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Entretien avec Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle*

L’actuelle LPM court jusque 2025. L’accroissement budgétaire qu’elle implique doit-il être maintenu ? Au-delà, faut-il poursuivre l’augmentation budgétaire et jusqu’à quel niveau ? Si oui, pourquoi et comment la financer ?

Dès ma prise de fonctions en 2017, mon analyse du contexte stratégique du continent européen m’a conduit à décider de faire le choix du renforcement de nos armées. J’ai décidé d’arrêter l’érosion de nos capacités militaires, entamée depuis plusieurs décennies, grâce à une loi de programmation militaire (LPM) ambitieuse, qui a redonné aux armées les moyens de leurs missions, pour notre sécurité collective. Les engagements pris devant les armées, et devant nos concitoyens, ont été tenus ; la LPM a été, de manière inédite, réalisée à l’euro près.

Il était temps car j’ai trouvé, malgré l’admirable ténacité et le courage de nos militaires, l’outil de défense dans un état inquiétant d’usure. Le remplacement des matériels avait trop longtemps été différé. J’ai aussi constaté un épuisement des personnels qui devaient faire face, dans ces conditions, à des missions de plus en plus nombreuses.

L’agression russe en Ukraine démontre combien l’exigence d’un renforcement de notre outil était impérieuse. Le retour du tragique sur notre continent est là. Et il démontre combien la France a eu raison de renforcer son outil et de plaider, auprès de ses partenaires européens, pour un renforcement de l’Europe de la défense.

La modernisation de nos armées est désormais lancée, l’innovation a été placée au cœur de cette transformation, la coopération européenne également, et un effort a été fait pour la vie quotidienne de nos militaires et de leurs familles : nous le leur devons. Cette LPM était donc, pour partie, une loi de réparation mais aussi d’innovation et d’anticipation, car nous vivons une période d’accélération stratégique, de militarisation accrue des espaces communs avec un changement des modes de conflictualité et une évolution rapide de la technologie.

Cette LPM, dont l’objectif immédiat est de porter l’effort de défense à 2 % du PIB, soit 50 milliards d’euros à l’horizon 2025, sera donc poursuivie jusqu’à son terme. Au cours du prochain quinquennat, nous réaliserons rapidement une nouvelle revue stratégique et une nouvelle loi de programmation militaire afin de préciser les modalités de la poursuite de notre effort. Nous devrons bien entendu tenir compte des conséquences de la guerre en Ukraine, que ce soit sur l’acuité des menaces ou des évolutions des trajectoires de défense décidées par nos partenaires européens.

Le modèle complet d’armées 2030 de l’actuelle LPM demeurera globalement le socle de nos ambitions immédiates en termes d’équipements. L’enjeu des prochaines années sera de l’adapter aux nouvelles menaces, dont nous voyons chaque jour l’expression de plus en plus nette. Nous rendrons ce modèle plus résilient aux nouveaux types de conflictualité et aux affrontements qui se dessinent.

L’autonomie stratégique est au cœur de l’actuel quinquennat. Soutenez-vous son principe ? Comment l’entendez-vous ? 

Évidemment ! Pour cela, il nous faut détenir certains éléments de puissance. D’abord, cela commence avec notre capacité de dissuasion nucléaire, pour laquelle j’ai pris les décisions nécessaires au maintien de sa crédibilité opérationnelle dans la durée. Ensuite, notre capacité autonome d’analyse de situation par le renseignement, pour lequel nous fournissons un effort important dans l’actuelle LPM, est primordiale. Il nous faut aussi une capacité d’intervention robuste dans tous les milieux afin d’être capables d’intervenir, seuls ou en coalition, si la sécurité de nos compatriotes ou la défense de nos intérêts étaient menacées quelque part dans le monde. Dans les circonstances actuelles, la protection du territoire prend également une dimension accrue dans un environnement qui dépasse le seul champ militaire. Dans ce domaine, il nous faut encore améliorer la résilience de l’État dans différents champs tels que cyberdéfense et la protection des installation sensibles.

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