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Quelle régénération pour le parc blindé de l’armée russe ?

Face aux pertes enregistrées, les Russes ont apporté une réponse en deux temps :

• primo, en augmentant les cadences de production au sein des usines disponibles, tout en empruntant des chemins détournés pour obtenir les équipements nécessaires frappés par les sanctions internationales ;

• secundo, en exploitant les stocks constitués à la chute de l’URSS qui sont remis dans le circuit via le réseau existant des BTRZ (5) (usines de réparations de blindés, compris au sens large). On dénombre actuellement sept BTRZ principales : 61, 72, 81, 103, 144, 163 et 560. Ces stocks, constitués d’une pléthore de véhicules allant du T‑34 au T‑90A ainsi que du BTR‑50 au BMP‑2, vont permettre aux Russes de reconstituer plus ou moins rapidement les effectifs, même s’ils ne sont plus de la même qualité que les véhicules engagés dans la phase initiale de l’attaque.

Les chars de bataille

L’armée russe a perdu 4 322 chars sur une période de cinq ans, soit une moyenne de 864 chars annuellement, ce qui représente plus de quatre fois le parc de chars de combat actifs de l’armée de Terre ! Même si ce chiffre est abordé de manière lissée, les pertes n’ont pas été linéaires durant les différentes phases de l’attaque russe et ont drastiquement diminué ces derniers mois avec la démécanisation des combats (6). Autre aspect à prendre en considération : si les T‑72B (7) et T‑80BV(M) (8) constituent l’essentiel des pertes, on remarque que les T‑54, T‑55, T‑62M et T‑64 ont également rejoint la longue liste des
véhicules détruits en Ukraine… alors que ces modèles n’étaient plus en service au sein des SV en 2022 !

Ce retour en service des anciennes générations de MBT (Main battle tanks) soviétiques n’est pas dû au hasard, mais découle de l’exploitation des stocks accumulés à la fin de l’URSS. Vu les conditions de stockage des véhicules, une partie de ces derniers sont inexploitables en l’état bien qu’ils puissent servir de banque d’organes pour des véhicules à réparer et/ou récupérés endommagés sur le champ de bataille. Néanmoins, malgré des performances techniques limitées, les T‑62M et T‑64 sont encore parfaitement capables de remplir des fonctions en matière de tirs indirects et d’appui pour l’infanterie.

En parallèle, l’usine UralVagonZavod (UVZ) (9) de Nijni Taguil (oblast de Sverdlovsk) travaille simultanément sur les réparations et révisions de T‑72B3 et de T‑90 revenus du combat et sur la production de T‑90M Proryv‑3 et de T‑72B3 neufs. Vu les besoins en personnel qui en découlent, l’usine, qui maintient en parallèle son activité de construction et de réparations ferroviaires, a limité les travaux dans ce secteur pour donner la priorité absolue à la branche « véhicules blindés ». En outre, en 2023, plusieurs appels d’offres ont été publiés en vue de créer une deuxième ligne d’assemblage de chars de combat ainsi que d’agrandir la fonderie, le tout dans l’optique d’accroître la capacité de production de véhicules neufs. Même si les suites données à ses appels d’offres ne sont pas connues pour l’instant, il est un fait que l’usine UVZ est le cœur de la production de chars de combat neufs en Russie et que son rôle est appelé à s’accroître… ainsi que ses capacités. En effet, une partie de la capacité de production est occupée par les révisions et la modernisation au standard T‑72B3, et ce au détriment de la production de véhicules neufs. Le transfert de ces réparations vers les BTRZ est dans les intentions russes.

Cependant, disposer d’une capacité de production fait oublier qu’un char est l’assemblage de composants qui sont autant de facteurs de blocages potentiels dans le processus industriel, l’une des principales problématiques étant la motorisation. Les T‑72B3, T‑90M, BMPT Terminator et 2S35 Koalitsiya‑SV emploient le moteur V‑92S2 (10) produit au sein de l’usine ChTZ de Tcheliabinsk. Toute augmentation de la production de l’un de ces modèles impacte directement les autres, et inversement. De plus, en ce qui concerne les chars, le T‑72B3, même modifié avec ajout de blindages supplémentaires, marque le pas face au T‑90M, ce dernier n’étant pas non plus exempt de faiblesses identifiées (faiblesse du blindage de toiture et vitesse de recul anémique). Les chiffres de production de véhicules neufs de l’usine UVZ varient très largement selon les sources disponibles, allant de 150 à 300 véhicules annuellement, ces chiffres étant à pondérer en fonction de la capacité attribuée aux réparations et révisions de véhicules : une moyenne annuelle de 200-250 véhicules neufs ainsi qu’environ 200 véhicules réparés/révisés semble crédible, avec une possibilité de croissance à terme. Ces valeurs sont à aborder comme un ensemble de vases communicants où la capacité employée par l’un ne l’est pas par l’autre, et inversement.

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