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France : faire entendre sa voix pour concurrencer les narratifs hostiles

La France soutient par ailleurs le renforcement de la résilience des citoyens et de la communauté internationale face aux attaques informationnelles. Cela se traduit par exemple par l’organisation de formations des journalistes aux enjeux de la désinformation, notamment sur le continent africain, par l’intermédiaire de l’opérateur CFI ou par le soutien financier apporté par la France aux médias internationaux via le Fonds international pour les médias d’intérêt public.

Enfin, conformément à la mise en place d’une 6fonction stratégique « Influence » dans le cadre de la Revue nationale stratégique depuis 2022, les partenaires de l’interministériel, en particulier le ministère des Affaires étrangères, renforcent leurs moyens en matière de communication stratégique et de valorisation des projets portés par la France, notamment en matière d’aide au développement, sans adopter la logique confrontationnelle de nos adversaires. L’objectif est de concurrencer les narratifs hostiles dans le champ informationnel.

Comment la France anticipe-t-elle le risque accru lié aux développements technologiques qui peuvent favoriser les attaques informationnelles ?

S’agissant des effets concrets de l’intelligence artificielle (IA) sur les attaques informationnelles, il est encore tôt pour se prononcer définitivement, mais les outils à base d’IA savent détecter les contenus produits à base d’IA. Les outils d’IA permettent de produire et d’amplifier rapidement et à moindre cout de fausses informations, mais les mêmes technologies permettent de détecter un certain nombre d’opérations. La qualité des contenus créés par l’IA augmente de jour en jour, ce qui explique pourquoi nos adversaires s’en saisissent, et cela justifie également un effort constant de notre côté pour rester au niveau. À terme, l’IA devrait transformer l’ampleur et la nature de la guerre de l’information en brouillant de façon encore plus nette la frontière entre contenus authentiques et fausses informations. Toutefois, sans même attendre les « deepfakes » de meilleure qualité, de simples détournements avec une légende trompeuse peuvent déjà largement perturber la lecture des conflits.

La société française a-t-elle pris réellement conscience des enjeux de la guerre informationnelle ?

La prise de conscience par la société française des enjeux relatifs à la guerre informationnelle est réelle, en témoignent le fort intérêt de nos concitoyens pour cette question et la forte mobilisation des journalistes. Les citoyens français ont compris que l’information et la désinformation sont désormais des éléments structurants des relations internationales. Les médias grand public couvrent largement ces enjeux.

Le MEAE participe à cet effort de prise de conscience et partage sa connaissance en la matière pour renforcer la résilience du débat public. Nous travaillons également avec VIGINUM dans le cadre de la publication de leurs rapports d’enquête afin que ceux-ci permettent non seulement de dénoncer les faits, de prendre des sanctions contre les opérateurs, mais également de renseigner le public sur ces pratiques. Les échanges avec les experts sont également nombreux pour partager les analyses.

Toutefois, l’état de préparation et de résilience de notre société face aux attaques informationnelles est difficile à évaluer. Les acteurs de la guerre de l’information mobilisent constamment de nouveaux moyens et de nouvelles techniques pour fragiliser nos démocraties. Cela implique une vigilance accrue et un travail de long terme en matière de sensibilisation. Le meilleur rempart face aux attaques informationnelles, c’est une société composée de citoyens vigilants capables d’exercer leur esprit critique.

Quels sont aujourd’hui les principaux acteurs qui ciblent la France ? Et quelles sont leurs motivations ?

Selon le dernier rapport du Service européen pour l’action extérieure sur les ingérences étrangères et les manipulations de l’information publié en mars dernier, la France est le deuxième pays le plus ciblé en Europe après l’Ukraine. En 2024, 152 attaques informationnelles ont ciblé la France, principalement dans le cadre des Jeux olympiques de Paris 2024 et des élections législatives. Plusieurs acteurs sont à l’origine des ingérences numériques étrangères et tout particulièrement la Russie.

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