et commercialise des systèmes antimissiles très performants et des drones intercepteurs hypervéloces. Notons qu’il existe à ce jour moins de dix sociétés dans le monde capables de produire des drones hypervéloces à propulsion par microréacteurs. La première est américaine (Anduril) et la seconde est française (ALM Méca). Le défi a également été relevé par Elbit et RAFAEL (système Spyder) sur ce créneau de l’interception air-air.

Dans le secteur du logiciel appliqué à la robotique, plusieurs start-ups israéliennes ont développé des outils particulièrement efficaces pour piloter des drones ou des groupes de drones par un unique opérateur. La start-up Xtend (7) commercialise un système d’exploitation d’IA qui permet à un opérateur humain de piloter des escadrilles et essaims de drones de manière naturelle et fluide.

Enfin, l’excellence israélienne s’est toujours concrétisée dans le domaine de la cybersécurité. De très belles start-ups de cybersécurité, nées sur le territoire israélien, ont été rachetées par des géants comme Google ou Apple afin de renforcer la sécurité des produits américains. L’exemple de Siemplify, rachetée par Google en 2022, est une preuve du savoir-faire israélien dans ce domaine stratégique. L’éditeur de solutions de supervision de réseau Check Point (8) contribue depuis trois décennies à la sécurisation des systèmes d’information d’entreprises et d’organisations du monde entier.

« Quand Israël s’abaisse, c’est jusqu’au sable ; quand elle s’élève, c’est jusqu’aux étoiles. » Ce proverbe israélien résume parfaitement la psychologie de l’État hébreu et sa capacité à s’adapter constamment pour faire face aux menaces existentielles. Depuis le 14 mai 1948, l’innovation technologique forge le glaive et le bouclier d’Israël, envers et contre tous.

Notes

(1) Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), « Israel ranking in the Global Innovation Index 2024 », 2024 (https://​www​.wipo​.int/​e​d​o​c​s​/​g​i​i​-​r​a​n​k​i​n​g​/​2​0​2​4​/​i​l​.​pdf).

(2) Statista Research Department, « Global Artificial Intelligence Index ranking of Israel 2024, by field », 14 février 2025 (https://​www​.statista​.com/​s​t​a​t​i​s​t​i​c​s​/​1​4​8​9​8​1​9​/​i​s​r​a​e​l​-​g​l​o​b​a​l​-​a​r​t​i​f​i​c​i​a​l​-​i​n​t​e​l​l​i​g​e​n​c​e​-​i​n​d​e​x​-​r​a​n​k​i​n​g​-​b​y​-​f​i​e​ld/).

(3) Échelle d’escalade des conflits d’Herman Kahn : https://​fr​.wikipedia​.org/​w​i​k​i​/​H​e​r​m​a​n​_​K​ahn.

(4) Nassim Nicholas Taleb, Antifragile. Les bienfaits du désordre (Les Belles Lettres, 2013).

(5) Voir le site d’Elbit Systems : https://​elbitsystems​.com/.

(6) Voir le site de Rafael Advanced Defense Systems : https://​www​.rafael​.co​.il/.

(7) Voir le site de Xtend Defense : https://​www​.xtend​.me/.

(8) Voir le site de Check Point : https://​www​.checkpoint​.com/​fr/.

Légende de la photo en première page : En service depuis 2011, le Dôme de fer est devenu la première ligne de défense d’Israël contre les roquettes, notamment celles tirées depuis la bande de Gaza, comme lors de l’attaque surprise du 7 octobre 2023. Développé par l’entreprise publique Rafael, ce système affiche un taux d’interception de 90 %, selon les autorités israéliennes. Chaque batterie comprend trois éléments : un radar de détection, un centre de commande qui calcule le point d’impact, et un lanceur qui tire un missile Tamir pour intercepter la roquette en vol, si la menace vise une zone habitée. Conçu pour intercepter les projectiles d’une portée de 4 à 70 km, le Dôme de fer est la pièce maitresse de la sécurité nationale israélienne. (© Shutterstock)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°85, « Géopolitique d’Israël », Avril-Mai 2025.

À propos de l'auteur

Thierry Berthier

Enseignant-chercheur associé au Centre de recherche (CReC) Saint-Cyr, codirecteur du groupe « Sécurité – Intelligence artificielle (IA) – Robotique » du Hub France IA et directeur scientifique de la Fédération professionnelle européenne des drones de sécurité Drones4Sec.

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