Dans ces conditions, il fut surprenant que les Émirats arabes unis aient vu le développement d’un autre port. En effet, Abou Dhabi a décidé de s’en doter lui aussi en 2018 sur le site de Khalifa. L’émirat pétrolier y joue une forme de diversification économique. Une différence se situe dans le choix de ne pas tout maîtriser comme à Dubaï, mais d’associer sa société portuaire, Abu Dhabi Ports (ADP), à des géants du conteneur tels que MSC, COSCO et CMA CGM (5). En 2023, les terminaux d’Abou Dhabi ont déjà atteint 4,9 millions d’EVP par an.
Derrière Dubaï, le panorama portuaire de la péninsule Arabique était longtemps limité : un site majeur saoudien sur la mer Rouge, Djeddah, et un autre mineur sur le golfe Persique, Dammam. Ainsi qu’un hub de Maersk à Salalah, dans le sud d’Oman, et quelques ports mineurs (Qatar, Bahreïn, Koweït, Irak). Ce qui a changé la donne, ce sont les ambitions nationales à transformer les économies pour préparer le post-hydrocarbures. Parmi les axes de modernisation des gouvernements, il y a la logistique et les ports. Car, en ce qui concerne les conteneurs, les ports d’Arabie saoudite ne manquent pas d’activité avec 11,4 millions d’EVP en 2023, une moitié pour les trafics nationaux d’un pays de 37,5 millions d’habitants (2024) et l’autre moitié en transbordement. Dans le cadre de la « Vision 2030 », il y a les extensions de Dammam et de Djeddah et le développement du Port roi Abdallah sur la mer Rouge.
Au Qatar, c’est Port Hamad qui incarne le développement portuaire visant la fin de la dépendance envers les hubs régionaux dans le contexte des tensions avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Avec 1,3 million d’EVP en 2023, il est géré par la société nationale QTerminals, que l’on a vue aussi investir en Pologne et en Turquie. Encore une fois, le modèle est de porter le développement portuaire national tout en s’internationalisant sans trop se soucier des ressources, car l’objectif est de préparer demain.
Quant à Oman, il existe donc le hub de Salalah (3,8 millions d’EVP en 2023) depuis 1998 et le port industriel de Sohar. Le nouveau port de Duqm est polyvalent, mais on évoque un mégaport à Sur, à la pointe orientale du sultanat. La gestion ainsi que le développement sont dirigés par la société publique Asyad.
L’Irak dispose historiquement d’un port à Umm Qasr, à l’embouchure du bras occidental du Chatt el-Arab. Le petit port a quatre petits terminaux, dont un contrôlé par la CMA CGM. Le pays a lancé le projet d’un nouveau port à Fao, comportant une zone logistique. En avril 2024, la Société générale des ports d’Irak a signé un accord avec les Émiriens d’ADP.
La surcapacité portuaire est presque une évidence pour les experts. La croissance de la population et le postpétrole ne justifient pas forcément autant de développement portuaire, mais les monarchies du Golfe se projettent en avant et ont les moyens de leurs ambitions. Fortes de l’expérience de DPW, les sociétés portuaires privées réalisent des engagements internationaux différents de ceux financés par des fonds souverains (Abou Dhabi, Qatar, Oman). Les pays ont besoin d’autres partenaires que les Chinois, et les monarchies du Golfe sont souvent les bienvenues.













