La publicité autour du missile Oreshnik à têtes multiples conventionnelles, le rappel de la dénonciation du traité INF sur les armes nucléaires à portée intermédiaire, les plans américains de retour d’armes nucléaires terrestres ou maritimes de portée moyenne et la saga passée autour de la portée des missiles 9M729 Novator (1) nous renvoient à la problématique des systèmes de théâtre, mais aussi du champ de bataille élargi. Ils soulignent également toute la complexité que représentent la catégorisation des systèmes sol-sol actuels (2) et l’appréhension de la dynamique en cours autour des armes nucléaires dites tactiques (3).
Cela rappelle concomitamment d’autres questionnements plus anciens. Ceux autour du dossier « mort-né » de la modernisation des forces nucléaires de courte portée américaines (dites SNF, de portée inférieure à 500 km dans la terminologie de l’époque, ou SRTNF) de la fin des années 1980. Il s’agissait d’un programme de modernisation des armes nucléaires tactiques planifié par Washington et proposé aux partenaires de l’OTAN lors des réunions du Groupe des plans nucléaires (GPN) des 28 avril et 27 octobre 1988, dans la foulée du démantèlement des euromissiles de théâtre (INF) qui avaient mis en lumière la complexité des interprétations des termes de couplage et de découplage (4), toujours d’actualité faut-il l’écrire. Il s’agissait, entre autres, de remplacer les missiles sol-sol Lance par des missiles ATACMS (Army tactical missile system) de plus longue portée et tirés depuis les lance – roquettes multiples M‑270 et les bombes nucléaires aéroportées par des missiles air-sol nucléaires TASM (Tactical air to surface missile) tirés à distance de sécurité.
Sous-entendu dans les plans américains, les réunions du GPN et les études du SHAPE dès 1986, il s’agissait d’encourager les membres de l’OTAN à poursuivre activement les options pour le déploiement additionnel d’avions à double capacité en mettant l’accent sur un allongement relatif de la portée des systèmes. À la réunion du GPN à Scheveningen les 27 et 28 octobre 1988, le groupe de haut niveau (HLG) recommanda de soutenir les efforts américains et britanniques pour répondre à la nécessité, reconnue, de pouvoir utiliser le TASM sur les avions à double capacité de l’OTAN, en remplacement des bombes thermonucléaires à gravité B‑61 modèles‑3 et‑4 à charge variable et à explosion différée à 31 ou 81 s. Le candidat finalement retenu pour le TASM fut la version tactique du missile SRAM‑2 de Boeing armant les escadrilles du Strategic Air Command, au détriment du projet de missile ASALM, dérivé du AQM‑127 SLAT (Supersonic low altitude target) de Martin Marietta.
Le budget américain de R&D et de planification prévoyait la production de 565 exemplaires, y compris les missiles de test. Ressemblant au SRAM‑2 stratégique, notamment pour ce qui concerne le hardware et le moteur – fusée à poudre de Hercules Aerospace Co, le TASM devait intégrer à la carte une charge nucléaire tactique (10 kt) ou une tête conventionnelle (5). Avec une capacité de changement de cap de 180° et un poids de 877 kg, ce missile stand-off devait pouvoir être lancé depuis les F‑111E, F‑15E Strike Eagle, F‑16 et Tornado (Royaume – Uni, RFA, Italie, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Turquie) et cibler des objectifs protégés, durcis et mobiles jusqu’à 450 km de distance.
À ce programme américain était venu se greffer le remplacement des bombes à gravité britanniques WE‑177 par des SRAM‑T pouvant armer les Tornado de la Royal Air Force et les Sea Harrier de la Royal Navy (6). Il y eut même un projet de TASM‑X Extended Range pouvant parcourir plus de 1 000 km en mode inertiel qui, à l’époque, intéressa l’US Air Force, la Royal Air Force et l’armée de l’Air (avec l’ASLP) (7). Le projet de SRAM‑2 nucléaire fut finalement annulé par le président George Bush en septembre 1991 pour des motifs de financement, de difficultés industrielles et de contraintes géopolitiques (l’Allemagne refusait de les accepter sur son sol), entraînant dès lors le TASM dans sa chute (8).














