Lorsque le président Emmanuel Macron s’est adressé à la France le 5 mars 2025 (1) au sujet de la dégradation de la situation internationale, il a prononcé des propos pour le moins intéressants, indiquant notamment que d’ici à 2030, la Russie prévoyait « encore d’accroître son armée, d’avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3 000 chars et 300 avions de chasse de plus […] ».
À première vue, les chiffres avancés paraissent impressionnants ; d’un point de vue purement algébrique, ils le sont effectivement et ils constituent une menace potentielle et réelle à moyen terme. Néanmoins, ces derniers nécessitent d’être contextualisés très sérieusement et nuancés. À moins d’avoir passé les quatre dernières années dans une grotte, nul n’ignore que l’attrition russe en Ukraine peut être cataloguée, selon chacun, entre le délirant, l’absurde et l’incertitude des chiffres.
Si l’on se base sur le site Oryx (2), qui effectue un suivi « le plus précis possible » dans des circonstances difficiles (accès au terrain, manipulation de l’information, etc.), on peut voir que les forces terrestres russes (SV) (3) ont perdu 4 322 chars de combat, 8 735 véhicules de combat d’infanterie, 993 pièces d’artillerie autotractées et 545 lance – roquettes multiples. Inutile de préciser que ces pertes représentent globalement un volume de véhicules plus élevé que la dotation totale des composantes terrestres des principales armées européennes ! Si l’on considère, en plus, qu’il s’agit de pertes confirmées, donc à envisager comme une fourchette moyenne, toutes les pertes n’étant pas documentées, on mesure mieux l’ampleur du carnage – le terme s’impose dans le cas d’espèce. Fort logiquement, malgré des pertes significatives, mais dans un ordre d’amplitude considérablement moindre, les forces aériennes et la marine russes ont elles aussi payé leur tribut dans le cadre de cette attaque.
Cependant, et malgré les chiffres disponibles, la position des Occidentaux, Europe en tête, est d’affirmer que la Russie met actuellement en place les moyens qui lui permettraient à terme de lancer des attaques sur l’Europe et, plus spécifiquement, sur les pays baltes. La Russie n’a en effet jamais caché son intérêt à récupérer un accès de plain-pied sur la Baltique, notamment pour permettre de « protéger » Saint – Pétersbourg, dont les communications maritimes passent par une mer devenue de facto et de jure une mer de l’OTAN (4) ; et l’on sait que les Russes accordent une grande importance aux questions liées aux accès maritimes. Les pays baltes ayant largement pris la mesure de la menace potentielle russe, ils se sont lancés dans un rééquipement rapide de leurs forces armées avec notamment l’acquisition de moyens de frappe à (très) longue distance, principalement des systèmes d’artillerie et de lance – roquettes multiples, ces acquisitions offrant le meilleur rapport « coût/efficacité » eu égard aux moyens humains et financiers locaux.
Outre les pertes, on constate également en Ukraine un autre phénomène qui change significativement la nature des opérations : l’existence d’une zone que l’on peut qualifier de « destruction mutuelle garantie » pour les véhicules blindés, à proximité immédiate de la ligne de front, en raison de l’omniprésence de drones de tous types. Réponse logique à cette menace, une « démécanisation » des engagements avec usage de petites unités d’infanterie très mobiles, couvertes par des tirs d’artillerie à moyenne et longue portée sous forme de barrages pour détruire les positions ennemies… avec en outre, des chars de combat employés pour effectuer des tirs indirects au lieu de servir à l’engagement d’autres véhicules blindés. L’évolution du caractère même de la guerre fait que les industriels doivent réagir vite et bien à une guerre qui nécessite des matériels en perpétuelle évolution… pour, finalement, n’obtenir que des gains marginaux sur le terrain. Inutile de préciser qu’en quatre années de combat, la Russie ne maîtrise toujours pas les territoires de l’est de l’Ukraine allant jusqu’au fleuve Dniepr comme elle le souhaitait après l’échec de son assaut initial et malgré sa volonté de changement de régime à Kiev.














