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La famille M-270/M-142, levier de puissance ukrainien

La campagne d’interdiction des communications et de la logistique menée par l’Ukraine contre les forces russes à partir de début juin met en évidence l’importance des feux de précision de longue portée et, en l’occurrence, des M-142 HIMARS livrés par les États-Unis et des M-270 livrés par le Royaume-­Uni. À l’origine de ce succès, des conceptions des années 1970.

À ce moment, les États-Unis, la France et l’Allemagne – ensuite rejoints par l’Italie (1982) – cherchent à disposer d’un système de saturation capable de délivrer rapidement une grande puissance de feu dans la profondeur tactique et mettent en place en 1979 un programme multinational. L’époque est à la montée en puissance du Pacte de Varsovie et notamment de son artillerie, tandis que les États-Unis s’acheminent vers leur deuxième offset strategy (1). Cette dernière mise sur la qualité des systèmes d’armes pour compenser un déficit de quantité, ce qui a pour conséquence de privilégier une logique de kill-chain, où la détection par des moyens avancés doit permettre une destruction dans la foulée. Cette stratégie des moyens se couple par ailleurs aux évolutions doctrinales liées au FM-100.5 et à sa déclinaison européenne, le Follow-on forces attack, qui privilégie les feux d’interdiction dans la profondeur, empêchant les deuxième et troisième échelons d’atteindre la zone de bataille.

Or cette dernière est battue par une artillerie soviétique de plus en plus puissante, couverte par un dispositif antiaérien dense, qu’il s’agit dans les deux cas de neutraliser au mieux. C’est dans ce contexte qu’est choisie la solution du lance – roquettes multiple, qui n’était historiquement que peu privilégiée par les futurs membres du programme multinational. Le concept d’opération de ce qui deviendra le M-270 MLRS (Multiple launch rocket system) était de disposer d’une plate – forme mobile capable de lancer des roquettes dotées de sous-munitions non guidées afin de frapper les batteries d’artillerie et surface-air. Évidemment, cette vision axée sur la contre – batterie dépend d’un maillage informationnel : avant de frapper, il faut pouvoir détecter, ce qui nécessite le développement de capacités radars spécifiques.

Le M-270 : la contre-batterie par la saturation

La plate – forme choisie en 1980 est dérivée de celle du M-2 Bradley, alors en cours de développement pour l’US Army. Un peu plus longue, elle est chenillée, ce qui lui assure une bonne mobilité, avec une masse de 24,036 t, deux pods de roquettes compris. La cabine avant accueille l’équipage, réduit à trois personnes, qui dispose d’un système de contrôle de tir permettant la sélection des cibles et le pointage du lanceur sur la base d’informations provenant du Fire direction system, au niveau de la batterie, dont le PC est intégré au système TACFIRE (ATLAS pour les M-270 français). Le contrôle de tir permet de tirer automatiquement jusqu’à 12 roquettes en moins de 60 secondes sur six cibles. Le plateau arrière du véhicule est doté du lanceur, lui-même équipé de deux palans permettant de charger et de décharger après le tir deux Launch pods containers (LPC) de six roquettes livrées scellées dans le pod. L’opération ne prend que quelques minutes avec un ou deux opérateurs, ce qui constitue un avantage majeur en termes de puissance de feu. Les LPC ont une longueur de 4,04 m pour 1,05 m de large, avec une masse de 2,270 t (avec roquettes) (2).

Pour la logistique, un camion HEMTT avec sa remorque peut transporter jusqu’à huit pods (3). Le camion lui – même est doté d’une grue hydraulique, dont la portée permet de ne pas dételer la remorque. En conséquence, il peut opérer indépendamment du M-270, ce qui est tactiquement significatif : le camion peut positionner des pods à plusieurs endroits, rejoints ensuite par les M-270 dans leur manœuvre. La logistique peut donc précéder le système de feu. En 1999, une batterie de MLRS américaine comptait douze de ces camions et leurs remorques – permettant de transporter 576 roquettes –, deux camions – citernes, un camion de dépannage, six M-270 et deux M-577 de commandement, en plus de Humvees et de quelques camions de cinq tonnes.

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