2050 : péril climatique ou sursaut politique ?

Par le traitement multilatéral et les profondes transformations qu’il impose, le changement climatique se place indéniablement parmi les dossiers de politique internationale les plus complexes, au carrefour des rapports de force mondiaux. Les évolutions attendues d’ici à 2050 participeront-elles à des déséquilibres d’importance ?

Le changement climatique constitue sans conteste l’un des principaux défis du XXIe siècle, qui marque notre entrée dans l’Anthropocène. Pour percevoir ses conséquences potentielles sur les relations internationales dans les trente prochaines années, il convient d’examiner son impact physique attendu et ses effets probables sur les systèmes humains.

Des évolutions climatiques globalement néfastes
Un climat plus hostile

Le profil climatique de la Terre en 2050 dépendra du scénario d’émissions que nous suivrons (1). Néanmoins, il est déjà en partie formé en raison de l’inertie du système climatique qui fait que les gaz à effet de serre émis voient leur pouvoir réchauffant se concrétiser avec plusieurs décennies de décalage. De fait, la divergence apparaîtra beaucoup plus flagrante à partir de la seconde moitié du XXIe siècle, dont le climat dépendra des décisions que nous prendrons dans les prochaines années.

En fonction de la tendance que nous suivrons, la température moyenne s’élèvera d’environ 0,5 °C à 2 °C d’ici à 2050 à la surface, masquant bien sûr d’importantes disparités. Les régions tempérées devraient être moins concernées que les zones tropicales, au sein desquelles on observe également des différences. Par exemple, au Sahel, l’intérieur des terres devrait connaître des hausses plus importantes que les littoraux. Les pôles seront bien sûr les régions qui verront le plus important accroissement de la température moyenne (jusqu’à + 10 °C d’ici à 2100 pour le pôle Nord dans le scénario RCP8.5).

Si la pluviométrie est sans doute l’un des paramètres les plus difficiles à évaluer, une tendance semble toutefois se dégager : en moyenne, le GIEC prévoit dès 2050 et plus encore d’ici à la fin du siècle, des précipitations plus abondantes et des épisodes de précipitations extrêmes plus fréquents dans les masses continentales des hautes et moyennes latitudes, et dans les régions tropicales humides. À l’inverse, les régions arides et semi-arides des moyennes latitudes et des régions subtropicales subiront une baisse des précipitations, et une aggravation et une augmentation des sécheresses.

Les océans connaîtront une augmentation de leur température à la fois en surface et en profondeur ; une acidification importante, principalement aux hautes latitudes ; une hausse de leur niveau, désormais de 3,5 mm par an en moyenne. Celle-ci, conjuguée aux multiples dégradations anthropiques des écosystèmes côtiers, tropicaux notamment, est porteuse de nombreux risques de submersion, de salinisation des nappes, d’érosion, liés à l’augmentation en fréquence et/ou en intensité des phénomènes extrêmes comme les cyclones.

La cryosphère* devrait pour sa part voir l’ensemble de ses composantes se rétracter : les observations montrent en effet que la tendance à la réduction de la banquise se poursuit (moins 3,8 % par an pour la superficie depuis 1979, moins 40 % en épaisseur depuis les années 1960). La fonte de la couverture neigeuse va continuer progressivement dans l’hémisphère nord, et pourrait atteindre de 7 à 25 % à la fin du siècle selon les scénarios (celle des glaciers pourrait atteindre entre 15 et 55 %, voire entre 35 et 85 %). Le pergélisol représente enfin une bombe à retardement en raison de la quantité de méthane qu’il contient, qui provoquera un réchauffement supplémentaire en cas de rejet dans l’atmosphère, faisant craindre le franchissement d’un seuil de rupture.

Des systèmes humains malmenés ?

Avant 2050, l’augmentation de la température aura des répercussions sur la santé humaine, en exacerbant principalement les problèmes de malnutrition et de sous-nutrition dans les régions défavorisées, avec la baisse des rendements agricoles et de la production alimentaire. Les variations locales de température et de précipitations modifieront également la répartition de certaines maladies, notamment celles d’origine hydrique ou transmises par les moustiques.
La baisse des précipitations dans les régions arides et semi-arides aura ainsi des conséquences importantes sur les rendements agricoles et le prix des produits alimentaires, à cause de l’augmentation de la fréquence, de l’intensité et de la durée des sécheresses, de la désertification croissante et des variations de la pluviométrie. Selon certaines données compilées par le GIEC, 70 % des projections réalisées pour la période 2030-2049 font état d’une baisse des rendements, pouvant aller jusqu’à 50 % par rapport au niveau de la fin du XXe siècle (2). Toutefois, la distinction entre les changements relevant de la variabilité naturelle du climat et ceux imputables au réchauffement climatique d’origine anthropique reste difficile, tout comme la prise en compte de l’évolution des habitudes alimentaires dans la sécurité alimentaire ou les comportements des agriculteurs, complexes à modéliser.

Des épisodes de pluies diluviennes seront à l’origine de crues importantes, et augmenteront notamment les risques d’inondations et de glissements de terrain. Ces phénomènes extrêmes endommageront, en l’absence de mesures de protection, les infrastructures, les habitations ainsi que les chaînes d’approvisionnement (commerce, industrie). Des incidences sur la santé sont également à prévoir, liées à la dégradation de la qualité de l’eau et au stress hydrique. Le littoral, densément peuplé, sera également particulièrement affecté par la conjugaison de la hausse du niveau des mers et de la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, qui, tout en causant des dégâts matériels et humains, renforceront l’érosion du trait de côte.

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