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La quasi-guerre : le conflit entre la France et les États-Unis (1796-1800)

Au-delà des considérations mercantiles, l’affrontement avec la France prit rapidement l’allure d’une croisade dont l’enjeu n’était rien de moins que l’honneur des États-Unis. Finalement, l’aptitude à tenir tête à une grande puissance européenne valut à la jeune république sa reconnaissance comme puissance capable de se défendre. Selon l’un des négociateurs américains de la convention de Mortefontaine, la quasi-guerre permit à son pays « d’apparaitre dans la splendeur d’une grande nation » (10). Désormais, les Américains ne pouvaient plus être considérés avec condescendance par les puissances européennes. La confiance accumulée lors de la quasi-guerre permit d’engager les États-Unis dans des conflits contre les Barbaresques (1801-1805) et contre la Grande-Bretagne (1812-1814). Les premiers succès de l’U.S. Navy donnèrent l’occasion aux Américains de commencer à s’imposer au sein de l’espace antillais et de renforcer leur conviction que la présence européenne dans la région était un obstacle à leur influence. La revendication d’une primauté états-unienne dans l’hémisphère américain fut formalisée par la doctrine Monroe de 1823. Elle tirait son nom de James Monroe, cinquième président des États-Unis, qui avait été ambassadeur en France entre 1794 et 1796, précisément au moment où la quasi-guerre éclatait.

Notes

(1) « Les plénipotentiaires américains aux plénipotentiaires français », National archives and records administration (NARA), 20 aout 1800, M 34, vol. 7, fol. 200, fol. 172.

(2) G. J. A. Ducher, « Neutralité auxiliaire commandée aux États-Unis d’Amérique par leur ci-devant tyran Georges III », Moniteur universel, 10 mars 1794, p. 2.

(3) Stanislaus Murray Hamilton (éd.), « Monroe à Jefferson, 23 juin 1795 », The Writings of James Monroe, vol. 2 : 1794-1796, G. P. Putnam’s sons, 1898, p. 302.

(4) Frederick Turner (éd.), « Projet d’instructions pour le Citoyen Mangourit, chargé d’affaires de la République près les États-Unis », Correspondence of the French Ministers to the United States, 1791-1797, 4 aout 1796, Annual report of the American Historical association for the year 1903, Government Printing Office, 1907 p. 930.

(5) NARA, « Monroe à Pickering », 16 février 1796, M 34, vol. 4, p. 357.

(6) NARA, « Les commissaires à Pickering », 22 octobre 1797, M 34, vol. 6.

(7) Éric Schnakenbourg, La Quasi-Guerre : le conflit entre la France et les États-Unis, 1796-1800, Tallandier, 2024, p. 161-162.

(8) Government Printing Office, « Stoddert à Barry, 11 juillet 1798 », Naval Documents Related to the Quasi-War, 1935, vol. 2, p. 190.

(9) Harlow Unger, The French war against America, Hoboken, John Wiley & Sons, 2005 ; John Miller, Mark Molesky, Our oldest enemy : a history of America’s disastrous relationship with France, Doubleday, 2004.

(10) Alexander DeConde, The Quasi-War: The Politics and Diplomacy of the Undeclared War with France, 1797-1801, Charles Scribner’s sons, 1966, p. 329.

Légende de l’illustration en première page : « Cinque-têtes, or the Paris Monster ». Représentés par un monstre à cinq têtes, les agents français menacent et réclament de l’argent aux Américains de « l’affaire XYZ », Elbridge Gerry, Charles Pinckney et John Marshall, lesquels répondent « Cesse de brailler, monstre ! Nous ne te donnerons pas six pences ! » (© William L. Clements Library Image Bank)

Article paru dans la revue Diplomatie n°127, « Diplomatie française : une influence à reconstruire ? », Mai-Juin 2024.

À propos de l'auteur

Éric Schnakenbourg

Professeur d’histoire moderne à l’Université de Nantes, directeur du Centre de recherche en histoire internationale et atlantique (CRHIA) et auteur de La Quasi-Guerre : le conflit entre la France et les États-Unis, 1796-1800 (Tallandier, 2024).

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