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Jeux olympiques : le sport comme vecteur de puissance géopolitique

À l’occasion de la 14e édition des Entretiens européens d’Enghien, dont Diplomatie Magazine est partenaire, l’IRIS propose une table ronde inédite consacrée spécifiquement au lien entre sport et Union européenne. Au cours de celle-ci, les panélistes reviendront sur plusieurs thématiques dont celle de la diplomatie sportive de l’Union européenne (étudiée notamment dans le cadre du projet Towards an EU Sport diplomacy, co-financé par le programme Erasmus + et piloté par l’IRIS), mais également l’initiative « Sport’Lab » proposée par l’IRIS, qui vise à faire du sport un outil de compréhension de l’UE à destination des lycéens. Lancé depuis septembre 2021, ce projet associe des professeurs et des classes de lycée dans la réalisation de supports pédagogiques permettant d’expliquer le fonctionnement et les institutions de l’Union grâce à l’actualité sportive. En effet, en abordant des problématiques rencontrées dans le sport (transferts, concept de soft power, égalité des genres, lutte contre le changement climatique ou contre le racisme), les lycéens peuvent découvrir l’action concrète menée quotidiennement par les institutions européennes.

Alors que les Jeux olympiques (JO) sont l’un des évènements sportifs les plus suivis au monde, quelle en est la symbolique et en quoi est-ce un enjeu de bien figurer au tableau des médailles dans cette compétition ?

C. Gomez : Cet événement est particulièrement important à plusieurs égards. D’abord, et vous l’avez signalé, il s’agit de l’un des évènements (sportifs ou non) les plus suivis dans le monde. Les chiffres de Tokyo ne sont pas encore connus, mais le Comité international olympique (CIO) annonce une consultation en hausse de ses supports et un trafic plus important que lors des Jeux de Rio.

Ensuite, ces jeux sont également l’occasion de rassembler 206 comités nationaux (ou affiliés au CIO), rassemblement donc plus mondialisé que ne l’est l’Organisation des Nations Unies qui ne compte « que » 193 États membres. Lors du défilé ou lors d’une compétition, chaque comité national dispose d’une vitrine exceptionnelle, où ses athlètes, mais surtout son drapeau, son nom, voire son hymne en cas de victoire, auront une visibilité internationale et bénéficieront d’une attention médiatique redoublée. Prenons l’exemple du Kosovo qui, en glanant deux médailles d’or, a pu être particulièrement mis en avant.

Enfin, la question du tableau des médailles est également un élément incontournable de la compétition. Ainsi, la compétition entre les athlètes ne s’arrête pas à la sphère sportive, mais est également présente avec une dimension politique. George Orwell ne disait-il pas « à un certain niveau, le sport n’a plus rien à voir avec le fair-play […], ce n’est plus qu’une guerre sans coup de feu » ? À travers le tableau des médailles, les États se jaugent, se comparent et démontrent, autrement, leur puissance. Considérée par beaucoup comme une anecdote, la tension diplomatique entre les États-Unis et la Chine au lendemain des Jeux de 2008 me semble, au contraire, particulièrement révélatrice du pouvoir désormais pris par le sport sur la scène internationale. En effet, les deux superpuissances revendiquaient chacune la première place au classement des médailles, l’une au titre du nombre total de médailles, l’autre au titre du nombre de médailles d’or. Un scénario identique a failli se reproduire cette année, puisque la Chine, à quelques jours de la fin des Jeux, se trouvait à la première place, avant d’être doublée dans la dernière ligne droite par la délégation américaine, qui ne manqua pas de communiquer largement sur ce point. À bien des égards, les prochains Jeux olympiques et paralympiques qui auront lieu à Pékin en 2022 devront être suivis avec la plus grande attention.

Quel est le bilan sportif des JO de Tokyo ? Quelles sont les principales nations qui en ressortent gagnantes et quelles en sont les perdantes ?

Nous concentrerons ici nos remarques sur les Jeux olympiques, bien que les Jeux paralympiques méritent à eux seuls bien des explications. Quatre éléments peuvent ici retenir notre attention.

Tout d’abord et comme nous l’avons mentionné plus haut, ces jeux ont été marqués par une rivalité sino – états-unienne intéressante, où la première place au classement des médailles a été décrochée par les États-Unis lors des dernières heures de compétition. Si les États-Unis sont coutumiers de la première place, cela n’aurait été que la deuxième fois que la Chine y serait parvenue, ce qui, compte tenu de la proximité avec les prochains Jeux de 2022, aurait été particulièrement intéressant à analyser.

Le deuxième élément à retenir selon moi est la très bonne performance du Japon, troisième au classement des médailles, qui améliore considérablement son résultat des précédentes olympiades. En 2012, à Londres, le Japon se plaçait à une modeste onzième place. Cette performance s’inscrit dans une lignée intéressante puisque, depuis plusieurs décennies, le pays hôte brille systématiquement par des performances supérieures à la moyenne. Depuis 1980, les pays hôtes sont systématiquement classés, à l’exception notable de la Grèce en 2004 et du Brésil en 2016, parmi les six meilleures nations de l’olympiade. En plus de l’accueil de ce méga-évènement sportif, il s’agit ainsi de démontrer, par ce classement, la qualité de la formation des athlètes, non seulement vis-à-vis de sa population, mais aussi, et toujours dans un contexte de compétition, vis-à-vis des partenaires, des alliés ou des concurrents.

La Russie aura également joué un rôle important au cœur de cette olympiade en dépit de l’interdiction faite de défiler sous son drapeau, de jouer son hymne et d’être appelée par son nom. En réalité, cette sanction, émise par le Tribunal arbitral du sport, après six ans d’enquêtes et de rebondissements dans l’affaire du dopage russe, apparaît comme plus symbolique que réellement politique. En effet, les sportifs russes ont pu ainsi concourir sous le logo ROC (Russian Olympic Committee) ; toutefois, une autre bataille a eu lieu sur les réseaux sociaux, où le hashtag #WewillROCyou s’est rapidement répandu, en mettant en exergue les athlètes russes et leurs performances.

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