L’évolution du conflit russo-ukrainien a relancé le développement de solutions légères de défense aérienne, destinées à contrer aussi bien les aéronefs à basse altitude que les drones, ces derniers étant massivement utilisés en essaims.
Les essaims soulèvent le problème de la masse lorsqu’il s’agit de contrer une multitude de menaces simultanées. Par ailleurs, la réactivité d’une architecture de défense aérienne est un paramètre critique : à 6 km, le délai pour détecter, identifier et tirer est de 60 s. À 2 km, il descend à 15 s. Il faut donc intégrer les MANPADS (Man portable air defense systems) dans une architecture de systèmes qui permette de réagir aussi rapidement, et dont ils constituent un effecteur parmi les autres, actionné en fonction de la menace identifiée. La fiabilité de ces armes doit être maximale, car une défaillance ne peut pas être rattrapée en moins de 15 s, et leur coût unitaire est devenu un autre paramètre incontournable : s’il est plus facile pour l’adversaire de produire en masse ses drones à bas coût que ce ne l’est pour nos MANPADS, alors le prix de nos systèmes devient, de facto, une faille.
Les MANPADS actuels
Alors que les Allemands viennent de passer commande de 500 nouveaux Stinger auprès de Raytheon, d’autres industriels renouvellent leurs propositions en matière de MANPADS : Saab dévoilait la dernière version de son missile, le RBS‑70NG. Doté d’un autodirecteur laser et d’une imagerie thermique, ce dernier offre une portée de 5 km à 8 km avec un plafond de 5 000 m, et une vitesse de Mach 2. Il intègre des aides innovantes pour faciliter sa mise en œuvre, une visée connectée en réseau, opérable à distance et compatible avec les systèmes C2 de divers véhicules. L’une des nouveautés du RBS‑70NG réside dans sa modularité et son aptitude à être intégré dans différentes architectures GBAD (Ground based air defense).
En France, le Mistral 3 a bénéficié de plusieurs mises à niveau depuis son introduction en 2013 où l’autodirecteur infrarouge fit son apparition, de même qu’une portée et une vitesse accrues (Mach 2,7) et une capacité multidomaines. En 2019, la portée fut encore accrue pour atteindre 8 km avec un plafond opérationnel de 6 000 m et, en 2022, la dernière version du Mistral 3 a vu ses capacités améliorées contre des embarcations plus petites, rapides et agiles (telles que les RHIB, par exemple), ainsi que contre les drones.
La Pologne n’est pas en reste : autrefois équipée de systèmes soviétiques, elle a conçu le PPZR Piorun, un missile de calibre 72 mm, mesurant 1,59 m de long pour un poids d’environ 10,5 kg (l’ensemble avec poste de tir pesant 16,5 kg). Atteignant Mach 2, il offre une portée de 6 km contre des cibles volant jusqu’à 4 000 m d’altitude. Produit par Mesko, il a fait ses preuves en Ukraine et il n’équipe pas seulement les armées polonaise et ukrainienne, mais aussi les États-Unis, les trois États baltes, la Norvège, la Géorgie, la Moldavie et bientôt la Slovaquie, la Suède et la Belgique, qui signait en mai 2025 son intention d’acquérir 200 à 300 systèmes pour compléter sa commande de Mistral 3 passée en 2023. Les Piorun belges seront destinés aux forces spéciales et aux unités de paras-commandos.
Enfin, la British Army utilise le Starstreak de Thales, qui est le MANPADS le plus lourd de sa catégorie, avec 16,8 kg, mais aussi le plus rapide avec une vitesse maximale de Mach 3,7. Long de 1,39 m pour un calibre de 130 mm, il peut frapper des cibles jusqu’à 7 km avec un plafond de 5 000 m. C’est aussi le seul à nécessiter une visée jusqu’à l’impact, car il est dépourvu de dispositif fire-and – forget : à la place, un guidage laser plus contraignant, mais permettant d’accrocher des cibles à très faible signature et qui le rend insensible aux leurres thermiques ou électro – optiques. Contrairement aux autres systèmes, le Starstreak n’est pas déclenché par la proximité avec un objet : le missile tire trois fléchettes explosives en tungstène qui doivent pénétrer la cible pour la détruire. L’un des avantages de ce système est qu’il rend le Starstreak efficace contre les blindés légers et permet un usage détourné de l’arme.














