Deux plans à distinguer
La complexité venait aussi de l’existence de deux plans. D’une part, le plan de restructuration et de modernisation permanente des armes nucléaires tactiques américaines dans le cadre du plan de Montebello (27 octobre 1983) (cf. encadré ci-dessous). Ce plan était tiré d’une étude du groupe de haut niveau qui, depuis 1977, analysait les besoins au maintien de la dissuasion en tenant compte de l’évolution des armements nucléaires et conventionnels. D’autre part, des propositions de réarmement compensatoire au traité SR/LRINF faisant suite à l’accord de Washington du 8 décembre 1987 sur les euromissiles.

Certaines propositions se recoupaient, mais, pour les chancelleries européennes, il était difficile d’avoir une vision clarifiée de la planification nucléaire américaine. Les positionnements furent divers. Mais déjà, pour d’aucuns, ces propositions de réarmement compensatoire pouvaient affaiblir l’esprit général d’ouverture (Reagan-Gorbatchev) de désarmement nucléaire sectoriel (euromissiles).
À l’instar du concept d’amélioration de la défense classique (CDI) dont il était à l’origine, le SACEUR (Supreme allied commander Europe) (9) mit aussi en avant la nécessité de moderniser les armes nucléaires tactiques. Pour le général Galvin et le secrétaire américain à la Défense Frank Carlucci, il fallait « maintenir les armes nucléaires tactiques en Europe et les moderniser : les États-Unis [devaient] réfléchir s’il [fallait] laisser les troupes américaines en Europe, puisque les SNF n’y seraient plus pour les appuyer (10) ». Les rivalités interarmes ont aussi pu jouer, avec le refus possible de l’US Army de dépendre de l’USAF dans le champ du nucléaire européen. Les propositions de compensation avancées furent les suivantes (1987) :
• pour l’US Air Force (11) :
– équiper les chasseurs – bombardiers de missiles nucléaires air-sol tirés à distance de sécurité (SRAM‑T TASM) d’une portée de 400 km (10 kt),
– déployer en Europe des bombardiers B‑52 armés de missiles de croisière ALCM,
– accueillir de 40 à 60 F‑111 américains supplémentaires à capacité nucléaire en Europe,
– déployer des F‑15E en rôle nucléaire,
– affecter les FB‑111 du Strategic Air Command à un rôle eurostratégique ;
• pour l’US Army :
– remplacer les missiles sol-sol Lance par un missile à double capacité d’une portée supérieure (200 à 400 km) et en quadrupler le nombre (programme Follow-on to Lance – FOTL),
– acquérir des missile tactiques ATACMS à capacité nucléaire pouvant être lancés par les MLRS ;
• pour l’US Navy :
– augmenter le nombre de SLBM américains affectés au SACEUR (400 têtes),
– déployer des missiles de croisière SLCM sur les sous – marins et les bâtiments de surface affectés au SACEUR.













