Du risque pour un seul homme de concentrer les pouvoirs
Animé par une profonde méfiance vis-à-vis de ses frères d’armes, Ahmed al-Charaa s’est employé à éliminer toute menace putative émanant du leadership militaire de la HTC. Déjà appliquée à bas bruit à l’armée dont il est le maître, cette stratégie risque d’aboutir tôt ou tard à de nouvelles purges. Le cas échéant, le président de transition syrien pourra s’appuyer sur un puissant ministère de l’Intérieur qui a pour vocation de tenir l’armée à l’écart des missions de sécurité ordinaire et de protéger le régime contre toute velléité de coup d’État militaire. L’étendue de l’autorité accordée à Anas Khattab, à Idlib hier comme à Damas aujourd’hui, témoigne du fait qu’il est l’un des rares bénéficiaires de la confiance d’Ahmed al-Charaa.
La concentration du pouvoir sécuritaire qui en résulte n’est toutefois pas sans risque pour le chef d’un État aux institutions fragiles et soumis aux soubresauts de la politique nationale et régionale. Il finira peut-être par revenir aux recettes de ses prédécesseurs, qui avaient, au contraire, choisi de fragmenter l’appareil sécuritaire pour mieux s’en protéger.
Note
(1) Thomas Pierret, « Syrie. Ahmed Al-Charaa, un jeu d’équilibre pour le pouvoir d’un seul homme », in Orient XXI, 19 mars 2025.
Légende de la photo en première page : Sur les affiches de propagande, Bachar al-Assad apparaissait souvent en tenue militaire, comme ici à Damas en 2023.













