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Le modèle taïwanais, un hub technologique ?

Associée à un contexte géopolitique conflictuel de longue date avec la Chine et un territoire non reconnu internationalement, Taïwan affiche malgré cela une part record de 85 % du marché mondial des semi-conducteurs et est en train d’élargir le champ de son pôle de compétences à d’autres domaines technologiques, ainsi que ses échanges commerciaux.

Au fil des décennies, cette république insulaire de plus de 23 millions d’habitants a montré des prédispositions à se renouveler au prisme de son industrie. À ce titre, l’activité des entreprises taïwanaises dédiées essentiellement à une main-d’œuvre d’assemblage de pièces électroniques a évolué dans le sens d’une production à forte intensité technologique (informatique, composants électroniques, pétrochimie, etc.) (1) ; résilience qui caractérise la réussite taïwanaise à se renouveler dans le temps.

Faisant partie du cercle très fermé des quatre dragons asiatiques, Taïwan apparaît résolument tournée vers un avenir numérique et doit parallèlement faire face au renforcement des tensions avec la Chine. L’ambition taïwanaise est de développer, via les bases de ses acquis et de nouvelles capacités, des solutions innovantes avec une priorité à la médecine et un effort particulier dédié au secteur spatial.

La « Silicon Valley » taïwanaise

Taïwan a fait le pari de placer l’outil numérique au cœur de son fonctionnement. D’ailleurs, selon l’Annuaire mondial de la compétitivité (World competitiveness yearbook), établi par l’International institute for management development (IMD), le concurrent taïwanais, en termes de compétitivité numérique, n’a de cesse de progresser, passant en trois ans du 11e au 8e rang mondial pour l’année 2021 (2). Cette volonté prend pour point de départ l’année 2016, avec l’arrivée au pouvoir de la présidente Tsai Ing-wen, qui engage la mise en œuvre du plan de modernisation ayant pour projet la construction d’une Silicon Valley taïwanaise en se fondant sur les performances de l’industrie 4.0 (3). Ainsi, les choix politiques viennent consolider l’engagement de ces évolutions de manière durable, et ce notamment avec la réélection de Tsai Ing-wen, qui renforce plus encore les orientations prises au prisme d’un nouveau plan d’actions. Dans ce cadre, l’industrie de l’informatique et du numérique continue d’occuper un rôle primordial parmi les cinq autres secteurs stratégiques : 1) la cyber sécurité, 2) les biotechnologies, 3) les industries de défense (spécifiquement l’aéronautique et le spatial), 4) les énergies vertes et renouvelables (éolien offshore, solaire), 5) les stocks énergétiques (maintien des capacités de production de produits médicaux, de ressources énergétiques, et de denrées alimentaires).

Plus spécifiquement, quels sont les leviers structurants du numérique taïwanais ? Un écosystème de start-up fournit une activité soutenue dans le domaine de la 5G et concerne par ricochet des technologies équivalentes comme l’internet bas débit favorisant l’ouverture d’un réseau dédié à l’IoT (4). À ce dispositif s’ajoute l’université qui représente une force vive et conséquente pour la recherche industrielle. Un exemple illustrant la grande qualité et efficacité de cette singulière synergie concerne le déploiement du premier réseau central 5G en open source (ou code source ouvert) au monde, nommé « free5GC » (5). Cette dynamique a pour perspective de renouveler la célérité et la réussite économique des années 1980, avec comme point d’orgue la transformation de son industrie, ce qui n’exclut pas pour autant, au sein de ce fonctionnement, son industrie manufacturière, composante tout aussi essentielle. L’ambition taïwanaise est de proposer des solutions innovantes, voire, au-delà, de créer des besoins avant même qu’ils ne soient exprimés. Cette approche descendante de la production de haute technologie a pour objectif de faire évoluer Taïwan en un partenaire pivot au niveau mondial.

Partenariats vs escalade des tensions

Taïwan entend être un acteur incontournable de la région indopacifique, aussi bien sur la scène régionale qu’internationale. Force est de constater que son assise est consolidée par le biais de collaborations. Tout d’abord, le volet régional représente un élément important de la politique taïwanaise qui vise à la fois un rapprochement avec ses voisins et le développement de son intégration, notamment au regard de la New Southbound Policy (NSP, Politique en direction du Sud) (6). Elle débute en 2016 avec la présidence de Tsai Ing-wen, qui a pour objectif de renforcer ses liens avec les dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) (7), les six États d’Asie du Sud (8), ainsi que l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Parallèlement, du fait d’être une démocratie et un acteur économique important, Taïwan est considérée comme un « partenaire clé » sur la scène internationale. À titre d’exemple, l’Union européenne (UE) appelle de ses vœux la continuité des relations commerciales (2013) et du dialogue UE-Taïwan sur la politique industrielle (2015), comprenant la mise en place d’un partenariat global et renforcé (signature d’un accord bilatéral d’investissement et approfondissement de la coopération dans la lutte contre la désinformation et les cybermenaces) (9) — consolidation de ces liens qui suscite la désapprobation chinoise (10).

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