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Le Mexique républicain, proie des empires voisins au XIXe siècle

Ce discours popularisé par Samuel Houston et ses associés, bien que faux, nourrit l’idée que la corruption et l’incompétence du gouvernement et des militaires mexicains nuisent à l’expansion de la civilisation et que seuls les États-Unis peuvent assurer le développement du continent. Le président Polk, un démocrate esclavagiste du Sud, est particulièrement convaincu de la supériorité raciale des Américains et de leurs institutions. Pour lui, les territoires mexicains serviront à étendre l’esclavage et à maintenir la balance avec les États où « l’institution particulière » est interdite.

Expansion territoriale américaine des années 1840

Les raids des Premières Nations de l’Ouest en territoire mexicain renforcent cette idée. Washington est en effet convaincu que les Comanches et leurs alliés sont faibles puisqu’ils ont été vaincus par les Cherokees, Shawnees et Delawares dans les années 1830 (16). La réalité est tout autre, mais Washington est peu intéressé par la situation géopolitique des Premières Nations de l’Ouest et reste convaincu qu’une fois en contrôle du territoire, il sera facile de mater les autochtones tel que promis dans l’article 11 du traité de Guadalupe Hidalgo.

À la veille de la guerre, les États-Unis bénéficient de deux avantages structurels. Le premier est leur prospérité économique, leur revenu per capita étant le triple de celui du Mexique. Les États-Unis ont un territoire fertile favorable à l’agriculture, des infrastructures portuaires ainsi qu’un réseau de canaux qui facilitent les échanges et, au cours du conflit, la logistique militaire.

Le pays est avantagé en second lieu par sa stabilité politique. Bien que secoué par de nombreuses émeutes urbaines, des guerres à répétition contre les premiers peuples et un affrontement avec l’Empire britannique en 1812, contrairement à la République mexicaine, les États-Unis n’ont pas subi de coup d’État. Divisée politiquement, l’élite américaine règle ses conflits à travers les institutions, les partis et organisations plutôt que par la force militaire. Bien que certains politiciens comme le président Andrew Jackson aient participé à des duels tout en agissant parfois, comme les caudillos (« chefs de guerre ») mexicains, à l’extérieur des règles, jamais ceux-ci ne remettent en cause le système politique en utilisant la force pour obtenir le pouvoir.

Guerre américano-mexicaine, conséquence de l’impérialisme des Premières Nations

En 1842, un contingent de marins prend « par erreur » le contrôle de Monterrey sur la côte californienne, signe de l’intérêt de Washington pour les ports mexicains de la région. Le Texas est annexé par décret en 1845. L’année suivante, Polk ordonne au général Taylor d’installer son armée à Corpus Christi, au-delà de la rivière Nueces, à l’embouchure du Rio Grande. Il espère ainsi provoquer la garnison mexicaine basée à Matamoros sur la rive sud du fleuve, ce qui ne manque pas d’arriver.

Le conflit se déroule en deux étapes meurtrières. Le Nord-Est du Mexique est pris par deux armées américaines. L’une passe par Santa Fe (1846) vers Chihuahua (1847) jusqu’à Saltillo. L’autre armée prend Matamoros et Monterrey (1846) puis se dirige vers la côte Atlantique. Les ports californiens comme San Francisco et Los Angeles sont pris par la mer alors qu’une armée traverse les Rocheuses. La seconde étape de la guerre débute par la prise de Veracruz qui permet au général Winfield Scott d’amener en plusieurs mois son armée à Mexico. Malgré la supériorité logistique et matérielle des Américains, ceux-ci perdent plus de 13 000 soldats sur les 100 000 qu’ils ont engagés dans les hostilités, faisant de ce conflit le plus meurtrier de leur histoire en termes de proportions (17). Si les maladies ont eu un grand impact, la résistance mexicaine a été très forte. Malgré les défaites successives, il faut la prise de Mexico pour que le gouvernement accepte de négocier.

Conclusion

L’article 11 rappelle le rôle central des Premières Nations dans la construction géopolitique nord-américaine. Après la guerre, les raids augmentent en intensité et en fréquence dans le Nord du Mexique. Ceux-ci facilitent la négociation du traité de Gadsden par lequel les États-Unis achètent du territoire mexicain alors que certains politiciens à Washington demandent l’abrogation de l’article 11 étant donné l’impossibilité d’assurer le respect de la frontière. Les années 1850 représentent toutefois le zénith de la puissance des coalitions des Comanches, Apaches, Navajos et, plus au nord, des Lakotas. Ceux-ci sont tout d’abord affectés par des perturbations environnementales comme une série d’épidémies et une surutilisation des ressources par les immenses troupeaux qu’ils entretiennent. Les raids sont de moins en moins efficaces car, à la suite de la découverte d’or en Californie, de plus en plus de migrants de l’Est et du Sud passent par leur territoire, ce qui force le maintien de plus de guerriers pour assurer la sécurité des communautés.

À propos de l'auteur

Francis Langlois

Professeur d’histoire au Collège d’enseignement général et professionnel de Trois-Rivières (Québec) et chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM).

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