Incertitudes sur les effets démographiques de la guerre et projections variées
Les évolutions depuis l’élargissement de la guerre en Ukraine en 2022 sont difficiles à appréhender. Comme l’économie russe ne s’est pas effondrée face aux sanctions occidentales, le risque du retour à une situation semblable à celle des années 1990 est peu probable. Toutefois, la guerre engendre une surmortalité pour laquelle aucune donnée statistique sérieuse n’est fournie, et qui concerne principalement des personnes en âge de procréation, sans oublier celles dont les blessures ont pu amoindrir la fertilité. Vu de Moscou, la population de Russie a augmenté de celle des territoires — provisoirement ? — conquis, soit les environ quatre millions d’habitants de la Crimée et des autres régions annexées. Mais sans doute faudrait-il aussi considérer l’émigration de jeunes adultes — un million ? — ayant quitté la Russie car opposés à la guerre en Ukraine ou ne voulant pas risquer d’être mobilisés.

Les statistiques de l’ONU se fondent normalement sur l’intangibilité des frontières et il en est de même de ses projections qui, à ce jour, ne prennent pas en compte les effets démographiques du conflit en Ukraine. Selon ces dernières, trois ensembles d’hypothèses sont proposés. Selon une projection dite moyenne, soit la prolongation des dynamiques constatées en termes de fécondité, d’espérance de vie et de migration, la population de la Russie baisserait de moins de 145 millions en 2020 à 133 millions à l’horizon 2050. Selon un jeu d’hypothèses basses, la diminution serait plus forte à 123 millions d’habitants à l’horizon 2050. Enfin, au cas où la fécondité s’améliorerait ainsi que l’espérance de vie dans une Russie ayant conservé de l’attractivité, la population connaitrait une quasi-stagnation avec 143,5 millions d’habitants à l’horizon 2050 (voir graphique ci-contre).
Selon toutes ces hypothèses, le pays connaitrait, comme nombre d’autres pays dans le monde, un incontestable vieillissement de sa population. Son poids démographique relatif dans le monde serait appelé à diminuer. À l’horizon 2050, la Russie ne serait plus que dans les quinze premiers rangs des pays en termes de population, après avoir été doublée par la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, les Philippines, l’Égypte ou le Mexique. Toutefois, au sein du continent européen, où tous les pays enregistreraient une dépopulation et plusieurs un dépeuplement sauf immigration massive, la Russie demeurerait le seul pays comptant plus de 100 millions d’habitants et même nettement plus. Si l’on ne considère que le paramètre démographique, la Russie, en dépit de sa dépopulation, ne peut pas être considérée comme une puissance négligeable au XXIe siècle.
Notes
(1) Voir le site de la revue : www.population-et-avenir.com.
(2) Jean-Paul Sardon, Gérard Calot, « Les incroyables variations historiques de la fécondité dans les pays européens. Des leçons essentielles pour la prospective », Les Analyses de Population & Avenir, n°4, décembre 2018 (https://www.cairn.info/revue-analyses-de-population-et-avenir-2018-14-page-1.htm).
(3) Gérard-François Dumont, Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations, Paris, Ellipses, 2007.
Légende de la photo en première page : Face au déclin de la démographie russe, Vladimir Poutine a remis au gout du jour en 2022 le prix soviétique de la « Mère héroïne », allouant une récompense d’un million de roubles, soit 10 000 euros, aux mères de plus de dix enfants. Ce prix avait été abandonné en 1991 après l’effondrement de l’URSS. (© Shutterstock)













