Magazine Diplomatie

Le chemin vers l’indépendance coréenne : histoire d’un cas unique dans l’Histoire

En aout 2025, la Corée célébrait le 80e anniversaire de sa libération. Tout au long de l’occupation japonaise, les Coréens n’ont jamais cessé leur lutte pour l’indépendance, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Corée. Plaçant l’identité nationale et l’unité au-dessus de toute idéologie, les militants coréens ont démontré une capacité sans précédent de résistance et de lutte, faisant du mouvement d’indépendance coréen un cas unique dans l’Histoire.

Du XIXe et au XXe siècle, l’ordre mondial était divisé en deux, avec d’un côté l’impérialisme et de l’autre côté, les colonies. Parmi ces colonies se trouvait la Corée, qui a connu une colonisation difficile et très particulière. En effet, contrairement au Vietnam, qui était loin de la France ou à l’Inde, qui était loin du Royaume-Uni, la Corée a connu une domination directe par une puissance voisine. La domination coloniale japonaise, qui va s’étaler de 1910 à 1945, va être très forte en raison de la politique mise en place par Tokyo, visant à effacer l’identité nationale coréenne par le biais d’une politique d’assimilation forcée, afin d’intégrer la péninsule dans l’Empire japonais. C’est en résistance à cette politique que les Coréens vont s’engager dans des mouvements d’indépendance.

La spécificité du cas coréen vient notamment du fait que la création du mouvement d’indépendance va être très rapide et que le pays mettra 51 ans seulement pour retrouver son indépendance. À titre de comparaison, les Philippines auront besoin de 440 ans, l’Indonésie 330 ans, le Vietnam 300 ans et l’Inde 91 ans. 

La Corée face aux appétits impérialistes

La dynastie Joseon [1392-1897], qui a résisté au commerce et aux relations diplomatiques avec les puissances occidentales, finit par signer en 1876, sous la contrainte, le traité inégal de l’ile de Ganghwa avec le Japon. À partir de là, Joseon a commencé à établir des relations diplomatiques avec les puissances occidentales, et à adopter de nouvelles cultures dans le cadre du processus de modernisation. Cependant, ces événements ont également accéléré le pillage de ses droits par les puissances étrangères.

En effet, afin d’asseoir sa domination sur l’Asie orientale, le Japon déclenche la guerre sino-japonaise en 1894, puis la guerre russo-japonaise en 1904. La Corée va alors devenir un champ de bataille et le Japon, vainqueur des deux conflits, va pouvoir dominer la Corée avec l’approbation des nations impérialistes.

La prison de Seodaemun, témoignage de la résistance coréenne

Ouverte par l’Empire japonais le 21 octobre 1908, sous le nom de prison de Gyeongseong, elle était à l’époque la plus grande prison moderne du pays. Construite dans le but d’arrêter et de réprimer les Coréens qui luttaient pour retrouver leur souveraineté nationale pendant la période coloniale japonaise, elle a servi de lieu d’oppression et de punition pour les Coréens, et de nombreux indépendantistes y ont été emprisonnés et y ont trouvé la mort, comme Yu Gwan-sun, la « Jeanne d’Arc » coréenne. Rebaptisée « prison de Seodaemun » le 5 mai 1923, elle fonctionna comme prison coloniale jusqu’à la libération, le 15 aout 1945. D’une superficie initiale de 1600 m², elle a été agrandie et rénovée à plusieurs reprises, pour atteindre une superficie de 51 200 m² dans les années 1930, en raison de la forte augmentation du nombre de prisonniers politiques suite au mouvement d’indépendance. D’une capacité initiale de 500 détenus — principalement des combattants qui s’étaient opposés par les armes à l’invasion japonaise —, elle va, après l’annexion forcée de 1910, accueillir principalement des membres de mouvements de résistance armée et d’associations secrètes. En 1919, le mouvement d’indépendance du 1er mars a entrainé une augmentation rapide du nombre de détenus. En 1943, la prison accueillait 23 532 détenus dans des conditions extrêmement difficiles. Après la libération de la Corée, la prison sera utilisée par le régime dictatorial de Park Chung Hee (1962-1979) pour emprisonner de nombreux militants démocrates. La prison de Seodaemun, qui est désormais un musée, aura fonctionné pendant plus de 80 ans, de 1908 à 1987. T.D.

Le traité d’Eulsa, signé le 17 novembre 1905 entre l’empire du Japon et l’empire de Corée (1), viendra faire tomber le premier domino de la souveraineté coréenne en établissant un protectorat du Japon sur la Corée, qui se trouve privée par la force de ses droits diplomatiques et de sa souveraineté nationale. Il sera suivi du traité d’annexion de la Corée de 1907, qui renforce la mainmise de Tokyo sur la péninsule et prépare l’annexion complète du pays, qui a lieu en 1910 et ne prendra fin que le 15 aout 1945.

La Corée sous occupation japonaise

Cherchant à développer sa colonie, l’Empire japonais va construire des chemins de fer et des routes, et étendre les villes coloniales afin d’assurer sa domination coloniale et son expansion. Les propriétaires fonciers et les entreprises qui ont su s’adapter à ces politiques et à l’évolution du marché ont prospéré, grâce aux fonds mobilisés et distribués par les Japonais pour développer d’abord l’agriculture, puis l’industrie. En revanche, la majorité des Coréens, métayers et ouvriers, n’ont pas pu échapper à la misère.

Si le peuple coréen a découvert une nouvelle éducation et un large éventail de cultures apportées par le Japon et l’Occident, les jeunes allant à l’école dans le but d’obtenir une meilleure situation socio-économique étaient confrontés à des politiques éducatives discriminatoires et à la censure des médias de masse.

À propos de l'auteur

Thomas Delage

Rédacteur en chef du magazine Diplomatie.

À propos de l'auteur

Kim Hee-gon

Directeur du Mémorial national du gouvernement provisoire de la République de Corée.

À propos de l'auteur

Lee Myung-hwa

Directrice de l’Institut de recherche sur l’histoire du mouvement d’indépendance coréen (Institute of Korean Independence Movement Studies).

À propos de l'auteur

Kim Yong-dal

Président de l’Heritage Academy of Korea.

À propos de l'auteur

Han Soo

Directeur du Musée national de l’histoire contemporaine de Corée.

0
Votre panier