Tout d’abord, une inquiétude croissante à Canberra quant à l’influence de la Chine dans la société australienne et à la manipulation de la politique domestique du pays. L’affaire Sam Dastyari en est une bonne illustration : en 2017 ce politicien a été confronté à la controverse en raison de ses liens avec des donateurs chinois et sujet d’allégations compromettant l’intérêt national de l’Australie. L’affaire Dastyari a déclenché une période d’examen minutieux par le gouvernement et les médias des liens entre l’argent lié au Parti communiste chinois et les hommes politiques australiens, révélant que les entreprises affiliées à la Chine étaient les plus grands donateurs des deux principaux partis politiques, contribuant à hauteur de plus de 5,5 millions de dollars australiens de 2013 à 2015.
Ensuite, le comportement de la Chine dans la région a suscité des doutes quant à la capacité de l’ancien ordre international fondé sur des règles (« rules-based international order ») à contenir la Chine, doutes exacerbés notamment par la fragilité américaine dans la région. Les revendications de souveraineté chinoises sur des iles en mer de Chine méridionale ont créé des tensions avec d’autres pays tels que Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Taïwan et le Vietnam. Malgré le rejet de ces revendications par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2016, saisie par les Philippines, la Chine a maintenu ses actions dans la région, ce qui a entrainé des contentieux récurrents avec ses voisins et les États-Unis.
Cela contribue aussi au fait que l’Australie ne fait plus entièrement confiance à la Chine pour promouvoir la stabilité internationale et des relations positives avec d’autres pays. Finalement, l’attitude australienne envers la Chine a été renforcée par l’autoritarisme croissant de Xi Jinping et ses implications régionales et mondiales.
Un recalibrage régional
Aujourd’hui, les objectifs stratégiques fondamentaux de l’Australie pour la région demeurent tels qu’ils sont depuis 2012. Il s’agit d’avoir un équilibre stratégique stable et favorable, une économie ouverte, et une approche largement libérale pour la gestion de l’ordre international. Cependant, l’évaluation actuelle beaucoup plus pessimiste de la région, centrée sur les préoccupations concernant la Chine, a conduit l’Australie à opter pour une approche différente pour atteindre ses objectifs.
Dans un premier temps, l’Australie aspire à réorienter sa politique de défense en renforçant sa capacité militaire, en gagnant en autonomie dans le déploiement de forces armées, et en intensifiant la coopération avec d’autres nations, avec un accent particulier sur l’Asie du Sud-Est et le Pacifique sud. Confrontée à une instabilité perçue dans la région, Canberra envisage une augmentation significative de ses dépenses de défense au cours des deux prochaines décennies.
En second lieu, l’Australie réoriente sa politique en mettant l’accent sur le Pacifique grâce à son initiative « Pacific Step-up », soulignant un réengagement géopolitique en réponse à l’influence croissante de la Chine, comme illustrée par l’accord sécuritaire entre Pékin et les Iles Salomon. Cette démarche englobe une intensification des programmes d’aide au développement, un engagement renforcé à travers des initiatives telles que la mobilité de la main-d’œuvre et l’ouverture de nouveaux postes diplomatiques dans la région, ainsi qu’un soutien accru aux infrastructures pour favoriser le développement et la stabilité dans la région.













