Au chapitre des bonnes nouvelles, il faut mentionner que le système livré par L3 Harris possède enfin une architecture ouverte, intégrant la virtualisation, et qu’il devrait être facilement évolutif. Sous réserve de réussir à stabiliser la complexe intégration des logiciels, dans un programme où tout est développé sans utiliser aucune des bonnes pratiques d’une gestion de projet, les systèmes du F‑35 seront alors ouverts à une évolutivité sans accroc.
Le cas du Rafale
Du côté français, et en mettant de côté le standard particulier que fut le F1, le développement des capacités de combat du Rafale a réellement démarré avec le standard F2. Très rapidement identifié comme insuffisant, le calculateur intégré au standard F1 fut remplacé par l’EMTI (Ensemble modulaire de traitement de l’information) de Thales. Dans ce système, des cartes embarquant des calculateurs et de la mémoire sont insérées dans un fond de panier pouvant en accueillir 18. Jusqu’à son remplacement par un modèle plus récent, l’EMTI a pu accueillir différentes générations de cartes. Les processeurs, équivalents au POWER PC, en architecture RISC, intègrent nativement une capacité de virtualisation des systèmes (voir encadré), et plusieurs générations de processeurs se sont succédé dans l’EMTI, augmentant graduellement la puissance embarquée en fonction des évolutions des logiciels.
Moins marquées sur le Rafale par rapport au F‑35, les évolutions furent néanmoins progressives et continues. Ainsi, tout en gardant la même architecture globale, et sans avoir à redéfinir la partie logicielle, les éléments de l’EMTI continuent à être mis à jour, supportant l’accroissement des besoins en termes de puissance de calcul. En effet, l’arrivée de la version AESA du radar RBE2 et du DDM‑NG (Détecteur de départ missile de nouvelle génération) et le développement de nouveaux standards comme le F4 et ses trois sous – itérations ont accru les besoins, et ceux-ci continueront d’augmenter.
Le standard F4 va intégrer nombre de caractéristiques propres aux avions de nouvelle génération (certaines le sont déjà), dont une forte propension à la communication via l’intégration dans des réseaux de communication tactiques à haut débit. La véritable modernisation, qui impliquera certainement une refonte du cœur informatique du Rafale, débarquera avec le standard F5. Mais, basé sur une architecture ouverte et grâce à la virtualisation, le développement de ce nouveau standard devrait logiquement s’appuyer sur l’existant. Il est ainsi plus simple d’apporter des améliorations itératives au niveau logiciel lorsque l’infrastructure matérielle, basée sur la modularité, mais également l’architecture logicielle sont conçues dès l’origine pour pouvoir être améliorées de façon continue. D’une certaine façon, il s’agit ici de l’application de la philosophie dite « des petits pas » chère à feu Marcel Dassault, qui visait à ne jamais intégrer trop d’éléments de rupture technologique dans un même projet, afin de ne pas accroître le risque.
De façon intentionnelle ou non, cette philosophie est démontrée par la relative simplicité avec laquelle les standards successifs du Rafale sont développés, intégrant des évolutions majeures par incrément. Cela contraste fortement avec le programme F‑35 qui a voulu intégrer dès le départ nombre de caractéristiques nouvelles et de rupture par rapport aux avions en service au moment de son lancement. À l’horizon 2030, nous aurons donc deux programmes avec deux inconnues. Deux inconnues certes, mais avec des paramètres complètement différents. Concernant le Rafale, nous ne savons pas exactement quelles seront les évolutions embarquées dans ses systèmes. Dassault ayant embrassé et maîtrisé l’architecture ouverte dès le départ, on peut raisonnablement gager que les systèmes évolueront de façon pragmatique, offrant aux utilisateurs du Rafale une base saine pour agrémenter « facilement » les futurs standards avec des fonctionnalités nouvelles.
Du côté du F‑35, gageons que l’adoption de technologies similaires (architecture ouverte, modularité et virtualisation) permettra de stabiliser l’architecture des systèmes informatiques embarqués. Mais cela étant dit, la dette technique accumulée dans les développements successifs menés de façon erratique et ayant eu pour conséquence un accroissement de l’instabilité des systèmes dans le temps ne permet pas de présager ce qu’il en sera à l’horizon 2030. Au pied du mur, les équipes de Lockheed Martin et le Joint Program Office prendront-ils les bonnes décisions ? Seul l’avenir nous le dira…
Légende de la photo en première page : Des Rafale et des F-35 durant « Atlantic Trident ». La philosophie retenue pour l’évolution informatique des deux appareils est différente. (© US Air Force)













