De fait, un mois presque jour pour jour après La Haye, Trump obtient des conditions commerciales déséquilibrées lors de l’« accord » de Turnberry, qui voit l’UE plier de nouveau devant les États-Unis. De tout ceci émerge une question intéressant les études stratégiques : sur un échiquier géopolitique interconnecté où la guerre informationnelle fait rage, jusqu’à quel point courber le dos à court terme en abîmant son image peut-il se justifier stratégiquement ? Si certains chercheurs en relations internationales se montrent sceptiques quant à la possibilité d’une mesure négative ou positive de la « réputation » d’un acteur (4), d’autres en font au contraire une question centrale dans « l’équilibre de la résolution » qui conditionne aujourd’hui les relations dissuasives entre gardiens du statu quo et États révisionnistes (5). On peut en effet penser qu’une concession en entraîne souvent une autre, ainsi que le note Pascal Lamy pour l’Institut Jacques Delors : « […] il faut prendre le grand – angle, et rapprocher les 15 % de droits de douane de Turnberry de l’engagement des Européens à La Haye de dépenser 5 % de leur PIB pour leur défense. Ces deux épisodes auront consisté pour l’UE à plier face aux injonctions du président américain, au prix de concessions majeures, d’ambiguïtés ou d’imprécisions imposées par son style et sa précipitation, et donc lourdes de différends à venir. »
L’ennui est qu’au-delà du seul face-à‑face transatlantique, le spectacle de cette soumission est observé par l’ensemble de la société internationale. Pour Pawel Zeka, du Conseil européen pour les relations internationales : « […] en renonçant à leur dignité et en choisissant l’appeasement de Trump, les Européens renforcent une fois de plus leur statut de vassaux aux yeux du public européen et mondial ». Au – delà même de Moscou, d’autres prédateurs montent en puissance aux abords immédiats du continent. On peut craindre qu’ils ne soient un jour tentés de tester à leur tour la résolution de l’Europe, dont certains décideurs, de plus en plus habitués à faire bon marché de leur dignité politique, croient qu’ils pourront encore longtemps décorréler leur capital de réputation de leur potentiel de dissuasion.
Notes
(1) Susan B. Glasser « A week for the ages in the annals of Trump suck-uppery », The New Yorker, 26 juin 2025.
(2) Jawad Iqbal, « Mark Rutte is right to suck up to ‘daddy’ Donald Trump », The Spectator, 25 juin 2025.
(3) Hugh Piper, « “Daddy” diplomacy: The politics of obsequiousness », The Interpreter, 24 juillet 2025.
(4) Ryan Brutger et Joshua D. Kertzer, « A Dispositional Theory of Reputation Costs », International Organization, vol. 72, été 2018, p. 693-724.
(5) Alex Weisiger et Keren Yarhi-Milo, « What American Credibility Myth? How and Why Reputation Matters », War on the Rocks, 14 octobre 2016.
Légende de la photo en première page : Donald Trump et Mark Rutte à La Haye, au cours du dernier sommet de l’OTAN. (© Ministerie van Buitenlandse Zaken)













