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Les métamorphoses de la marine israélienne

Ventre mou du pays, la façade maritime représente une vulnérabilité stratégique pour Israël, qui se repose sur son armée de l’air et sur sa marine pour assurer la défense du littoral et de sa zone économique exclusive. Les flottilles de corvettes lance-missiles et de sous-marins constituent le fer de lance aux côtés des commandos du Shayetet 13 basés respectivement à Haïfa et à Atlit. Au nord, au sud et sur le golfe d’Aqaba, Haïfa, Ashdod et Eilat abritent aussi trois détachements de patrouilleurs (914, 916, 915) pour la surveillance et la sûreté des approches.

La marine trouve son origine en Italie, à Civitavecchia avec la fondation de l’Académie navale Betar en 1934 par le mouvement sioniste. En septembre 1937, le navire – école Sarah I effectue une croisière méditerranéenne et visite Haïfa et Tel – Aviv. L’année suivante, deux centres d’instruction sont fondés à Haïfa. D’autres cadets sont ainsi formés en Palestine sous mandat britannique et aussi en Afrique du Sud. En 1942, onze cents volontaires de la Haganah rejoignent la Royal Navy, dont douze comme officiers. Parallèlement, l’entité militaire sioniste du Palmach se dote d’une branche navale, le Palyam.

David contre Goliath

Avec la fin de la guerre et le début de l’insurrection juive en Palestine, les volontaires de la Royal Navy rejoignent la Haganah et les membres du Palyam organisent l’immigration clandestine vers la Palestine et des actions commandos contre les bâtiments de déportation de la Royal Navy. À l’issue du mandat britannique, les anciens volontaires de la Royal Navy remettent en état les navires d’immigration clandestine amarrés dans le port d’Haïfa, dont quatre forment la nouvelle marine israélienne, complétés par un chasseur de sous – marins acheté aux États – Unis (1).

Seuls les anciens personnels de la Royal Navy et les volontaires issus de marines de guerre ou marchandes disposent de compétences techniques. Peu sont juifs. Parmi ceux-ci, Ike Aharonowitch, capitaine de l’Exodus, et le commandant Paul Shulman de l’US Navy. Leur savoir est perdu par un commandement politique issu du Palyam. Gershon Zak, premier chef du Sea Service de Tsahal, est un enseignant sans expérience militaire qui pousse Paul Shulman à la démission (2).

Pendant la guerre de 1948 déclenchée par l’indépendance d’Israël, les cinq premiers bâtiments assurent la patrouille du littoral, bombardant les côtes égyptiennes de Gaza jusqu’à Port-Saïd tandis que des commandos coulent le navire amiral de la marine égyptienne, l’Émir Farouk. À l’issue, la mise en place de formations d’officiers dans les écoles navales en France et au Royaume – Uni permet une montée en puissance. La marine acquiert des frégates puis des destroyers ex – britanniques et des vedettes lance – torpilles en France.

En 1956, Israël est déterminé à attaquer l’Égypte avant que celle-ci ne reçoive des armements soviétiques qui la renforceraient, afin de rouvrir le détroit de Tiran qui enferme la navigation israélienne dans le golfe d’Aqaba. La marine se compose désormais de deux destroyers, sept frégates, huit dragueurs de mines, quatorze vedettes lance – torpilles et quelques chalands de débarquement.

À la suite de la nationalisation du canal franco – britannique de Suez par le leader nationaliste égyptien Gamal Abdel Nasser en juillet, Israël s’entend avec la France pour planifier une guerre à laquelle le Royaume – Uni va aussi s’associer. Le 29 octobre, l’armée de l’air israélienne attaque le Sinaï. Alors que les forces franco-britanniques lancent leur propre opération, l’Égypte envoie le destroyer Ibrahim el-Awal bombarder les dépôts pétroliers d’Haïfa. Le 31 octobre, l’escorteur d’escadre français Kersaint force l’Ibrahim el-Awal à se désengager. Poursuivi par les destroyers israéliens Eilat et Yaffo et attaqué par l’aviation, l’Ibrahim el-Awal se rend, et est aussitôt incorporé dans la marine de Tsahal. Si les Français et les Britanniques sont contraints par les États – Unis à se retirer, la guerre est un succès pour Israël, car elle rouvre le détroit de Tiran au commerce vers l’Afrique et l’Asie.

Le 21 septembre 1958, la marine achète au Royaume – Uni deux sous – marins de classe S, vétérans de la Deuxième Guerre mondiale, qui rallient Haïfa en décembre 1959 et juin 1960. Avec la livraison de vedettes lance – missiles soviétiques Komar puis Osa 1 à l’Égypte et à la Syrie, la marine israélienne repense sa stratégie autour d’unités analogues. À défaut de pouvoir les acheter en Allemagne sous pression des pays arabes, Israël commande en 1965 au chantier Félix Amiot 12 « vedettes de Cherbourg », ou Sa’ar 2/3, sur un design du constructeur allemand Lurssen (250 t.p.c., 45 m).

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