Il n’y aura pas d’atterrissage prématuré pour le Tigre. Bien au contraire, l’hélicoptère d’attaque et de reconnaissance restera un équipement majeur de l’armée de Terre pour les 20 à 30 prochaines années. Et si le retour des conflits de haute intensité implique de nouvelles réflexions, non seulement celles-ci ne remettent pas en cause la rénovation poursuivie conjointement par la France et l’Espagne, mais elles contribuent aussi grandement aux travaux préparatoires devant aboutir à un successeur.
Évoluer pour ne pas disparaître. Non seulement le retour des engagements majeurs n’interdit pas la résurgence d’autres formes de conflits d’intensité moindre, mais les technologies, les usages et les doctrines évoluent eux aussi. Derrière quelques abandons dus à des raisons plus financières que capacitaires, la majorité des armées de par le monde ont choisi de conserver, voire parfois d’ajouter dans leur jeu cet atout que représente l’hélicoptère de combat. Pour la France, l’effort principal relève de la rénovation à mi-vie du Tigre, de quoi anticiper certaines réponses tout en préparant le terrain pour la suite.
Voler au-delà de 2050
Piloté par l’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement), ce programme de rénovation à mi-vie, alors qualifié de « Tigre Mk.3 » ou de « standard 3 », est notifié en mars 2022 à Airbus Helicopters. Il poursuit un objectif clair : maintenir le Tigre en service au-delà de 2050. Un temps envisagée avec l’Allemagne avant son retrait définitif, cette modernisation profonde se matérialise depuis deux ans au seul profit de la France et de l’Espagne. La première prévoit la modernisation de 42 appareils et des livraisons à partir de 2029, avec une option prévoyant celle de 25 exemplaires supplémentaires pour couvrir l’ensemble du parc français. La seconde attend 18 exemplaires à compter de 2030.
Plusieurs briques sont communes aux deux armées clientes. La connectivité, tout d’abord, sera rajeunie grâce à la gamme de radios logicielles CONTACT/SYNAPS de Thales et des liaisons de données spécifiques garantissant une première capacité de coordination avec les drones (Manned/Unmanned Teaming, ou MUM‑T). Les deux flottes recevront ensuite un nouveau bloc GNSS, le casque TopOwl DD avec viseur intégré et la suite avionique FlytX de Thales, ainsi qu’un nouvel IFF (identification ami ou ennemi) d’Indra. Le canon de 30 mm est conservé, mais son débattement augmente, fruit des retours d’expérience du Mali, de l’Afghanistan et de la Libye.
Pour voir avant d’être vus, les équipages pourront miser sur le nouveau viseur de toit Euroflir 510, ou STRIX NG. Conçu par Safran en cohérence avec les nouveaux armements, il embarque 12 senseurs sans hausse de volume. Hormis la centrale de navigation inertielle, ces senseurs se composent de systèmes d’observation électro-optiques fonctionnant dans l’ensemble des bandes spectrales (visible, proche infrarouge, SWIR, thermiques MWIR et LWIR), auxquels s’ajoutent quatre types de lasers ainsi qu’une fonction « see spot » intégrée. Le tout est entièrement stabilisé et associé à des flux vidéo numériques et à des outils de traitement d’image embarqués. La commande de 85 exemplaires, dont 67 pour la France, a été officialisée en mars 2022 par l’OCCAR. Les premiers sont attendus pour 2027.
Quelques divergences reflètent cependant des exigences nationales et la volonté d’intégrer les filières de chaque pays. Ainsi, l’Espagne se dotera d’une Liaison‑16 et de communications satellitaires spécifiques. Le Tigre espagnol recevra un système de gestion du champ de bataille (BMS) et des contre-mesures fournies par Indra, quand son pendant français reposera sur un BMS d’Atos et des contre-mesures apportées par Thales. Une partie de l’armement diffère également. La France a choisi de conserver le missile air-air Mistral, porté au standard Mistral 3, ainsi que la roquette guidée par laser de 68 mm amenée par le standard 2 du Tigre, tout en projetant de remplacer le missile antichar Hellfire 2 américain actuel par une solution souveraine. Basé sur l’Akeron LP de MBDA, ce missile souverain est parfois aussi désigné MHT (missile haut de trame) ou MAST‑F (missile air-sol tactique futur). Plus léger qu’un Hellfire ou un Spike, il doit théoriquement permettre à un Tigre d’embarquer jusqu’à 12 missiles antichars, contre huit aujourd’hui. L’Espagne, de son côté, privilégie le maintien du missile antichar Spike d’origine israélienne et basculera sur des roquettes de 70 mm.
Deux hélicoptères seront mis à disposition par l’armée de Terre pour devenir les prototypes qui participeront au développement du standard, le parc français se stabilisant donc à 67 appareils conformément à la Loi de programmation militaire pour 2024-2030. Le premier, le Tigre HAP « BHH », a pris la direction du site d’Airbus Helicopters à Marignane en juin dernier. Un premier envol est en théorie attendu pour l’an prochain. Voilà pour la théorie parce que, dans la pratique, le retrait de l’Allemagne du programme a forcé les deux partenaires restants à revoir quelque peu leur copie.
Un retrait allemand générateur d’incertitudes
« Aujourd’hui, le contrat notifié en mars 2022 se poursuit selon les deux axes définis, c’est-à‑dire de traiter les obsolescences tout en modernisant la plateforme pour la rendre mieux adaptée au champ de bataille », confirme un officier supérieur de la Section technique de l’armée de Terre (STAT). Bien qu’il soit préservé et réaffirmé, l’effort bilatéral doit néanmoins compter avec les conséquences du retrait allemand.














