La question de la flotte et de son usage
L’utilisation intensive des armes planantes a pour corollaire celle des flottes d’appareils lanceurs – Su‑30, Su‑34, Su‑35 –, avec à la clé une réduction de leur potentiel d’autant plus importante que les flux de pièces détachées ne sont pas nécessairement assurés. En 2016, la disponibilité des appareils des VKS, tous types confondus, était de l’ordre de 63 %, avec pour objectif d’atteindre 80 % avant 2020 – ce qui laisse sceptique. Il faut y ajouter que les flottes de Su‑27, Su‑24, MiG‑29 et MiG‑31 ont un potentiel considérablement réduit : celui des Foxhound n’est plus que de 20 % en moyenne, et celui des Flanker, de 35 %. Les MiG‑29 n’ont pas été observés au combat. Comparativement, l’industrie russe a livré entre 20 et 30 appareils chaque année de 2022 à 2024 ; ce nombre est passé à 55 en 2025, mais il comprend les exportations. Reste que si les pertes d’appareils de combat sont donc compensées, la production ne permet pas – du moins pas encore – d’anticiper le retrait de service d’appareils plus anciens, mais au reliquat de potentiel relativement préservé, d’ici quelques années. Elle ne suffit pas non plus à compenser les pertes en bombardiers… dont l’utilité dans la guerre est, pour l’heure, surtout limitée aux Tu‑95.

Les VKS font cependant face à un problème de ressources humaines, dans le secteur sensible de la formation, puis de l’entraînement des pilotes. Avant la guerre, les pilotes d’appareils de combat ne volaient en moyenne que 110 heures annuellement (200 heures pour les pilotes d’appareils de transport), ce manque de pratique ayant été à l’origine de plusieurs accidents. Si le niveau moyen d’expérience s’est accru dans les unités en première ligne, les VKS manquent d’appareils d’entraînement et entretiennent une logique de rétention des pilotes expérimentés au sein des unités de combat plutôt que de les affecter à la formation des futurs aviateurs, empêchant ainsi un transfert d’expérience. Par ailleurs, les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes ont réduit les approvisionnements en carburéacteur, les unités au combat étant prioritaires. Les conséquences de cette configuration sur l’avenir des VKS ne sont pas encore connues, mais pourraient à terme réduire leur potentiel.
Notes
(1) Sur les premiers mois de l’opération, voir notamment : Adrien Fonatenellaz, « Guerre en Ukraine : PSU contre VKS », Défense & Sécurité Internationale, no 164, mars-avril 2023 ; Joseph Henrotin, « Guerre d’Ukraine : quelles leçons la Russie peut-elle tirer des opérations ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 90, juin-juillet 2023.
(2) Joseph Henrotin, « La force aérienne ukrainienne, 2014-2022. Échec et rédemption », Défense & Sécurité Internationale, no 159, mai-juin 2022.
(3) Michael Petersen, Paul Schwartz et Gabriela Iveliz Rosa-Hernandez, « Russian Concepts of Future Warfare Based on Lessons from the Ukraine War », CNA Corp., juillet 2025.
(4) Voir notamment Adrien Fontanellaz, « La campagne de l’hiver 2022-2023 contre l’infrastructure énergétique ukrainienne », Défense & Sécurité Internationale, no 167, septembre-octobre 2023.
(5) Sur ce concept, voir Joseph Henrotin, « Pourquoi la défense aérienne ? Le retour aux fondamentaux de la liberté d’action dans un monde aérobalistique », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 101, avril-mai 2025 ; « Les habits neufs de la dissuasion conventionnelle. Le changement de donne aérobalistique », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 99, décembre 2024-janvier 2025, et notre prochain hors-série (avril-mai 2026).
(6) Yasir Atalan, Erik Tiersten-Nyman et Benjamin Jensen, « Russia’s Intense Air Campaign in October », CSIS, 14 novembre 2025 (https://www.csis.org/analysis/russias-intense-air-campaign-october)
(7) Avec une montée en puissance de la production notamment due aux importations de composants chinois. On note qu’un tiers des engins balistiques tirés depuis 2024 sont des KN-23 nord-coréens, dont les systèmes de guidage ont été améliorés avec l’aide russe, les premiers tirs se montrant peu précis.
(8) Igor Anokhin, « Monthly Analysis or Russian Shahed 136 Deployment Against Ukraine », Institute for Science and International Security, 2 janvier 2026.
(9) Voir le compte X @Shahed tracker : https://x.com/ShahedTracker/status/2007253108062376282/photo/3
(10) Voir notre hors-série no 101.
(11) S’il interpelle sur la coordination avec d’autres moyens aériens, il reflète également une vision de la guerre où les forces ukrainiennes devaient rapidement s’effondrer face aux poussées russes.
(12) Giovanni Zanier et Kevin Anderson, « Countering Russia’s Glide Bomb Warfare in Ukraine. Observations and Lessons for NATO on Neutralising Long-Range Weapons », Joint Airpower Competence Center, novembre 2025 (https://www.japcc.org/online-feature/countering-russias-glide-bomb-warfare-in-ukraine).
Légende de la photo en première page : Le Su-35 est l’un des principaux vecteurs des bombes UMPK utilisées en Ukraine. (© aarows/Shutterstock)













