Dans quels domaines les États-Unis bénéficient-ils, encore aujourd’hui, d’une avance technologique sur le reste du monde, et notamment la Chine ? Peut-on réellement parler de la fin de la suprématie technologique américaine ?
Pour le moment, les derniers chiffres à peu près sûrs remontent à 2019. Les États-Unis étaient toujours en tête, notamment en termes de brevets avec IBM et Microsoft qui avaient déposé le plus grand nombre de brevets en matière d’intelligence artificielle, mais qui n’étaient pas loin d’être rattrapés par les institutions publiques chinoises, notamment, les universités. En revanche, en ce qui concerne le nombre de publications scientifiques, la Chine est en tête depuis 2018 avec entre 200 000 et 300 000 publications par année, bien que la question de la qualité et de l’applicabilité se pose toujours.
Il est également crucial de prendre en compte la capacité de projection des acteurs technologiques et la diffusion des technologies chinoises en dehors de la Chine. Pour l’instant, ce sont les États-Unis qui demeurent en tête sur ce plan. Si l’on considère simplement les grandes entreprises du numérique, il n’y a pas d’acteurs chinois qui rivalisent avec les GAFAM en Europe ou aux États-Unis, à l’exception de TikTok, qui est toutefois en train de faire l’objet de mesures de marginalisation, voire de « nationalisation ». Il n’y a sans doute plus de suprématie technologique américaine, même s’il y a toujours une domination nette. Ce qui émerge depuis quelques années, c’est la Chine, qui est en train de construire une sphère d’influence numérique qui empiète sur l’espace de projection américain, notamment en Asie centrale et en Afrique, sur fond de critique postcoloniale.
Propos recueillis par Thomas Delage le 17 mai 2024.
Note
(1) Jamie Gaida, Jennifer Wong Leung, Stephen Robin et Danielle Cave, « ASPI’s Critical Technology Tracker », ASPI, 2 mars 2023 (https://www.aspi.org.au/report/critical-technology-tracker).
Légende de la photo en première page : En mars 2022, sous l’égide des États-Unis et dans le contexte d’une course mondiale pour les semi-conducteurs, une alliance se forme afin de contrer l’hégémonie chinoise dans ce domaine. Quatre pays — le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et les États-Unis — forment l’alliance Chip 4 avec l’objectif stratégique de coordonner leur politique technologique et industrielle afin de sécuriser la chaine logistique, de R&D, et de développement des compétences dans la production de semi-conducteurs. (© Shutterstock)













