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Dans le brouillard de la guerre. L’art de se camoufler, de se dissimuler, et de duper l’adversaire

Une signature passive sur l’ensemble du spectre

En effet, si pendant des millénaires les armées n’ont eu à se soucier que d’un seul type de capteur, l’œil, la situation a considérablement évolué depuis la Seconde Guerre mondiale. Les capteurs thermiques, ultraviolets, radar ou électromagnétiques au sens large sont conçus pour discerner des longueurs d’onde électromagnétiques – donc de la « lumière » – situées en dehors du spectre visible. De fait, un véhicule camouflé dans les longueurs d’onde visibles, qui serait difficilement discernable de son environnement pour des yeux humains, pourrait continuer d’émettre de la chaleur, dans les longueurs d’onde infrarouges, ou bien de refléter les ondes émises par des radars, dans différentes fréquences. On parle alors de signature infrarouge, ou de signature radar.

Dans un contexte opérationnel moderne, la notion de camouflage implique des « réductions de signatures » qui s’étendent au-­delà du spectre visible. En fonction de la menace à contourner, les systèmes CCD tiennent désormais compte d’un spectre électromagnétique élargi aux plages de signaux radar, ultraviolets, visuels, du proche infrarouge, mais aussi de l’infrarouge à ondes courtes et de l’infrarouge thermique. Bien entendu, pour rester utilisables au quotidien par les soldats, ces systèmes CCD se doivent d’être légers, mobiles et pratiques d’emploi. Or intégrer des technologies multispectrales dans de « simples » filets de camouflage relève d’une maîtrise technique aujourd’hui à la portée de très peu d’industriels.

La Suède en pointe sur les systèmes CCD

Aujourd’hui, pour des raisons historiques, la Suède est l’un des pays leaders sur ces technologies de CCD multispectraux. Après la Seconde Guerre mondiale, si les pays de l’OTAN pouvaient compter sur la masse de leurs armées et sur l’entraide au sein de l’Alliance pour assurer défense et dissuasion, le petit pays neutre qu’était la Suède a dû trouver d’autres méthodes et tactiques. Ainsi, si celle-ci est réputée dans le monde militaire pour avoir conçu certains des armements les plus emblématiques de la guerre froide, comme le canon sans recul Carl Gustaf, le char sans tourelle Strv 103 ou l’avion de combat Draken, elle s’est aussi fait connaître en développant des solutions de camouflage particulièrement performantes. Dès les années 1950, la compagnie Saab commercialise de telles solutions sous la marque Barracuda. Lors de la décennie suivante, l’entreprise suédoise est également intégrée à un groupe de l’OTAN qui travaille à l’élaboration des exigences et procédures applicables à la gestion des signatures – notamment visuelles – des véhicules de l’Alliance.

Ayant continuellement développé cette expertise, Saab fournit aujourd’hui une soixantaine de clients, et est le leader mondial sur ce marché. Et la demande augmente encore, d’année en année. Comme nous le rappelle Niklas Ålund, directeur Stratégie et Développement des activités chez Saab Barracuda, « la rapidité du progrès technologique a pour conséquence que les armées sans systèmes de camouflage ni manœuvres de déception ne sont plus guère en mesure d’approcher l’ennemi et déploient énormément de ressources – armes ou troupes – pour parvenir à leurs fins. Aujourd’hui, si vous ne maîtrisez pas l’art du camouflage, de la dissimulation et du leurrage, vous n’avez plus guère de chance de prendre l’avantage sur le champ de bataille. Et la situation n’est pas près de changer. »

Des camouflages multispectraux pour répondre à tous les besoins

De nombreux industriels occupent le marché du filet de camouflage, à destination d’utilisateurs militaires aussi bien que civils (chasseurs, photographes animaliers, etc.). On peut notamment citer CamoSystems et FibroTex aux États-­Unis, Mil-Tec en Allemagne ou encore SeynTex en Belgique. Mais d’un point de vue technologique, Saab dispose d’un avantage comparatif indéniable sur l’ensemble de ses concurrents. En effet, le groupe suédois produit et intègre des systèmes de combat complexes dans tous les domaines de la défense (air, terre, mer), et dispose ainsi d’une connaissance étendue en matière de radars, de guerre électronique et de détection au sens large. De quoi lui permettre de perfectionner au mieux les solutions de contre-­détection Barracuda, conçues spécifiquement pour les usages militaires. « Les systèmes de camouflage doivent veiller à ne rejeter ni réfléchir aucune émission. Mais la question de la passivité multispectrale de leur signature est tout aussi importante. Pour y parvenir, ils doivent absorber les émissions. Les objets camouflés se fondent ainsi dans leur environnement et ne sont plus visibles ni identifiables que par les capteurs les plus proches », explique Niklas Ålund.

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