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Entretien avec Valérie Pécresse, candidate à l’élection présidentielle

L’actuelle Loi de programmation militaire (LPM) court jusqu’en 2025. L’accroissement budgétaire qu’elle implique doit-il être maintenu ? Au-delà, faut-il poursuivre l’augmentation budgétaire et jusqu’à quel niveau ? Si oui, pourquoi et comment la financer ?

C’est la menace et la définition des intérêts français qui dictent l’ampleur des efforts budgétaires à consentir. Notre époque est caractérisée par l’usage désinhibé de la force, par la crise du multilatéralisme, une course aux armements relancée (la Chine produit tous les quatre ans l’équivalent en tonnage de la marine française), la perspective d’un conflit de haute intensité avec une attrition forte, l’émergence de technologies de rupture (missiles hypersoniques…), la multiplication des stratégies hybrides, une conflictualité multichamps, multimilieux qui s’élargit à l’espace, au cyber, aux fonds sous-­marins ou à la guerre informationnelle. Le temps des « dividendes de la paix » est définitivement révolu. Il est évidemment impossible de baisser la garde.

L’actuelle LPM a été une loi de restauration. Mais je note que les plus gros efforts, les marches à 3 milliards pour 2023-2024-2025 ont été reportés après l’élection présidentielle… Ces augmentations budgétaires sont indispensables pour financer notre dissuasion nucléaire, clef de voûte de la protection de nos intérêts vitaux, mais aussi nos forces conventionnelles, outil indispensable pour garantir notre modèle d’armée complet. Dans ces conditions, je maintiendrai la trajectoire de la LPM.

Mais cet effort ne sera pas suffisant. Pour atteindre un format 2030 qui ne soit pas échantillonnaire, des trous capacitaires devront être comblés. L’armée de Terre manque de capacités de lutte antiaérienne de basse couche, d’artillerie pour la frappe dans la profondeur, d’outils de brêchage, minage ou d’engins de franchissement. L’armée de l’Air, ponctionnée par les prélèvements sur son parc pour l’export, n’atteint pas le format prévu, ne dispose d’aucun hélicoptère lourd et manque de capacités de transport stratégique. Quant à la Marine, il faudra s’interroger sur son format à 15 navires de premier rang, sur ses moyens de souveraineté dans nos ZEE (patrouilleurs océaniques ou corvettes à commander – EPC), sur le rétrofit régulier de nos navires, et pas seulement à mi-vie, ou la mise en place d’une stratégie de drones sous-­marins. Les champs cyber et spatial devront être mieux couverts.

Par ailleurs, la volumétrie des stocks de munitions et des capacités d’entraînement (l’armée de Terre n’est qu’à 64 % de l’optimum visé) doit impérativement être revue.

Ces données exigent une réflexion approfondie. C’est la raison pour laquelle, dès mon élection, je ferai procéder à une revue stratégique flash de la LPM pour voir si des adaptations sont nécessaires. Je lancerai également un nouveau Livre blanc donc l’objectif sera d’appréhender les menaces et de définir les intérêts français à long terme, à l’horizon 2050. Cette échéance aura le mérite de se caler sur le projet chinois 2050, qui vise la parité avec les États-Unis. Ce document devra évidemment être régulièrement révisé. Il servira de base à la prochaine LPM.

Dès lors, en dehors du respect de la LPM en cours, un effort complémentaire sera nécessaire. La question pourrait se poser de savoir si l’effort pour la défense ne devrait pas atteindre 2,5 % du PIB avant la fin de la décennie. La règle que je fixerai à mon gouvernement sera d’assurer la continuité et la régularité de l’effort, sans à‑coup, pour éviter ce mal récurrent des LPM, l’étalement et le décalage des programmes.

L’autonomie stratégique est au cœur de l’actuel quinquennat. Soutenez-vous son principe ? Comment l’entendez-vous ?

La question de l’autonomie stratégique est celle de la définition de son périmètre. Elle dépasse le cadre militaire et intègre la Base industrielle et technologique de défense (BITD) et une part de la souveraineté économique garantissant la résilience.

Au niveau national, il faut suivre la méthode retenue par la Revue stratégique de 2017 pilotée par Arnaud Danjean sur ce qui relève de la souveraineté pure (dissuasion), de la maîtrise partagée et des productions susceptibles d’être confiées au marché.

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