Magazine DSI

Phénomènes aérospatiaux non identifiés

Un événement remarquable s’est produit en novembre 2017. Le rocker et ufologue Tom DeLonge a posté sur le site internet de sa société, The Stars Academy of Arts and Sciences (1), un rapport de la marine américaine et trois films montrant des tentatives d’interception d’objets volants non identifiés par l’aviation embarquée des porte-­avions Nimitz et Roosevelt (2). Tom DeLonge affirme que ces documents ont été déclassifiés par le Département de la Défense (3).

Confirmant l’authenticité de ces quatre documents tout en prétendant enquêter sur les circonstances de leur divulgation, le Pentagone autorise de la manière la plus inhabituelle au moins six pilotes – trois en activité, deux anciens marins et un ex-employé de la Defense Intelligence Agency – à commenter publiquement ces documents et ces événements, à la télévision, à la radio et dans la presse écrite (4). Les trois films infrarouges concernent trois événements survenus le 14 novembre 2004, le 25 janvier 2015 et à une date non spécifiée, avant mars 2015. Le rapport divulgué, mais non daté, ne traite que de l’incident du 14 novembre 2004 et ne semble pas rédigé au moment des faits. Dans les trois cas, des chasseurs-­bombardiers F/A‑18 de l’US Navy et de l’US Marine Corps se sont retrouvés en présence d’aéronefs inconnus qui, dans deux cas, ont pris des mesures évasives et, dans un autre, aurait émergé de l’océan.

La circonstance est d’autant plus inédite que le public n’a aucune connaissance, donc aucune attente, sur ces trois incidents, à la différence d’autres – les survols multiples de Washington DC en juillet 1952 (5) et les lumières de Phoenix le 13 mars 1997 – où les témoins se comptaient par milliers et demandaient des explications (6). Autre fait remarquable, le Pentagone n’hésite pas à contredire sa précédente déclaration de 1969 où il affirmait abandonner l’étude des « objets volants non identifiés » à des associations privées : il reconnaît l’existence en son sein d’un bureau spécial, chargé entre 2007 et 2012 d’un « programme d’identification des menaces aérospatiales avancées » (Advanced Aerospace Threat Identification Program/AATIP).

Harry Reid, sénateur du Nevada et leader de la majorité démocrate au Sénat jusqu’en 2017, révèle avoir obtenu un financement de 22 millions de dollars sur cinq ans au profit du programme AATIP du Pentagone (2007-2012), précisément destiné à financer des études fondamentales sur les technologies exotiques qui permettraient de comprendre le mode opératoire de ces « véhicules aériens anormaux » (7). Si ces 22 millions de dollars sont une goutte d’eau dans un budget annuel de la défense évalué à 600 milliards de dollars, ils émeuvent certains politiques américains qui parlent de gaspillage ou de corruption.

Les plus grands médias comme CNN, ABC, NBC et les principaux titres de la presse américaine, le New York Times, le Washington Post et Time Magazine, commentent plusieurs fois ces incidents entre décembre 2017 et janvier 2020. La chaîne History Channel réalise une série télévisée (8). La société Raytheon assure que les films ont bien été réalisés par l’un de ses senseurs infrarouges, l’AN/ASQ‑228, démentant les propos d’un journaliste allemand qui parlait d’une animation digitale (9). La marine américaine confirme que des engins aériens inconnus dont les performances défient les lois de la physique pénètrent régulièrement ses zones d’exercices. Reconnaissant avoir été averti, mais professant l’incrédulité, le président des États-Unis, Donald Trump, déclare s’en remettre à l’opinion de ses « grands pilotes », assurant que le peuple sera informé «  s’il y a quelque chose à savoir » (10).

2004 : l’incident du « TicTac »

L’incident du 14 novembre 2004, dit du « TicTac », est celui pour lequel un rapport et de multiples interviews offrent les informations les plus précises. Le rapport explique que du 10 au 16 novembre 2004, le groupe aéronaval du porte-­avions Nimitz (CVN‑68) opère au large des côtes ouest des États-Unis et du Mexique, et qu’à cette occasion le croiseur antiaérien Princeton (CG‑59) détecte à plusieurs reprises des « véhicules aériens anormaux » (Anomalous Aerial Vehicules ou AAV, une désignation nouvelle pour les ovnis ou PAN – phénomènes aérospatiaux/aériens non identifiés).

Le rapport liste les plates-­formes et leurs senseurs, les meilleurs dans la marine américaine :

• le porte-avions Nimitz, avec le Carrier Air Wing 11 (CVW‑11) comprenant quatre flottilles de chasseurs F/A-18 Hornet et une d’avions de guet embarqués E‑2C Hawkeye (11) ;

• le croiseur Princeton et deux destroyers classe Arleigh Burke, les Chafee (DDG‑90) et Higgins (DDG‑76), dotés du système radar AEGIS AN/SPY‑1B amélioré, capable de poursuivre jusqu’à 100 pistes air ou surface simultanément, dans les quatre directions et de les engager ;

• l’avion de guet aérien E‑2C Hawkeye est doté de l’AN/APS‑145, considéré comme le radar d’alerte avancée le plus puissant et le plus fiable au monde, avec la capacité de traquer 20 000 cibles simultanément ;

• un sous-marin nucléaire d’attaque classe Los Angeles, le Louisville (SSN‑724), doté du sonar passif BQQ‑15.

Selon le rapport, les « AAV [descendent] très rapidement, d’environ 60 000 pieds à environ 50 pieds en quelques secondes. Ils planent ou s’immobilisent sur les écrans radars pendant une courte période puis repartent à des vitesses élevées  ». Le rapport explique que l’« AAV présente des analogies avec un engin balistique (apparence, vitesse, écho radar), mais s’en distingue par une trajectoire erratique. Comme le radar est réglé pour l’interception d’aéronefs, l’ordinateur élimine au départ les contacts erratiques qui sont identifiés comme de fausses pistes  ».

Perplexe, l’opérateur croit à des anomalies liées aux cristaux de glace qui peuvent se former à haute altitude. Le 14 novembre, après avoir de nouveau détecté des AAV, le Princeton fait décoller un appareil de guet aérien E‑2C Hawkeye du porte-­avions Nimitz et «  profite du vol de deux chasseurs-­bombardiers F/A‑18F rentrant d’une mission d’entraînement », pour lancer une interception.

Le croiseur dirige l’E‑2C et les F/A‑18, permettant au capitaine de frégate David Fravor et à sa coéquipière d’obtenir un contact visuel à environ un nautique de l’AAV, après l’avoir vu au-­dessus d’une perturbation à la surface de l’océan. Selon David Fravor, l’AAV ressemble à «  un œuf allongé ou à un [bonbon] “TicTac” avec un axe horizontal discernable ». Il est « blanc, solide, lisse, sans bords  ». Il est « uniformément coloré, sans nacelles, pylônes ou ailes » et mesure environ 14 mètres. Dans une interview donnée le 5 octobre 2019, Fravor décrit la perturbation sur la mer et un autre objet affleurant la surface en forme de croix : « Il suffit de penser que vous submergez un 737, le pointant vers l’est, sous l’eau à 2 ou 3 mètres. Les vagues, quand elles frappent cet objet, se brisent… et c’est là, juste au-dessus, que se trouve le “TicTac”. C’est la seule raison pour laquelle nous avons vu le “TicTac”. C’est ce qui attire notre regard, cette écume par mer belle… Et, whoooo, qu’est-ce que c’est ? Vous voyez le “TicTac”. Nous chassons le “TicTac”… Puis on se retourne, et plus rien. Tout est maintenant bleu, aussi loin que porte votre regard… Il y avait évidemment quelque chose qui n’est plus là. (12) » Le rapport précise que le puissant radar UHF Doppler AN/APS‑145 de l’E‑2C obtient un retour extrêmement faible sur la cible qu’il suit grâce aux indications du croiseur Princeton. L’AAV cherche à esquiver l’interception, « démontrant des capacités d’accélération (G), aérodynamiques et de propulsion très avancées (13) ».

Le rapport cite un autre observateur, le lieutenant-­colonel Douglas « Cheeks » Kurth de l’US Marine Corps, commandant la flottille VMFA‑232. Kurth pilote un F/A‑18C monoplace lancé par le porte-­avions Nimitz vers 10 h 30 pour un vol de vérification après maintenance. Au bout de 30 minutes, son contrôleur aérien lui demande de poursuivre une piste, s’inquiétant de savoir si son appareil est armé, ce qui n’est pas le cas. Kurth doit rester au-­dessus de 10 000 pieds, car les autres chasseurs, dont celui de Fravor, poursuivent l’AAV à basse altitude. Kurth observe aussi la perturbation à la surface de l’océan, qu’il décrit « comme un sous-marin qui plonge, un navire qui coule ou une houle qui se brise sur un haut-fond  », mais il ne voit aucun objet, et n’obtient pas non plus de contact visuel sur l’AAV. Les radars des chasseurs F/A‑18F n’accrochent pas l’AAV.

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