À l’image de ses voisins européens, lutter contre la perte de vitalité démographique est crucial pour la Russie. La politique nataliste menée par le Kremlin suffira-t-elle à endiguer l’actuel déclin démographique accentué par un envoi massif d’hommes au front ?
Avec 145 millions d’habitants, la Russie demeure sur le continent européen le seul pays à compter plus de 100 millions d’habitants et est donc le plus peuplé. Dans le monde, la Russie se trouve au neuvième rang. Elle est notamment devancée par des pays du Sud comme le Pakistan, le Nigéria ou le Bangladesh, dont le PIB par habitant est six fois moindre que le sien. Dans ce contexte, le « rideau de fer » politique, économique, financier et sportif instauré par les autres pays européens, depuis l’invasion de l’Ukraine du 24 février 2022, n’est pas de nature à faire disparaitre sa puissance démographique, d’autant que les autres pays européens connaissent une forte perte de vitalité démographique. En revanche, et sachant que les indicateurs démographiques éclairent sur les dynamiques géopolitiques, quels sont les atouts ou handicaps démographiques de la puissance de la Russie ?
Dépeuplement dans un contexte d’effondrement économique
Les évolutions démographiques confirment une réalité assez générale : il est rare qu’un pays connaisse des dynamiques démographiques linéaires (2). Cela a été le cas des territoires de l’URSS correspondant à ce qui est devenu fin 1991 la fédération de Russie ; c’est toujours le cas de la Russie depuis cette date. Le premier élément à considérer est le fait qu’au regard de ses évolutions démographiques des années 1990, la population de Russie s’effondrait et donc que sa puissance n’allait devenir que secondaire dans le concert des nations. En effet, la plupart de ses indicateurs démographiques évoluaient de façon défavorable. L’abaissement du nombre de naissances annuelles qui avait commencé en 1988 se prolongeait, la Russie passant de plus de 2,4 millions de naissances dans les années 1982-1987 à moins de 1,5 million à compter de 1993, atteignant en 1999 un niveau fort bas de 1,26 million de naissances, un chiffre moitié moindre que celui de 1987. Deux raisons fondent cette chute du nombre de naissances. La première tient à l’effondrement de la fécondité. Cette dernière était égale ou supérieure à 2,1 enfants par femme, soit au seuil du simple remplacement des générations, dans les années 1984 à 1988. Puis la Russie entre dans l’hiver démographique avec la baisse de sa fécondité qui commence en 1989 et se prolonge dans les années 1990 jusqu’au point la plus bas de 1,19 enfant par femme atteint en 1999. Toutefois, une partie de la baisse des naissances peut aussi s’expliquer par l’arrivée à l’âge de la procréation de générations moins nombreuses, conséquence des naissances réduites des années 1960.
L’espérance de vie à la naissance était demeurée beaucoup plus faible en URSS que dans les pays occidentaux et, témoignant des insuccès du soviétisme (3), stagnait même depuis la seconde moitié des années 1960, à part une petite période de la fin des années 1980 pendant laquelle le pouvoir avait entrepris de lutter contre l’alcoolisme. Dans les années 1990, le nombre de décès est plus élevé que dans les années 1980 dans un contexte où l’espérance de vie à la naissance non seulement n’augmente pas, mais diminue certaines années. Pour les hommes, l’espérance de vie est même en moyenne plus basse dans les années 1990 que durant les trois décennies précédentes. En conséquence, le nombre de décès augmente nettement dans les années 1990.
La combinaison d’un nombre de naissances très abaissé et d’un nombre de décès majoré plonge la Russie dans une dépopulation à compter de 1992. Cette même année, la population de Russie ne diminue toutefois pas car le pays bénéficie d’un solde migratoire positif qui compense l’excédent des décès sur les naissances. En effet, la Russie accueille les « pieds rouges », c’est-à-dire des personnes d’ethnie russe qui habitaient auparavant dans des républiques de l’URSS devenues indépendantes et, plus particulièrement, dans des républiques d’Asie centrale. Toutefois, prenant en compte les dynamiques défavorables de la fécondité et de l’espérance de vie, dans le contexte d’un pays en très mauvaise santé économique, les projections des années 1980 annoncent à l’horizon 2050 une forte baisse à venir de la population russe, soit 108 millions selon l’hypothèse moyenne et 89 millions selon l’hypothèse basse.














