Imposant une administration militaire rigide dans le but d’effacer l’identité nationale coréenne, Tokyo va contrôler la langue et l’écriture coréennes, déformer l’histoire et réprimer les religions coréennes, qui unifiaient les Coréens. La liberté de la presse, de réunion et d’expression sont alors sévèrement restreintes. Les autorités japonaises souhaitant faire des Coréens des sujets impériaux du Japon, la politique d’assimilation forcée va s’intensifier dans les années 1930, contraignant les Coréens à adopter des noms japonais et à parler uniquement japonais dans les écoles et dans la vie publique.
L’Empire japonais va également recruter des Coréens pour l’aider dans ses projets de colonisation, mais aussi les mobiliser de force pour l’effort de guerre. En effet, à partir du début de la Seconde Guerre mondiale, il va transformer la Corée en zone d’urgence de guerre et, sous prétexte de la loi sur la mobilisation nationale, il va exploiter la main-d’œuvre et les ressources coréennes pour les mobiliser pour la guerre. Plus de 200 000 Coréens vont être déportés vers le Japon, la Chine, la Russie, les côtes du Pacifique et l’Asie du Sud-Est, victimes de la conscription forcée, de la mobilisation forcée et de l’esclavage sexuel par l’armée japonaise qui va installer des « stations de réconfort » dans toutes les zones de guerre, y compris en Corée, en mobilisant des femmes provenant de ses colonies et des zones occupées. Les femmes coréennes, mobilisées par l’usage de la violence, de l’enlèvement et d’autres méthodes douteuses, seront alors contraintes à l’esclavage sexuel (2).
Le mouvement du 1er mars : le début d’une nouvelle ère
Face à cette domination coloniale brutale et sauvage, les Coréens vont néanmoins conserver l’espoir de l’indépendance, et le 1er mars 1919 va marquer le début d’une nouvelle ère. Ce jour voit en effet la naissance d’une des premières manifestations populaires coréennes contre l’occupation japonaise. La mort de l’ancien roi Gojong va servir d’élément déclencheur et le 1er mars 1919, des centaines de milliers de personnes se réunissent au parc de la Pagode pour écouter la lecture d’un Manifeste de l’indépendance. Le mouvement va grandir et se propager rapidement, avec entre 1500 et 1800 manifestations dans le pays, pour un total de participants estimé entre 800 000 et 2 millions de personnes (3). Cependant, malgré le caractère pacifiste des manifestations, elles seront bien souvent violemment réprimées, entrainant de nombreuses arrestations (près de 47 000) et causant plus de 7000 morts comme à Jeamni, où des soldats de l’Armée impériale japonaise font entrer dans une église 29 Coréens soupçonnés d’être liés aux manifestation du Mouvement du 1er mars avant de les fusiller et d’incendier l’église pour détruire les preuves du massacre (4).
Les Coréens ont ainsi proclamé leur indépendance et la liberté de la Corée dès le 1er mars 1919. Ce mouvement historique, malgré la campagne de désinformation menée par le Japon (5), a démontré au monde entier le bien-fondé de l’indépendance et de la liberté de la Corée. Il a constitué un tournant décisif qui a uni le peuple coréen autour de l’indépendance et a, dans une large mesure, annulé la domination culturelle japonaise.
Les 33 représentants nationaux qui ont proclamé l’indépendance ont été arrêtés par la police japonaise et emprisonnés à la prison de Seodaemun. De nombreuses personnalités qui avaient organisé des manifestations dans tout le pays furent conduites à la prison de Seodaemun pour y être torturées. À cette époque, la prison de Seodaemun comptait près de 2000 détenus, ce qui inquiéta les autorités japonaises, qui en profitèrent pour agrandir considérablement la prison (voir encadré p. 84).
Par la suite, les autorités japonaises durent réprimer de nombreux autres mouvements, comme celui du 10 juin 1926, lorsque 300 000 personnes issues de tous les horizons se rassemblèrent à l’occasion de la cérémonie funéraire de l’empereur Sunjong, et où 500 à 600 étudiants scandèrent en chœur « Vive l’indépendance ! » ; ou entre 1927 et 1930, lorsque les Japonais durent réprimer à cinq reprises un vaste mouvement anti-impérialiste mené par les communistes coréens de la région de Kando, arrêtant environ 5000 personnes.













